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Étude: les bénéfices réels du bio pour la santé restent à prouver

04/09/2012 09:57 EDT | Actualisé 04/11/2012 05:12 EST

WASHINGTON - L'alimentation biologique est généralement plus chère mais est-elle vraiment meilleure pour la santé? Une étude met les pieds dans le plat: des médecins de l'université américaine Stanford ont en effet passé au crible plusieurs enquêtes sur le sujet, sans trouver de preuve d'un réel bénéfice sanitaire.

Manger des fruits et légumes «bio» réduit l'exposition aux pesticides, notamment chez les enfants. Mais les niveaux observés dans l'agriculture dite «conventionnelle» restent dans les limites autorisées, selon l'étude publiée lundi dans la revue «Annals of Internal Medicine». Les produits n'ont pas non plus fait la preuve d'une valeur ajoutée sur le plan nutritionnel.

«J'ai été totalement surprise», explique la Dr Dena Bravata, qui a lancé cette enquête parce que nombre de ses patients lui demandaient s'il fallait passer au bio. «Il y a de nombreuses raisons de choisir des produits bio plutôt que conventionnels», qu'il s'agisse de préoccupations environnementales ou de préférences gustatives, mais, sur le plan sanitaire, «il n'y a pas grande différence», estime-t-elle.

Son équipe a toutefois découvert une différence notable, en faveur du bio, pour ce qui concerne les bactéries résistant aux antibiotiques, un problème de santé publique car il est plus difficile de les combattre en cas d'intoxication alimentaire. Les chercheurs considèrent que, bio ou pas, les risques de contamination bactérienne sont identiques. L'étude de lundi va dans le même sens mais elle observe que le risque de présence de bactéries résistantes à divers antibiotiques est 33 pour cent plus élevé dans le poulet ou le porc non biologique.

Ces conclusions tombent en plein débat sur l'administration d'antibiotiques aux animaux, non parce qu'ils sont malades mais pour les faire grossir plus vite. Les éleveurs défendent cette pratique pour répondre à la demande de viande moins chère. Pour les défenseurs de la santé publique, cela contribue à la résistance accrue aux antibiotiques. Caroline Smith DeWaal, directrice pour la sécurité des aliments au Center for Science in the Public Interest (CSPI), a ainsi dénombré 24 épidémies liées à des germes résistants dans l'alimentation entre 2000 et 2010.

Le bio représente 4,2 pour cent des ventes de produits alimentaires aux États-Unis, selon le ministère américain de l'Agriculture. Les consommateurs sont de plus en plus prêts à mettre la main au porte-monnaie pour manger ce qui est présenté comme plus sain: 31,4 milliards $ US de ventes en 2011, contre 3,6 milliards $ en 1997, d'après un récent rapport de l'administration Obama.

L'équipe de Stanford a passé au crible plusieurs milliers d'études pour analyser les 237 qui comparaient de façon rigoureuse les aliments biologiques et conventionnels. La Dr Bravata a été consternée de constater que seules 17 comparaient l'état de santé des patients, les autres se concentrant sur les propriétés des aliments eux-mêmes.

Le risque de trouver des traces de pesticides était inférieur de 30 pour cent dans les produits bio. Dans les deux études sur des enfants, les analyses d'urine ont révélé des taux de pesticide moins élevés chez ceux qui étaient soumis à un régime bio. Mais la Dr Bravata a prévenu que les échantillons n'étaient pas très élevés. Une étude suggère même que les insecticides, plus que l'alimentation, pourraient expliquer la présence de ces produits.

Selon Caroline Smith DeWaal, certains fruits et légumes sont plus susceptibles que d'autres de contenir des résidus de pesticides, les pêches du Chili en tête de liste. Les niveaux ont reculé dans les produits d'Amérique du Nord depuis une dizaine d'années grâce à la mise en place de nouvelles normes. «Les parents de jeunes enfants doivent regarder d'où viennent leurs produits», souligne-t-elle.

Quant aux antibiotiques, certains éleveurs non certifiés biologiques vendent déjà de la viande produite sans antibiotiques ainsi que du lait sans hormone, pour se conformer aux exigences du consommateur, observe la Dr Bravata, qui conseille d'acheter ses produits auprès d'un producteur local.

Liz Pardue, une cliente d'un marché de Washington rencontrée sur place jeudi dernier, a expliqué qu'elle achetait des produits bio «pour des raisons environnementales notamment». Elle se procure par exemple des produits difficiles à laver, comme la salade.

Anna Hamadyk, elle, achète surtout du lait biologique pour son fils. «J'aimerais tout acheter en bio, mais cela coûte vraiment trop cher», a-t-elle confié à l'agence Associated Press.

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