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Regard sur trois campagnes

03/09/2012 04:43 EDT | Actualisé 02/11/2012 05:12 EDT

Un texte de Lili Boisvert, Florence Meney, Gaétan Pouliot

En cette veille du vote, nous vous proposons un bilan des petits et grands moments qui ont rythmé la campagne des trois partis qui pourraient, selon toute probabilité, accéder au pouvoir : la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois.


CAQ : une campagne pour faire le ménage

Un texte de Florence Meney

La Coalition avenir Québec est le petit nouveau, tout juste arrivé dans le carré de sable de la politique provinciale. Cette campagne était donc sa première, et la formation avait beaucoup à prouver, même si François Legault lui-même est un politicien chevronné.

Au 33e jour de campagne, lors d'un arrêt à Bécancour, le chef s'est déclaré satisfait de sa campagne et certain d'avoir pu faire passer ses idées. Il pense même créer la surprise au soir du vote.

La Coalition avenir Québec partait donc dans cette campagne avec ce qui constitue selon l'angle une grande force ou une faiblesse : sa jeunesse. Côté force, on trouve cette relative virginité qui est l'apanage d'un parti neuf, pour lequel la page est blanche et tout est possible. Un thème que le chef a exploité sans relâche au fil des annonces et des conférences de presse, lui qui, dit-il, est le seul à ne pas avoir les mains liées par des « amis du pouvoir » ou des syndicats.

L'un des messages-clés de François Legault a été que cette nouvelle équipe formée de politiciens issus de plusieurs familles politiques fera les choses autrement que les « vieux partis », une fois portée au pouvoir. Et s'attellera, a-t-on martelé, au grand ménage.

Alors que son adversaire péquiste semblait conserver ses appuis au fil des sondages, François Legault brandissait de plus en plus clairement la menace d'un référendum et courtisait l'électorat anglophone et allophone. En fin de campagne, d'ailleurs, un journaliste suivant la caravane a fait remarquer au chef de la CAQ qu'il avait prononcé 16 fois le mot référendum en une seule séance!

Ce jeune parti tablait aussi sur le mécontentement du public vis-à-vis du gouvernement sortant, d'un côté, et sur la fatigue de certains électeurs au sujet des querelles entre fédéralistes et souverainistes, de l'autre.

Mais cette jeunesse de la formation a peut-être aussi constitué un handicap. Bien qu'elle ait joui d'une bonne visibilité, la CAQ est encore parfois mal connue du grand public, et certaines de ses positions ont parfois dû être reprécisées en cours de route, ce qui a ouvert la porte à l'étiquette de « pas fiable » que lui a apposée le chef libéral Jean Charest.

Une équipe disparate

La force de son équipe et sa composition sont aussi en question. La CAQ a réussi à se rallier certains candidats de choix, comme son « Eliot Ness » Jacques Duchesneau ou encore le docteur Gaétan Barrette et l'ancienne présidente de l'ordre des ingénieurs du Québec Maud Cohen, mais pour le public, bon nombre de ses candidats demeurent encore relativement inconnus.

Les bourdes

Autre difficulté pour la CAQ : faire parler d'une même voix des candidats aux positions parfois opposées, donc assurer une certaine cohésion au sein de ce qui constitue quand même bel et bien une coalition. À cela s'ajoute le fait que plusieurs candidats-vedettes de la CAQ ont fait la preuve en campagne de leur forte personnalité, dérogeant parfois de la ligne du parti. Cette difficulté s'est exprimée à plusieurs reprises, par exemple quand, peu après l'annonce de sa candidature, Jacques Duchesneau a déclaré sur les ondes d'une radio privée qu'il aurait, en tant que vice-premier ministre, « l'autorité déléguée de nommer les ministres ». Une affirmation qu'a dû corriger son chef.

Et les femmes

François Legault semble aussi avoir eu du mal à faire passer son message auprès de l'électorat féminin. Quelques déclarations malheureuses ont hérissé une partie des électrices, comme celle voulant que les femmes soient moins attirées par la CAQ parce qu'elles sont « inquiètes » et réfractaires aux changements qu'il propose.

