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05/09/2012 06:05 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

Jean Charest, politicien de carrière

Celui qui a dirigé le Québec au cours des neuf dernières années possède une longue carrière de politicien dans son sillage. La défaite du 4 septembre 2012 a été la première de Jean Charest dans sa circonscription natale de Sherbrooke, qu'il a représentée pendant 28 ans, à la fois à Ottawa et à Québec.

L'entrée en politique

John James Charest est né à Sherbrooke le 24 juin 1958 dans une famille aisée, bilingue et biculturelle, d'une mère d'origine irlandaise. Il est reçu au Barreau du Québec en 1981, après avoir obtenu un diplôme en droit de l'Université de Sherbrooke.

L'avocat fait son entrée aux Communes en 1984 en remportant la circonscription de Sherbrooke sous la bannière du Parti progressiste-conservateur du Canada, alors dirigé par Brian Mulroney.

En 1986, à l'âge de 28 ans, Jean Charest est nommé ministre d'État à la Jeunesse. Il devient ainsi le plus jeune membre du Conseil des ministres de l'histoire du Canada.

En mars 1988, le jeune politicien devient ministre d'État à la Condition physique et au Sport amateur. C'est dans le cadre de ces fonctions qu'il suspend à vie le sprinter Ben Johnson, reconnu coupable de dopage aux Jeux olympiques de Séoul. Le ministre déclarera que le geste de l'athlète est une « disgrâce nationale ». Il devra, par la suite, adoucir sa position devant la vague de sympathie du public pour l'athlète.

Pour éviter l'échec de l'accord du lac Meech, le Parti progressiste-conservateur forme un comité d'étude qui tente de répondre aux demandes des différentes provinces. Le président de ce comité, Jean Charest, dépose son rapport le 17 mai 1990. Le rapport Charest recommande la mise en place dans les meilleurs délais de révisions constitutionnelles à l'accord de 1987. Il comporte 23 recommandations qui satisfont notamment aux demandes du Manitoba et de Terre-Neuve. Le rapport favorise une éventuelle réforme du Sénat et laisse à Ottawa le rôle de promoteur de la dualité linguistique.

Le dépôt de ce rapport entraînera la démission de son collègue Lucien Bouchard, qui considère ce document comme une tentative de diminuer la portée de l'Accord du lac Meech. Cette démission servira d'ailleurs d'exemple à d'autres députés québécois et mènera à la naissance d'un nouveau parti politique fédéral, le Bloc québécois.

Au Sommet de la Terre de Rio en 1992, Jean Charest, alors ministre fédéral de l'Environnement, dirige la délégation du Canada qui signe la Convention sur la biodiversité de l'ONU.

Mais ses ambitions sont plus grandes. En 1993, il se lance dans la course à la direction du Parti progressiste-conservateur du Canada, arrivant deuxième derrière Kim Campbell. La nouvelle première ministre le désigne alors vice-premier ministre, ministre de l'Industrie et des Sciences et ministre responsable du bureau fédéral de développement économique régional du Québec.

Les élections fédérales du 25 octobre 1994 déciment cependant le parti. Seuls deux députés conservateurs sont élus, dont Jean Charest, qui devient chef du parti après la démission de Mme Campbell.

Sa carrière sur la scène québécoise débute en avril 1998, lorsqu'il devient chef du Parti libéral du Québec.

De la scène fédérale à la scène provinciale

En octobre 1998, Jean Charest est de nouveau élu dans sa circonscription de Sherbrooke, mais cette fois-ci sur la scène provinciale.

Le Parti libéral est toutefois battu par les péquistes de Lucien Bouchard et Jean Charest devient chef de l'opposition officielle. À 40 ans, le chef libéral compte plus d'années en politique comme élu que son aîné de 20 ans.

Quatre ans plus tard, en avril 2003, il remporte les élections provinciales et devient premier ministre du Québec avec 76 députés et 46 % des voix. « Aujourd'hui, au Québec, on s'est donné un gouvernement du 21e siècle », avait-il déclaré.

Le Parti libéral doit toutefois se contenter d'une victoire minoritaire en 2007 en faisant élire 48 députés, mais constitue le premier Conseil des ministres paritaire de l'histoire du Québec.

