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Ethiopie: Hailemariam, un outsider quasi-inconnu pour succéder à Meles

02/09/2012 05:16 EDT | Actualisé 02/11/2012 05:12 EDT

Meles Zenawi disparu, un quasi-inconnu se retrouve à la tête du deuxième pays le plus peuplé d'Afrique sub-saharienne: Hailemariam Desalegn, 47 ans, va devoir s'imposer comme chef du gouvernement éthiopien ainsi que dans la très instable région de la Corne de l'Afrique.

Le Parlement éthiopien doit se réunir prochainement pour confirmer dans ses nouvelles fonctions de Premier ministre M. Hailemariam, qui dirige le gouvernement par intérim depuis le décès le 20 août de Meles.

Meles Zenawi dirigeait l'Ethiopie sans partage depuis qu'il avait chassé du pouvoir le dictateur Mengistu Haile Mariam en 1991.

Le parcours de Hailemariam Desalegn est radicalement différent: cet ingénieur hydraulique de formation a été promu il y a deux ans seulement par Meles vice Premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

Il a également été élu président adjoint de la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF selon l'acronyme anglais), après la quatrième victoire électorale d'affilée de cette formation à une écrasante majorité, toujours en 2010.

Hailemariam se distingue également par son appartenance à une communauté très minoritaire, les Wolayta du sud de l'Ethiopie, installés dans la région dite des Nations, nationalités et peuples du Sud, une des neuf entités régionales, que le nouvel homme fort du pays a dirigée pendant cinq ans.

Une région à l'exact opposé géographique de celle du Tigré, tout au nord, dont était originaire Meles et ses camarades du Front de libération du peuple tigréen (TPLF), qui forme aujourd'hui encore l'ossature de la coalition EPRDF au pouvoir.

Hailemariam est par ailleurs protestant, alors que les chrétiens, majoritaires dans le pays, sont surtout orthodoxes.

"Beaucoup voient (Hailemariam) comme une personnalité symbolique, qui incarne les efforts de Meles et des responsables tigréens de donner de la visibilité à des représentants d'autres communautés", relève Jason Mosley, du centre d'études britannique Chatham House.

L'actuel Premier ministre par intérim devrait diriger le gouvernement jusqu'aux prochaines élections de 2015, sous réserve de confirmation par la coalition EPRDF, a déjà fait savoir le porte-parole du gouvernement Bereket Simon.

Mais pour le centre de réflexion International Crises Group, la désignation attendue de Hailemariam pourrait bien être "un habillage, destiné à couper l'herbe sous le pied des éventuels critiques, tandis que l'élite tigréenne du TPLF conserverait la réalité du pouvoir".

"Ses origines ethniques peuvent être considérées comme un avantage, parce que son groupe est minoritaire dans une région pluri-ethnique, et, de façon encore plus importante, parce qu'il n'est pas issu des Oromo ou des Amhara", les principales communautés du pays, relève l'ICG dans un rapport récent.

A son détriment en revanche, son relativement jeune âge et le fait qu'il n'a pas participé à la guérilla ayant renversé Mengistu -- Hailemariam finissait alors à l'université finlandaise de Tampere les études d'ingénieur entamées à Addis Abeba.

"C'est un novice politique, qui ne fait pas partie de la vieille garde, il n'était pas dans le maquis avec les rebelles qui combattaient Mengistu", relevait récemment sur la BBC l'opposant en exil et ancien maire d'Addis Berhanu Nega.

"C'est le Medvedev d'un groupe de Poutines très occupés à résoudre leurs différends internes au sein du parti au pouvoir", selon M. Nega, en référence à l'actuel Premier ministre russe poussé à la présidence en 2008 tandis que M. Poutine gardait l'essentiel du pouvoir.

Alors que les organisations de défense des droits de l'homme l'ont exhorté à revenir sur les limitations de la liberté de parole, rien ne dit que Hailemariam compte se démarquer de son prédécesseur.

"La vision de notre Premier ministre (décédé) est également la vision de tous les membres de l'EPRDF et elle sera mise en oeuvre avec la participation active du peuple éthiopien", a assuré le chef de gouvernement par intérim lors des funérailles dimanche.

Dans ses discours précédents, Hailemariam -- dont le nom signifie "le pouvoir de la Sainte Marie" -- a pris soin de se ménager les bonnes grâces tant des Etats-Unis -- soutien historique de l'Ethiopie -- que de la Chine, à l'influence grandissante sous Meles.

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