Là encore, le chef a dû montrer patte blanche et augmenter la visibilité des femmes au sein de sa formation.

L'épreuve des débats

Aux débats, le manque d'expérience de François Legault n'a pas semblé le handicaper face à de vieux routiers comme le libéral Jean Charest. Autant dans la formule à quatre que dans les face-à-face, le chef de la CAQ a su défendre ses idées, jugent dans l'ensemble les analystes. Ce bon résultat en poche, le chef caquiste a pu poursuivre la campagne et, au final, engranger l'appui parfois un peu réticent de plusieurs journaux de langue anglaise, inquiets de la perspective d'un gouvernement péquiste.

François Legault aura-t-il réussi à rallier une proportion importante d'indécis et à attirer une partie de l'électorat du PLQ et du PQ? La réponse dans quelques heures.


PLQ : une idée en tête, l'économie

Un texte de Lili Boisvert

Voter pour la stabilité? Ou voter pour la tenue d'un référendum, faire dérailler l'économie et opter pour des années de « chicane »?

Renvoyant dos-à-dos ses adversaires péquiste et caquiste, c'est cette proposition que Jean Charest a soumise aux Québécois, avec quelques variantes, depuis le début de la campagne électorale. L'économie, la stabilité, les emplois et le respect de la démocratie. Contre « la rue », les référendums, les perturbations, la chicane et l'intimidation.

Le Parti libéral, après neuf ans au pouvoir, a décidé de réclamer un quatrième mandat aux Québécois au terme d'un mouvement de contestation étudiant sans précédent. Le jour même du déclenchement des élections, M. Charest a déclaré que c'était maintenant « au tour de la majorité silencieuse de parler », laissant entendre que cette majorité raisonnable, qui ne sortait pas dans la rue, était avec lui.

Dans une publicité électorale très courte, les libéraux ont associé Pauline Marois au « chaos » de la rue en montrant la chef péquiste en train de frapper des casseroles lors de l'une manifestation de l'été. Cette publicité négative avait fait grand bruit, notamment parce qu'elle a valu au PLQ une mise en demeure d'un homme qui revendiquait les droits des images qui ont servi à la créer.

Par ailleurs, c'est avec une étiquette de parti de la corruption accolée par leurs adversaires que les libéraux sont partis en campagne. M. Charest a été très critiqué sur sa résistance à mettre en place la commission Charbonneau pour lutter contre la corruption dans l'industrie de la construction. Lors du débat des chefs, il a tenté de retourner le fardeau de la preuve sur ses adversaires, accusant Pauline Marois et François Legault d'avoir fait partie du seul gouvernement pour lequel on avait pu prouver un cas de problème d'éthique. Il s'appuyait sur le rapport Moisan de 2006.

Afin de mettre à l'ordre du jour un enjeu sur lequel il comptait pouvoir faire davantage de gains, le chef libéral s'est appliqué tout au long de la campagne à parler d'économie, comme il l'avait fait lors de la campagne électorale de 2008, en pleine récession.

Sa première promesse a ainsi été de créer 250 000 emplois et d'atteindre un record de plein emploi avec un taux de chômage de 6 % d'ici 2017.

Parmi les projets économiques du PLQ, le Plan Nord était sans conteste la grande vedette des libéraux.

L'équation qu'ils proposaient était simple : une économie forte est ce qui permet de financer les programmes sociaux et les ambitions des Québécois. « Donnez à cette équipe le mandat de réaliser vos rêves! » a d'ailleurs réclamé Jean Charest à deux jours du scrutin, alors que les sondages indiquaient que les libéraux devaient se résigner à perdre le pouvoir.

Ainsi, sur le fond, le message que les libéraux ont martelé tout au long de la campagne aura suivi de près le schéma décrit dans le document PowerPoint qui avait été trouvé par le PQ avant le déclenchement de la campagne. Celui-ci indiquait qu'un dilemme clair devait émerger lors des élections, soit l'économie, avec le Plan Nord et la création d'emploi, versus les référendums et la rue - un amalgame « plutôt tiré par les cheveux », selon l'analyste politique Michel C. Auger.


