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Après 28 ans, Jean Charest a choisi de mettre fin à sa carrière politique

05/09/2012 09:33 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

QUÉBEC - Jean Charest a annoncé mercredi son retrait de la vie politique, mettant le point final à un chapitre de l'histoire québécoise contemporaine.

Âgé de 54 ans, M. Charest a décidé de rentrer à la maison, au lendemain de sa défaite aux mains du Parti québécois de Pauline Marois. Il tire un trait sur 28 ans de politique active, dont neuf passés à la tête du gouvernement libéral.

«Je quitterai mes fonctions de chef du PLQ dans quelques jours, dès que le prochain gouvernement sera formé», a-t-il dit, à l'occasion d'une déclaration, en toute fin de journée, un moment qui a pris parfois une tournure émotive quand il a parlé de sa famille.

Pour sa dernière rencontre avec les journalistes, M. Charest a choisi le décor solennel du hall du Parlement, au pied du grand escalier menant au Salon bleu et au Salon rouge, ces lieux de débats où il aura prononcé tant de discours ou croisé le fer sur nombre d'enjeux au fil des ans.

Il a fait une déclaration, sans prendre aucune question par la suite.

C'est un homme serein, nullement amer et fier de son bilan, qui s'est présenté devant la presse.

«J'ai aimé chaque jour que j'ai passé à occuper mes fonctions, incluant les jours les plus difficiles. Pendant plus de neuf ans, j'aurai brûlé d'un feu constant et j'aurai bataillé pour le succès du Québec», a-t-il imagé.

Il a dit quitter la vie politique «sans aucun regret», prêt à rejoindre son épouse et ses enfants, rappelant qu'il allait bientôt être grand-père. «C'est comme si la vie m'envoyait un signal», a-t-il mentionné

«Sans mon épouse Michèle, je n'aurais jamais été premier ministre du Québec et ils m'ont accompagné dans tout ce que j'ai fait avec beaucoup d'amour et de la patience. Et je dis à tous les Québécois un grand merci du fond du coeur, vous êtes merveilleux», a dit M. Charest, la voix étranglée par l'émotion.

«Je rentre maintenant à la maison», a-t-il poursuivi, jugeant que, dans les circonstances, le temps était venu de tourner la page.

Le premier ministre sortant n'a donné aucune indication de ses projets d'avenir.

Il a reconnu ne pas avoir «tout réussi» ce qu'il voulait entreprendre, mais s'est dit très fier de la performance économique obtenue sous son règne, et très fier d'avoir lancé le Plan Nord.

M. Charest n'a donné aucune information, non plus, sur l'identité de celui qui lui succédera par intérim, en attendant que le parti prépare une course au leadership.

Jeudi, il rencontrera pour la dernière fois son caucus et l'exécutif du PLQ. M. Charest était le chef du PLQ depuis avril 1998.

Il aura dirigé les destinées du Québec durant pratiquement une décennie, ayant été porté au pouvoir en avril 2003.

M. Charest n'est pas parvenu mardi dernier à mener ses troupes à une quatrième victoire électorale consécutive. Lui-même a essuyé une défaite convaincante dans la circonscription de Sherbrooke qu'il représentait depuis 28 ans, dont 14 ans à l'Assemblée nationale.

S'il avait gagné son pari, M. Charest aurait égalé la performance de Maurice Duplessis, qui avait obtenu quatre mandats consécutifs, dans les années 40 et 50, avant que souffle sur le Québec la «révolution tranquille».

En dépit de la défaite, le bilan du dernier scrutin est loin d'être catastrophique pour M. Charest. La lutte a été serrée et le Parti libéral s'en est tiré avec 50 sièges, quatre seulement de moins que le Parti québécois porté au pouvoir.

Convoqués pour une ultime réunion du conseil des ministres, les collègues en exercice de M. Charest ont tous rendu hommage à leur chef.

«Il a accompli de grandes choses, il a eu une vision pour le Québec, il a eu des moments extrêmement difficiles, injustifiés, beaucoup trop sévères quand on connaît l'homme et qu'on sait ce qu'il souhaitait pour tous les Québécois», a témoigné, en pleurs, la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne.

Quant à lui, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a estimé que Jean Charest méritait une place aux côtés des grandes figures qui ont forgé le Québec moderne.

«Il a bien positionné le Québec au niveau économique, en matière de développement social et en santé. Beaucoup de choses ont été faites au niveau des listes d'attente en chirurgie, pour le cancer, en radiothérapie. Dans 20 ans, l'héritage de M. Charest va être comparable à ceux de M. (Jean) Lesage et M. (Robert) Bourassa», a-t-il fait valoir.

Pour sa part, la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a décrit son chef comme «un homme extraordinaire et passionné».

«Il a fait une campagne fantastique. Il a un amour incommensurable pour le Québec, il veut le développement économique du Québec et sa campagne a été à cette image», a dit Mme St-Pierre, ajoutant qu'elle respectait sa décision de passer la main.

De son côté, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a affirmé que M. Charest incarnait les qualités d'un chef d'État.

«C'est un premier ministre exceptionnel. Son discours hier (mardi) était celui d'un chef d'État. C'est un homme qui a fait beaucoup pour le Québec et avec qui j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler comme députée et comme ministre», a-t-elle déclaré.

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