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La faible participation des jeunes, un enjeu pour l'avenir

03/09/2012 04:11 EDT | Actualisé 02/11/2012 05:12 EDT

Un texte de Ximena Sampson

Le taux d'abstention au Québec a atteint plus de 40 % aux élections de 2008. Chez les jeunes de 18 à 24 ans, il est monté à plus de 60 % : à peine 36,15 % d'entre eux se sont déplacés pour voter. Quels sont les causes et les conséquences de ce désintérêt pour le processus électoral ?

1. Portrait de la situation
2. Les causes
3. Les propositions
4. La légitimité démocratique remise en question

PORTRAIT DE LA SITUATION

Même si le taux de participation des jeunes a toujours été plus faible que celui des personnes plus âgées, on observe qu'il va en diminuant depuis les années 80. D'après une étude de l'Institut du Nouveau Monde, seulement 34 % des jeunes Canadiens ont exercé leur droit de vote en 2004, alors qu'ils étaient plus de 70 % à le faire à la fin des années 60.

Pour Michel Venne, directeur de l'Institut, ces chiffres sont alarmants. Il n'hésite pas à parler du « suicide politique d'une génération », qui s'exclut elle-même du choix du gouvernement.

D'après différentes études, le vote initial est déterminant. Un jeune qui ne vote pas dès qu'il en acquiert le droit risque fort de ne jamais voter. « C'est une habitude qui se crée », explique Michel Venne. « Il est plus facile de susciter et de maintenir la participation électorale une fois que celle-ci est acquise que d'aller chercher un jeune qui s'est exclu du processus électoral [...], qui a fermé ses oreilles au discours politique. »

Le problème c'est que souvent les jeunes ne voient pas de relation entre la politique et les enjeux qui les concernent. « Ils ne voient pas le lien entre le choix d'un gouvernement et la manière dont on traite l'environnement, par exemple, ou la façon dont on rend accessible la culture », soutient Michel Venne.

Dans l'extrait audio de droite, Michel Venne, directeur de l'Institut du Nouveau Monde, répond à nos questions sur la participation électorale des jeunes.

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LES CAUSES

Différentes recherches sur l'abstention révèlent que la cause principale de cette désaffection est tout simplement un manque d'intérêt pour la politique, conséquence d'une éducation civique insuffisante.

Méconnaissant le fonctionnement du système et des institutions, les électeurs ne se sentent pas concernés par le scrutin. Le désintérêt et le manque d'information se renforcent donc mutuellement pour conduire à l'abstention.

Un faible niveau d'études et un revenu modeste sont d'autres facteurs qui influent sur le taux de participation.

Parmi les raisons citées par les jeunes pour expliquer leur abstention, on trouve également les perceptions suivantes :

  • voter est inutile puisque, dans certaines circonscriptions, le résultat est connu d'avance ou leur candidat n'a aucune chance de gagner
  • les partis ne s'adressent pas à eux, leurs propositions visent des électeurs plus âgés.

D'autres, abstentionnistes convaincus, ne participent pas afin d'exprimer leur opposition au système politique en place. Ils rejettent la démocratie représentative, qui perpétue, selon eux, les privilèges d'une élite et force les gens à trahir leurs intérêts et convictions. Pour eux, l'abstention est un choix délibéré qui devrait être reconnu comme une option légitime.

Comme l'explique Normand Baillargeon, professeur à l'UQAM et militant libertaire, cette abstention, qui s'inscrit dans la tradition de la pensée libertaire, témoigne d'un profond malaise par rapport à la vie politique et au processus électoral. Il souligne toutefois que ces abstentionnistes sont souvent engagés dans une autre sorte d'action politique.

Dans l'extrait audio de gauche, Normand Baillargeon explique les raisons qui motivent les abstentionnistes volontaires.

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LES PROPOSITIONS

L'abstention des jeunes inquiète le directeur général des élections du Québec, qui, en partenariat avec l'Institut du Nouveau Monde, a lancé une campagne pour tenter de convaincre les Québécois de 18 à 34 ans de se prévaloir de leur droit de vote. Intitulée « On est 2 millions, faut voter ! » elle met en scène des comédiens dans une série de capsules vidéo sur le web.

L'Institut propose également plusieurs mesures visant à relancer la participation des jeunes sur le long terme. Il recommande notamment :

  • le développement de l'éducation civique à l'école secondaire et au cégep, pour aller rejoindre tous les adultes en devenir. Une vingtaine de débats dans des cégeps ont déjà eu lieu, ce qui a permis aux étudiants de rencontrer des candidats et des députés.
  • la promotion de l'engagement et de la participation citoyenne à tous les niveaux : « Les enquêtes montrent que plus quelqu'un participe, de quelque façon que ce soit, plus il va aller voter » explique Michel Venne.
  • la réforme des institutions en vue d'introduire des éléments de proportionnalité dans le mode de scrutin

Le directeur de l'Institut du Nouveau Monde se questionne également sur la pertinence de rendre le vote obligatoire et propose la tenue d'un débat public sur le sujet.

Il reconnaît que les partis ont également un rôle à jouer en participant plus à l'éducation et à la recherche sur la participation électorale, « au lieu de se contenter d'être des machines électorales. »

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LA LÉGITIMITÉ DÉMOCRATIQUE REMISE EN QUESTION

L'abstention pose un sérieux défi au système politique actuel. Et la situation ne s'améliorera pas de sitôt. À mesure que les cohortes qui ont maintenant moins de 35 ans vieilliront, elles voteront moins que les antérieures. Le déclin du taux de participation devrait donc se poursuivre.

C'est une tendance qu'on constate dans l'ensemble du monde occidental. Selon le professeur François Gélineau, de l'Université Laval, elle s'expliquerait, du moins en partie, par les transformations de la socialisation politique des jeunes. Par le passé, les jeunes intégraient le monde du travail, se mariaient et avaient des enfants plus tôt qu'aujourd'hui. En plus de l'abaissement de l'âge du vote de 21 à 18 ans, cela serait la raison de la décroissance que l'on observe.

« Les jeunes atteignent l'âge de voter et n'ont pas les mêmes responsabilités par rapport à la vie publique que ceux des générations antérieures. Auparavant, on entretenait plus rapidement une relation étroite avec la politique », soutient François Gélineau. Ce manque de contact avec la politique entraîne un désintérêt et une plus faible participation.

Si la tendance à la baisse se maintient, certains s'inquiètent pour l'avenir de la démocratie représentative telle que nous la connaissons. La légitimité même du gouvernement est remise en cause lorsqu'il est élu par une faible proportion de citoyens.

Qu'arrivera-t-il le 4 septembre prochain? La forte mobilisation des jeunes (et des moins jeunes) autour de l'enjeu des droits de scolarité ainsi que les manifestations de casseroles du printemps va-t-elle se traduire par un plus fort taux de participation?

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Relisez la discussion sur la participation électorale du 8 août 2012 à laquelle ont participé Geneviève Baril, directrice du développement des compétences et de la mobilisation citoyennes à l'Institut du Nouveau Monde, et Cynthia Gagnon, porte-parole du Directeur général des élections du Québec.

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