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04/09/2012 10:42 EDT | Actualisé 04/11/2012 05:12 EST

Aux Paralympiques, le foot se joue en silence

"Chuuuut..." Pas un bruit, sinon celui des clochettes dissimulées dans le ballon: aux Paralympiques de Londres, les matches de foot se jouent dans des enceintes enthousiastes mais silencieuses, pour ne pas gêner les joueurs aveugles.

Sur le terrain, les deux équipes de quatre ont les yeux bandés, pour assurer une équité parfaite. Seuls les gardiens sont voyants. Au menu mardi matin du "cécifoot", France-Turquie, en match de poule.

Quelques minutes avant le coup d'envoi, le speaker de la Riverbank Arena, baignée de soleil, prévient : "Profitez de la dernière occasion pour faire du bruit pour vos équipes !".

La clameur monte des tribunes bien garnies et le camp français entonne une Marseillaise à pleins poumons, suivie d"Allez les Bleus !" tonitruants.

Mais au coup de sifflet, silence complet.

Les yeux rivés sur le terrain, on n'entend plus que la balle et les coaches, placés derrière les buts pour lancer des indications aux joueurs.

On entend aussi les footballeurs, qui crient "voï" dès qu'ils s'approchent du ballon pour manifester leur présence et éviter ainsi les collisions, qui restent, de fait, assez rares au cours de la partie.

Dans le public, Philipe Brault, un enseignant français venu avec une trentaine de lycéens, est enthousiasmé par le spectacle mais frustré de ne pas pouvoir s'époumoner.

"On a tellement envie de les encourager, de les pousser pendant une bonne action !", dit-il, tout sourire.

Les règles sont à peu près les mêmes qu'au football traditionnel, mais le terrain et les buts sont plus petits, et il n'y a ni hors-jeu ni touches.

Avec une agilité impressionnante, les Français et les Turcs courent, se passent le ballon, dribblent ... et marquent.

Quatrième minute, penalty pour la France. Sans une hésitation, David Labarre tire. Le ballon passe au-dessus de la tête du gardien, lui, valide, et vient échouer dans les filets.

"On se demande comment ils peuvent prendre des buts, et pourtant, la preuve...", s'étonne Olivier Duplan, entraîneur de l'équipe de judo, une discipline paralympique elle aussi réservée aux déficients visuels.

Venu avec plusieurs judokas encourager les Bleus, il se dit "impressionné par la précision du jeu et leur capacité à se déplacer sur le terrain".

"Que c'est frustrant de ne pas pouvoir crier pendant le match !!", regrette aussi en riant la judokate Sandrine Martinet, la jambe dans le plâtre depuis une fracture lors d'un combat la semaine dernière.

Mais "dès qu'il y a un temps mort, on gueule !", poursuit la double vice-championne paralympique à Athènes et Pékin.

Paula Denmark, en fauteuil roulant, est quant à elle venue d'Oxford assister à un match de goalball, qui se joue aussi dans une enceinte silencieuse, et se dit "impressionnée par ce silence".

Deux équipes de trois joueurs, accroupis et les yeux bandés, tentent d'atteindre le but adverse avec une balle elle aussi munie d'un grelot.

Comme au foot, le public est très concentré et même les enfants, pourtant nombreux, respectent le calme.

Pour l'imposer, les premières notes de la chanson popularisée par l'Islandaise Björk, "It's oh so quiet", ponctuées d'un long "Shhhhh" ("Chut"), résonnent dans le Copper box.

jc/jmt

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