PQ : une campagne prudente

Un texte de Gaétan Pouliot

Après neuf ans dans l'opposition, le Parti québécois (PQ) tente de reprendre le pouvoir. Profitant d'une légère avance dans les sondages, la formation politique a surfé sur le mécontentement des citoyens envers le Parti libéral et mené une campagne prudente.

La chef Pauline Marois a refusé de répondre coup pour coup à ses adversaires et a suivi son plan de match contre vents et marées, note Michel C. Auger, animateur de l'émission Pas de midi sans info.

Même chose sur la question référendaire : Mme Marois a joué la carte de la « gouvernance souverainiste » avec une consultation populaire sur l'indépendance uniquement lorsque les conditions gagnantes seront réunies. Elle a d'ailleurs refusé de dire si elle tiendrait un référendum au cours d'un premier mandat. Ce plan de match a poussé des souverainistes pressés dans les bras d'Option nationale.

Pour ne pas trop faire de vagues, le parti avait aussi décidé de bannir le carré rouge des habits des candidats, ce symbole de la lutte étudiante contre la hausse des droits de scolarité.

La campagne n'a pas toujours été tranquille pour le PQ. La chef Pauline Marois a dû clarifier plusieurs points de sa plateforme au cours de la campagne, que ce soit à propos des référendums d'initiative populaire (RIP), de la citoyenneté québécoise ou de l'amiante. Le discours péquiste a manqué de précision à certains moments de l'aveu même de la chef péquiste, ce qui lui a valu des attaques de ses adversaires.

Un RIP pourrait déboucher sur une demande de référendum sur l'indépendance. Le PQ a donné les rênes du parti aux purs et durs, aux « caribous », ont martelé François Legault et Jean Charest.

L'absence de cadre financier avant le débat a aussi valu au PQ de nombreuses critiques.

Vote stratégique

En fin de campagne, le Parti québécois a martelé la nécessité d'obtenir un gouvernement majoritaire. Les souverainistes doivent voter stratégiquement, a répété la garde rapprochée de Mme Marois sur de nombreuses tribunes. Une campagne qui a donné de l'urticaire aux militants de Québec solidaire (QS) et d'Option nationale (ON). Le pire cauchemar du PQ est de laisser échapper une majorité en raison d'un déplacement du vote des souverainistes de gauche vers ces deux partis.

« Les militants du parti attendent d'un futur gouvernement péquiste des mesures concrètes pour faire avancer le Québec vers la souveraineté. [...] Mais un gouvernement péquiste minoritaire n'aurait guère le choix que de gérer le Québec comme province du Canada », croit Michel C. Auger.

« Pour les militants péquistes, c'est avoir tous les inconvénients d'être au gouvernement sans aucun des avantages. Pas étonnant que le PQ essaie de tout faire pour faire comprendre à ceux qui sont tentés par QS ou ON qu'ils doivent "voter utile" et élire un gouvernement péquiste majoritaire, quitte à voter en se bouchant le nez », ajoute-t-il.

Menacée sur sa gauche, Pauline Marois s'est présentée comme une souverainiste progressiste au cours de la campagne. L'objectif : éviter de perdre trop d'électeurs au profit de ces petits partis et se distancier du PLQ et de la CAQ, fédéralistes, ou du moins se détachant du débat constitutionnel dans le cas de la CAQ, et plus à droite.

Dans son désir de rallier les progressistes de la province au PQ, Mme Marois a commis un faux pas lors d'un point de presse. Questionnée sur le choix qui s'offre aux souverainistes conservateurs, elle a renvoyé ces électeurs dans les bras du PLQ et de la CAQ. « Qu'ils fassent leur choix. Ils ont deux partis conservateurs devant eux », a-t-elle dit avant de se rétracter. Moins populaire que son parti, elle a mis de l'avant ses candidats et son expérience gouvernementale. Si elle est élue, Pauline Marois serait la première femme à diriger le Québec.

Pour nous joindre :

Florence.Meney@radio-canada.ca

Lili.boisvert@radio-canada.ca

gaetan.pouliot@radio-canada.ca

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