MONTRÉAL - Pauline Marois a sué sang et eau pour y arriver. Le chemin a été tortueux et parsemé d'embûches, mais à force de sacrifices et de détermination, elle est finalement devenue, mardi, la première femme à accéder au poste de premier ministre du Québec.

«Je pense que ça va être une fierté pour la population du Québec d'avoir écrit une page d'histoire en élisant une femme. Pauline s'y prépare depuis longtemps», lance avec enthousiasme son ancienne collègue péquiste, Louise Harel, qui parle d'une «petite révolution».

L'ancien ministre de la Justice sous René Lévesque entre 1976 et 1984, Marc-André Bédard, tient les mêmes propos que Mme Harel, et ajoute au passage que son ancienne collègue de cabinet «deviendra une grande première ministre».

Pour Mme Marois, c'est le point d'orgue d'une intense carrière politique. Élue pour la première fois en 1981, Pauline Marois ne tarde pas à dévoiler au grand jour son ambition de mener les destinées du Québec. Lorsque René Lévesque jette l'éponge, en 1985, elle se lance dans la course à la direction. Elle arrivera deuxième, loin derrière Pierre Marc Johnson.

«Pauline était assez jeune à l'époque. Elle montrait déjà qu'elle avait du caractère, surtout qu'elle se présentait contre des grosses pointures comme Guy Bertrand, Jean Garon et Pierre Marc Johnson», se souvient son ex-collègue péquiste Guy Chevrette.

Le scénario se reproduit une vingtaine d'années plus tard: en 2005, après avoir occupé les ministères les plus prestigieux au sein du gouvernement, elle se présente contre le jeune loup André Boisclair. La défaite est cuisante. André Boisclair est couronné, sans équivoque. Pauline Marois démissionnera quelques mois plus tard, arguant que le coeur n'y était plus.

«J'avais un rêve, je voulais changer le monde et je pense l'avoir changé un peu», affirmera-t-elle sous les regards de ses parents, de son mari Claude Blanchet et de leurs enfants qui assistaient, sur les banquettes réservées au public à l'Assemblée nationale, à cette annonce.

Mais après la débâcle électorale de 2007, où seulement 37 députés du Parti québécois (PQ) se retrouvent au Salon bleu, elle effectue son grand retour. Elle est accueillie en véritable sauveur et se fait élire dans la circonscription de Charlevoix lors d'une élection partielle.

«Le retour de Pauline Marois à la politique active et l'accueil enthousiaste qu'il a suscité sont sans doute les meilleures choses qui soient arrivées au Parti québécois depuis des lustres», écrivait à l'époque le politologue Denis Monière dans une lettre ouverte au quotidien Le Devoir.

Après un certain temps, les choses se sont corsées. Pauline Marois ne l'a pas eue facile. Mutineries, trahisons et jeux de coulisses ont caractérisé les derniers mois qu'elle a passés à la barre du PQ.

«Elle a fait preuve d'une grande détermination, d'une incroyable ténacité, estime Guy Chevrette. Elle a donné toutes les chances à ceux qui avaient des choses à reprocher pendant la crise au PQ (en 2011). Je pense que c'est vraiment afin de poursuivre son idéal, pour la cause, qu'elle a réussi à passer au travers.»

Et puis il y avait cette image de bourgeoise qui «ne passait pas». Une image qui, selon son ancienne collègue Lise Payette, est trompeuse, mais qui a aussi nettement évolué avec les années — pas forcément par choix, mais surtout par nécessité.

«Pauline a changé par rapport à la jeune femme que j'ai connue. Elle est devenue solide. Les postes qu'elle a occupés l'ont forcée à se transformer. Elle a su donner l'image qu'on attendait d'elle au fur et à mesure qu'elle gravissait les échelons», confie Mme Payette, qui avait embauché la nouvelle première ministre comme chef de cabinet en 1979.

«Si elle n'avait pas accepté de se métamorphoser un peu, elle aurait été rejetée, plaide Lise Payette. Elle aurait été rejetée par les gars qui sont là. Peut-être pas par le public, mais par les gars qui sont là. Ça vient avec la job.»

La campagne électorale de 35 jours qui vient de s'achever n'aura pas été de tout repos pour Pauline Marois. À quelques reprises, elle a dû corriger le tir sur des sujets controversés, dont la citoyenneté québécoise, les référendums d'initiative populaire et la question de l'appui des conservateurs souverainistes.

Craignant de voir sa campagne dérailler, elle a été contrainte de revenir sur ses propos ou encore d'avouer qu'elle avait erré — un comportement qui est parfois perçu comme un signe de faiblesse par les médias et la population, au grand dam de Lise Payette.

«On a été si exigeant avec elle. C'est tout juste si on lui permettait de respirer. Elle s'est trompée une fois ou deux, puis elle s'est retournée de bord et s'est excusée. Je trouve ça très bien. (...) Je souhaite qu'on lui reconnaisse cette honnêteté.»

«Pauline n'est pas parfaite. Mais c'est ce qui se fait de plus proche», tranche Mme Payette.

Pour Pauline Marois, la partie n'est pas terminée. En fait, maintenant qu'elle a réalisé son rêve, la nouvelle première ministre sera probablement surveillée encore plus étroitement qu'elle ne l'était déjà.


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