Il formera de nouveau un gouvernement majoritaire aux élections de décembre 2008. Soixante-six députés sont élus alors que le Parti libéral remporte 42 % des suffrages exprimés.

Le scrutin du 4 septembre 2012 ramène le nombre députés libéraux à l'Assemblée nationale à 50, soit 4 de moins que le Parti québécois. Jean Charest arrive toutefois deuxième à Sherbrooke, derrière son adversaire péquiste.

Il démissionne de ses fonctions de chef du Parti libéral du Québec le 5 septembre.

À la conquête du Nord

Le 9 mai 2011, près de trois ans après avoir annoncé en grande pompe pour la première fois son intention de développer le Nord québécois, Jean Charest dévoile les grandes lignes de son ambitieux projet. Le Plan Nord prévoit des investissements publics et privés de plus de 80 milliards de dollars, en plus de promettre 20 000 emplois en moyenne par année pendant 25 ans et des revenus de 14 milliards de dollars pour le gouvernement du Québec.

Le premier ministre ne cache pas son enthousiasme et parle même d'une « des plus belles journées » de sa vie.

Le territoire visé couvre une zone de 1,2 million de kilomètres carrés qui couvre 72 % du territoire de la province, mais où n'habite que 1,6 % de la population québécoise. Cette zone est située entre le 49e parallèle et le détroit d'Hudson, dans un axe nord-sud, et s'étend de la Basse-Côte-Nord jusqu'à la partie boréale de l'Abitibi-Témiscamingue, dans un axe est-ouest.

Ce grand projet est cependant critiqué par plusieurs partis d'opposition qui reprochent notamment au Parti libéral son système de redevances, basé uniquement sur les profits des minières. Les Premières Nations dénoncent pour leur part le Plan Nord en l'accusant de bafouer les droits territoriaux de certaines communautés autochtones.

Accusations de trafic d'influence, collusion et conflit étudiant

En mars 2010, l'ancien ministre de la Justice du Québec, Marc Bellemare, joint sa voix à d'autres critiques qui réclament une enquête publique sur le milieu de la construction. L'ancien ministre libéral affirme qu'un nombre important d'entrepreneurs financent le Parti libéral et que Jean Charest ne veut pas les brusquer en instaurant une commission.

Au cours des mois qui suivent, Me Bellemare continue de faire couler beaucoup d'encre avec ses allégations de financement politique douteux et de trafic d'influence lors du processus de nomination des juges. Il affirme même avoir été victime d'influences indues à plusieurs reprises et finit par accepter de témoigner à la Commission d'enquête sur le processus de nomination des juges, présidée par le juge Michel Bastarache qu'il accusait de ne pas être impartial. Appelé à témoigner à son tour, Jean Charest dément formellement que Marc Bellemare l'a informé des pressions qu'il a subies.

À l'automne 2011, le premier ministre annonce finalement la tenue d'une commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, après s'y être fermement opposé pendant plus de deux ans. La juge France Charbonneau est chargée de déterminer, d'ici le 19 octobre 2013, si des systèmes de corruption et de collusion ont perverti le processus d'octroi des contrats publics depuis 15 ans au Québec.

Mais les attaques continuent de fuser contre Jean Charest, cette fois-ci sous la forme de contestations étudiantes. L'échec de la rencontre des partenaires en éducation, le 6 décembre 2010, sème le germe du conflit étudiant à venir. Le 22 mars 2012, des dizaines de milliers de personnes - des étudiants mais aussi des travailleurs et des familles - manifestent au centre-ville de Montréal pour dénoncer la hausse des droits de scolarité prévue par le gouvernement libéral. Le mouvement se généralise, les manifestations se succèdent.

Le 18 mai, les parlementaires québécois adoptent la loi spéciale visant à mettre fin au conflit étudiant après l'échec de plusieurs rondes de négociations entre les étudiants et le gouvernement. La nouvelle loi 12, issue du projet de loi 78, ne fait qu'attiser la colère des protestataires, alors que Jean Charest est accusé par ses adversaires d'avoir échoué à régler le conflit étudiant.

Il sera lui-même devenu, tout au long du conflit, un symbole de la contestation.

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