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Corée du Sud: le fondateur de la secte Moon meurt à l'âge de 92 ans

03/09/2012 12:30 EDT | Actualisé 03/11/2012 05:12 EDT

GAPYEONG, Corée du Sud - L'Église de l'Unification, surnommée la «secte Moon», a perdu son fondateur et messie autoproclamé. Le révérend Sun Myung Moon, qui s'était fait connaître par ses fameux mariages collectifs, s'est éteint lundi à l'âge de 92 ans dans un hôpital proche de son domicile, au nord-est de Séoul.

L'Église de l'Unification, qu'il avait fondée à Séoul en 1954, un an après la fin de la guerre de Corée, est devenue un empire économique et financier revendiquant aujourd'hui quelque trois millions de fidèles, même si, à en croire d'anciens membres et certains détracteurs, elle n'en compterait en réalité pas plus de 100 000.

Un porte-parole de l'Église, Ahn Ho-yeul, a précisé à l'Associated Press que le révérend Moon avait été hospitalisé il y a deux semaines pour une pneumonie. Il est mort entouré de sa femme et de ses enfants.

Sa dépouille a été transférée dans le somptueux palais blanc de l'Église de l'Unification sur le mont Cheonseong, dominant les forêts et les lacs du comté de Gapyeong, où il sera inhumé. Ses obsèques seront célébrées le 15 septembre après une période de deuil de 13 jours. Un nouveau grand complexe sportif et culturel construit récemment par l'Église devait commencer à accueillir les fidèles endeuillés dès jeudi.

L'Église de l'Unification, ou Association de l'Esprit-Saint pour l'unification du christianisme mondial, a suscité de nombreuses controverses. Elle a notamment été accusée d'utiliser des stratégies sournoises pour recruter des fidèles et leur soutirer de l'argent. Les parents de jeunes fidèles aux États-Unis et dans plusieurs autres pays ont dit craindre qu'ils n'aient subi un lavage de cerveau. L'Église rejette ces allégations, soulignant que de nombreux mouvements religieux naissants ont été confrontés à des accusations similaires.

Le révérend Moon était né en 1920 dans l'actuelle Corée du Nord, à l'époque où Pyongyang était un centre du christianisme en Corée. Il racontait qu'à l'âge de 16 ans, Jésus-Christ lui était apparu pour lui demander d'achever la mission qu'il avait entamée sur Terre 2000 ans plus tôt.

Le christianisme est tombé en disgrâce dans la péninsule coréenne après la division entre le Nord communiste et le Sud soutenu par les États-Unis en 1945. À la fin des années 1940, alors qu'il prêchait, le révérend Moon avait été emprisonné par les autorités nord-coréennes et accusé d'être un espion au profit du Sud, ce qu'il avait nié. Quand la guerre avait éclaté en 1950, il avait gagné le Sud. Après avoir quitté sa femme nord-coréenne, il a épousé Hak Ja Han Moon en 1960. Sa doctrine religieuse mêle les préceptes du christianisme au confucianisme et aux valeurs traditionnelles coréennes.

Le révérend Moon a célébré ses premiers mariages collectifs à Séoul au début des années 1960. Des unions souvent arrangées par lui-même, qui aimait à former des couples entre étrangers venus de pays différents pour réaliser son rêve d'un «monde idéal de paix», multiculturel et axé sur les valeurs familiales. Les cérémonies n'ont cessé de gagner de l'ampleur et ont contribué à la notoriété du mouvement. En 1982, le premier mariage collectif en dehors de Corée du Sud avait réuni des milliers de personnes au Madison Square Garden de New York. En 2009, il avait présidé une cérémonie de mariage ou de renouvellement des voeux à laquelle ont participé 45 000 personnes.

Discrètement, le mouvement a investi dans de lucratives entreprises au fil des ans. Aux États-Unis, il possède le «Washington Times», mais aussi l'hôtel New Yorker à Manhattan et une société de distribution de produits de la mer qui approvisionne de nombreux restaurants japonais sur le territoire américain.

Le fondateur de l'Église de l'Unification avait développé de bonnes relations avec plusieurs dirigeants conservateurs américains comme les anciens présidents républicains Richard Nixon, Ronald Reagan ou George Bush père.

Le révérend Moon laisse dans le deuil sa femmes et leurs dix enfants encore vivants, dont beaucoup dirigent des sociétés et organisations caritatives de l'Église. L'avenir de l'Église de l'Unification, tant religieux que commercial, repose désormais entre leurs mains et dépendra de leur capacité à s'entendre.

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