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Les mines sud-africaines otages des luttes de clans à l'intérieur de l'ANC

04/09/2012 06:44 EDT | Actualisé 04/11/2012 05:12 EST

Affecté par plusieurs conflits violents, le secteur minier sud-africain est devenu un champ de bataille entre factions rivales de l'alliance dominée par l'ANC qui gouverne le pays.

"Jusqu'en décembre, nous allons avoir de plus en plus de perturbations, parce que les syndicats sont surpolitisés", prévoit Iraj Abedian, directeur de Pan African Investments.

Il pointe le congrès de l'ANC, qui aura lieu en décembre à Mangaung (Bloemfontein, centre). Différentes factions du parti dominant et de ses alliés de la confédération syndicale Cosatu s'étripent déjà, certains voulant chasser le président Jacob Zuma, jugé trop complaisant avec le pouvoir économique.

"Les syndicats jouent un jeu politique, et pas un jeu de relations sociales", regrette M. Abedian, qui constate qu'"on ne s'occupe pas des problèmes structurels du secteur minier".

Le gouvernement, lui, veut rassurer: "Les mines continuent de fonctionner sans entraves (...) dans tout le pays", a déclaré lundi le secrétaire général de la présidence, Collins Chabane.

Mais le ministre du Commerce Rob Davies va tout de même partir pour Londres la semaine prochaine afin de rassurer les investisseurs.

Le secteur minier, qui emploie plus d'un million de personnes et représente près de 20% du PIB sud-africain, a été affecté depuis le début de l'année par toute une série de mouvements sociaux, souvent violents.

Une longue grève dans une mine de platine d'Impala Platinum a ainsi fait trois morts en février, tandis que deux personnes ont été tuées à une mine d'or de Gold One, près de Johannesburg.

Et le bilan du conflit de la mine de Marikana (nord) est bien plus lourd: 44 morts, dont 34 mineurs abattus par la police.

Le groupe Lonmin, qui exploite Marikana, a averti que la grève, qui pourrit depuis le 10 août, menaçait 40.000 emplois. Les négociations, bloquées, ne devaient reprendre que mercredi.

Le grand syndicat des mineurs face aux organisations plus revendicatives

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A chaque fois, l'autorité du Syndicat national des mineurs (NUM), principale composante du Cosatu, est contestée par de plus petites organisations, comme l'AMCU qui a déclenché la grève sauvage de Marikana.

"Nous avons les choses en main", a déclaré mardi son président, Senzeni Zokwana. Mais ses rivaux lui reprochent de ne rien faire pour les mineurs, dont les conditions de vie et de travail sont souvent précaires.

"Il ne s'agit pas seulement de salaires, il s'agit davantage de jeux de pouvoir", acquiesce Peter Major, spécialiste du secteur chez Cadiz Corporate Solutions.

"Tout ce à quoi nous assistons en ce moment ne peut pas vraiment durer trop longtemps, mais cela prendra des mois à être complètement réglé, parce que les attentes sont trop nombreuses et diverses", selon lui.

"C'est comme la guerre en Afghanistan, vous ne savez pas exactement à qui vous avez affaire. S'ils (les petits syndicats) sont réellement puissants, représentatifs et organisés."

Depuis quelques semaines, ces mouvements ont été récupérés par Julius Malema, jeune tribun populiste qui a été expulsé de l'ANC en avril, et a lancé depuis une offensive en règle contre le président Zuma, continuant au passage à attaquer les Blancs qui ont gardé l'essentiel du pouvoir économique.

"Nous sommes parmi les plus pauvres des pauvres", a lancé lundi l'ex-président de la Ligue de jeunesse de l'ANC, pourtant connu pour son train de vie dispendieux.

"La raison pour laquelle le propriétaire blanc de cette mine n'écoute pas, c'est que l'ANC est dans cette mine. (...) Les dirigeants de l'ANC sont actionnaires dans les mines", a-t-il ajouté devant des grévistes d'une mine d'or.

"Julius Malema cherche désespérément une plate-forme politique pour rendre le pays ingouvernable", lui a répondu Frans Baleni, le secrétaire général de NUM, dénonçant un "sabotage économique".

"C'est facile d'être populiste quand il s'agit de questions économiques", a renchéri Gwede Mantashe, le secrétaire général de l'ANC.

Le responsable a rappelé que "l'industrie (minière) devrait balayer devant sa porte et reconnaître aussi que c'est ce qu'elle n'a pas fait qui rend si facile l'agitation des employés dans ce secteur", pointant notamment les piètres conditions de logement des mineurs.

bur-liu/cpb/sd

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