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02/09/2012 03:54 EDT | Actualisé 01/11/2012 05:12 EDT

Taftanaz, village fantôme syrien sous la menace des hélicoptères

Le ronronnement de moteur vous prend immédiatement aux tripes et vous fait lever la tête comme un chien aux abois: la sinistre silhouette du MI-24, machine de guerre de fabrication soviétique à la terrible puissance de feu, tournoie lentement dans le ciel.

Dans le nord-ouest de la Syrie, Taftanaz est un village fantôme, assailli par un essaim de frelons mortels.

Ce bourg planté sur une vaste plaine agricole de la périphérie d'Idleb, au milieu des champs d'oliviers, vit sous la menace permanente des hélicoptères de l'armée stationnés sur un aéroport militaire tout proche.

Les derniers civils ont fui le village en avril, après une incursion de l'armée qui a fait des dizaines de morts. Il n'y reste plus que des combattants, la plupart des hommes qui racontent avoir pris les armes après la répression des manifestations pacifiques contre le régime de Bachar al-Assad.

En civil, seul ou à deux, et presque toujours sans arme apparente pour ne pas attirer l'attention des hélicoptères, ils se glissent discrètement dans les rues poussiéreuses du village déserté, où des chats efflanqués fouillent les immondices à la recherche de leur pitance.

Les obus s'abattent par intermittence, visiblement au hasard. Dans leur mortel et incessant ballet, les hélicoptères, eux, prennent le temps de choisir leur cible.

Ils volent la plupart du temps à moyenne altitude, hors de portée des mitrailleuses rebelles, des points noirs qui descendent soudainement en piqué pour frapper. La menace est telle que le bruit lointain d'une mobylette suffit pour glacer le sang ou se précipiter à couvert.

En plus de leurs habituelles roquettes, les hélicoptères font désormais usage de bombes bourrées de TNT dont la puissance peut souffler entièrement une habitation, prévient un combattant de l'Armée syrienne libre (ASL), Raghib Ghazal.

Sans arme anti-aérienne, il n'y a pas grand-chose que les rebelles puissent faire. "On planque parfois des mitrailleuses lourdes dans des oliviers pour faire un tir croisé, mais c'est très dangereux", explique l'un d'eux.

Les stigmates des bombardements sont partout: façades déchirées, immeubles écroulés comme des fétus de paille. Les rebelles occupent les pièces les moins exposées des rez-de-chaussée des maisons familiales, dont les étages sont souvent calcinés.

L'aéroport militaire de Taftanaz, verrouillant l'accès à la ville d'Idleb tenue par l'armée, est à trois km à vol d'oiseau. D'une position rebelle toute proche, on distingue une quinzaine d'hélicos MI-17 et MI-24.

Mercredi, une brigade de la rébellion a tenté d'attaquer la base. "L'opération n'avait pas été assez préparée, ça a été un échec", reconnaît Abou Omar, un commandant d'une autre brigade rebelle, Al-Haq, qui a refusé de participer à cet assaut improvisé.

Un seul appareil a été détruit au sol, d'autres ont été légèrement endommagés et la base est restée aux mains des forces gouvernementales.

Depuis lors, sans doute pour prévenir un nouvel assaut, deux hélicoptères ont été positionnés dans le village voisin d'al-Fouaa où les habitants chiites sont favorables au régime.

Après Taftanaz, les rebelles ont attaqué l'aéroport militaire d'Abou el-Zouhour, toujours dans la province d'Idleb, "en prenant le contrôle à 70%", d'après Abou Omar.

Les bombardements de l'aviation font des dizaines de victimes chaque jour à travers le pays, et la maîtrise du ciel est un atout principal du régime dans sa guerre contre les rebelles.

"Nous n'avons pas vu arriver une seule arme" de l'étranger, a priori encore moins des missiles anti-aériens, s'emporte Abou Omar qui ne cache pas son dépit face à une communauté internationale qu'il juge "complice" du président Assad.

Membre, comme la plupart de ses hommes, de l'influente famille locale Ghazal, Abou Omar, cet ancien homme d'affaires aux manières policées avoue son impuissance face à la menace des hélicoptères.

Au sol en revanche, "les militaires du régime ne peuvent pas faire un pas en dehors de leur base", assure-t-il, pistolet et talkie-walkie à portée de main. "Nous sommes dans une plaine, ils seront immédiatement repérés".

Mais ce qui vaut pour les soldats vaut aussi pour les rebelles, hypothéquant toute attaque de l'aéroport. "Dieu est avec nous", répond avec fatalisme le chef rebelle. "Ils ont les armes, mais nous avons la foi".

hba/tp

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