Le bilan de Barack Obama : qui a tué l'espoir ?

Publication: Mis à jour: 04/09/2012 12:05

Barack Obama
Barack Obama à la Maison-Blanche

En cette semaine de convention démocrate, nos collègues du Huffington Post américain se penchent en profondeur sur le premier mandat de Barack Obama pour en faire un bilan très mitigé.

Durant les jours qui suivirent l'assassinat de John F. Kennedy en 1963, Lyndon B. Johnson a dû poursuivre l'agenda législatif inachevé de son prédécesseur. Les initiés à la Maison-Blanche considéraient la tâche presque impossible. La loi des droits civils était retenue par le Comité des lois à la Chambre des représentants, dont le président voulait jouer la montre jusqu'aux prochaines élections. Une réduction d'impôts cruciale était, elle, enlisée au Sénat, où le président du Comité des finances la détenait en otage.

Plutôt que de négocier avec le Congrès, Johnson se servit de la bonne volonté de la nation pour frapper fort le parti républicain et élargir autant que possible le champ des réformes. Il s'adressa directement au peuple américain, lui rappelant que le parti républicain avait été un jour "le parti de Lincoln", et envoya des chefs religieux faire pression sur le Congrès.

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Il en résulta une baisse d'impôt considérée par beaucoup comme responsable de l'ère de croissance qui suivit, et surtout, le Civil Rights Act de 1964. Si Johnson avait choisi de jouer cette partie prudemment, il aurait été éliminé tout de suite.

Des leçons à tirer

Barack Obama aurait pu apprendre quelque chose de L.B. Johnson. Alors qu'il était candidat, il avait promis de changer la façon de fonctionner de Washington, et surfait sur une vague de popularité qui l'a conduit jusqu'à la Maison-Blanche. Ses deux premières années de mandat ont souvent été comparées au New Deal sous Franklin Roosevelt et à la Great Society sous Johnson, avec les réformes historiques de la santé, de Wall Street et d'autres priorités de politique intérieure.

Mais le premier mandat d'Obama aura aussi laissé de nombreux supporters déçus, se demandant si ces réussites auraient pu avoir plus d'envergure et d'impact. La législation de la réforme de la santé a été largement construite sur un modèle conservateur, qui a poussé des millions de personnes dans un marché privé de l'assurance santé. La loi de réforme des régulations du marché comporte des restrictions pour le secteur privé et est considérée par beaucoup comme n'ayant pas une portée suffisante pour juguler les pires pratiques du secteur bancaire. La Maison-Blanche a fait peu d'effort pour promouvoir la clause des travailleurs comme l'Employee Free Choice Act, qui aurait garanti pour nombre d'entre eux plus de possibilités pour former des syndicats. Certes la guerre d'Irak est finie, mais celle d'Afghanistan s'est intensifiée, avec une confusion persistante sur les raisons pour lesquelles il y a toujours des troupes là-bas.

Les démocrates sont beaucoup moins enthousiastes qu'il y a 4 ans

Deux mois à peine avant les élections, Obama souffre d'un déficit d'engagement. Selon un récent sondage Gallup, seulement 39% des démocrates ont déclaré qu'ils étaient "plus enthousiastes" que d'habitude pour aller voter. Ce nombre était de 61% au même moment en 2008. Pendant ce temps, les Républicains s'enflamment plus aujourd'hui (51%) qu'en 2008 (35%).

Obama n'est plus considéré par la majorité des électeurs comme un réformateur constructif. Le 21 août, un sondage NBC NEWS/Wall Street Journal indiquait que seuls 37% des sondés pensaient qu'il pourrait apporter "les changements nécessaires" lors de son second mandat.

Bien que les démocrates tendent à plus aimer leur président que les Républicains n'apprécient Romney, sa réélection est loin d'être assurée. Comment un candidat qui attira deux millions d'individus à son inauguration et détient 13 millions d'abonnés sur sa liste e-mail a-t-il pu perdre cette magie?

Moins de pouvoir que prévu

Selon les responsables de la campagne, conseillers à la Maison-Blanche, membres du Congrès, chefs stratèges du parti, dirigeants syndicaux et avocats progressistes, la raison principale est qu'Obama en est venu à ressembler aux créatures de Washington contre lesquelles il avait combattu. Là où Franklin Roosevelt et Lyndon Johnson étaient parvenus à organiser le peuple américain comme une arme dans un combat législatif, Barack Obama est arrivé à Washington pour se mettre à jouer comme un vieux briscard.

Un président, par définition, joue de l'intérieur, chargé de gérer une série difficile de négociations politiques. Mais sans l'énergie de sa campagne, Obama s'est retrouvé avec bien moins de pouvoir qu'il ne s'y attendait. "Ils sont allés à Washington et sont devenus 'de là-bas', pensant que par la vertu d'un e-mail estampillé 'Maison-Blanche', tout le monde dirait 'Ah, d'accord'", s'est ainsi exprimé Michael Steele, l'ancien chef du Comité national républicain.

Van Jones, un ancien fonctionnaire de la Maison-Blanche dont le passé dans les organisations de terrain lui donne une perspective différente de ses homologues issus de l'administration Clinton, résume ainsi la consternation de nombreux supporters d'Obama: "Qui a tué l'espoir? Que s'est-t-il passé?"

"A la traîne de la droite"

Une fois élu, l'envolée rhétorique des élections laissa vite place aux réalités législatives. Ainsi que son conseiller le plus proche, David Axelrod le faisait remarquer dans une interview, Obama s'était engagé à "trouver et à former des coalitions" lorsqu'il serait président. Ne pas le faire une fois en place aurait constitué une promesse non tenue. Mais promettre de mener une politique sans esprit de parti, et faire en sorte que les législateurs jouent le jeu sont deux choses bien différentes.

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