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La réouverture des universités, première étape de la "renaissance" ivoirienne

03/09/2012 11:30 EDT | Actualisé 03/11/2012 05:12 EDT

Amphithéâtres neufs, logements étudiants fraîchement repeints, grands terrains de sport et piscine olympique: à l'image de celle de Cocody à Abidjan, les universités ivoiriennes, fermées pendant près de deux ans pour rénovation, sont méconnaisables à leur réouverture lundi.

"C'est un ouf de soulagement pour tout étudiant", raconte Ange Krémian, venu visiter les nouveaux locaux de l'université de Cocody (quartier chic du nord d'Abidjan) rebaptisée Félix Houphouët-Boigny, père de la nation ivoirienne.

Cet étudiant en histoire, qui regrette d'avoir "perdu deux ans à la maison", porte pour l'occasion un T-shirt sur lequel on peut lire: "Merci Président pour la réouverture des universités".

La réhabilitation des universités ivoiriennes est en effet le premier grand chantier du mandat d'Alassane Ouattara, qui a lui-même lancé lundi sous une pluie légère la rentrée universitaire à Abidjan.

Le chef de l'Etat a remis symboliquement les clés des universités ivoiriennes à leurs présidents qui avaient revêtu pour l'occasion leurs toges vertes de cérémonie.

Ceux-ci décideront de la date de la reprise effective des cours, qui n'est pas encore définie. Les principaux défis seront d'accueillir en première année plusieurs "générations" de bacheliers et d'avoir suffisamment d'enseignants qualifiés.

"La renaissance de la Côte d'Ivoire va débuter avec ces nouveaux étudiants" assure l'un d'eux, Etienne Kouassi Silué, qui plaide pour un "changement de comportement".

Ces derniers jours, les responsables ivoiriens ont insisté sur leur volonté de rompre avec les caractéristiques des universités: violence, politisation, "étudiants de carrière".

"Je suis heureux d'entendre qu'il n'y aura plus de machettes et plus de cailloux dans les universités (...). Les étudiants doivent comprendre que le passage à l'université est une étape de la vie et non une vie", avait ainsi souligné jeudi le Premier ministre.

En cause: la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci), syndicat tout-puissant et allié de l'ancien régime de Laurent Gbagbo durant la décennie 2000, considérée comme responsable de multiples violences et d'un racket généralisé et qui faisait régner la terreur sur les campus.

Tout juste arrivé au pouvoir, Alassane Ouattara avait décidé en avril 2011 de fermer les universités aux bâtiments vétustes et ravagés par la crise postélectorale qui a fait quelque 3.000 morts.

"Les universités étaient devenues un lieu de violence et de corruption (...) La décision de les fermer a été l'une des plus difficiles à prendre, mais elle était nécessaire", a expliqué lundi Alassane Ouattara, avant d'inaugurer lui-même le nouvel amphithéâtre d'économie avec un cours portant sur la responsabilité des économistes dans le développement de la Côte d'Ivoire.

L'investissement a été conséquent. Le coût de la rénovation des cinq universités ivoiriennes - celle de Cocody, l'université Nangui Abrogoua d'Abobo-Adjamé (quartier populaire du nord d'Abidjan), celles de Bouaké dans le centre, Korhogo dans le nord et Daloa dans le centre-ouest - s'élève ainsi à 110 milliards de francs CFA (167 millions d'euros), un montant qui a plus que doublé en quelques mois.

M. Ouattara a d'ailleurs ordonné une enquête sur les "conditions d'attribution" du marché pour Abidjan et a limogé le directeur financier du ministère de l'Enseignement supérieur. Et la volonté des autorités d'augmenter les frais d'inscription, de 6.000 FCFA (9 euros) à 100.000 FCFA (150 euros) pour le premier cycle, a soulevé un tollé, jusqu'à ce que le tarif soit révisé à 30.000 FCFA (45 euros).

A Cocody, la nouvelle université n'a en tout cas plus rien à voir avec le spectacle qu'offrait l'ancienne, à la plus grande joie des étudiants. "Je suis très heureux de voir l'université dans un meilleur état", se félicite Edouard Gossé, 22 ans, étudiant en mathématique, qui promet d'en faire "bon usage".

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