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Dos Santos, personnalité énigmatique qui contrôle l'Angola depuis plus de 30 ans

02/09/2012 06:24 EDT | Actualisé 02/11/2012 05:12 EDT

A la tête de l'Angola depuis bientôt trente-trois ans, José Eduardo dos Santos, qui a remporté les élections générales de vendredi, est une personnalité énigmatique qui a transformé la présidence en une institution omniprésente.

Le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) du président dos Santos, qui a fêté ses 70 ans mardi dernier, a recueilli près des trois quarts des suffrages vendredi, selon des résultats portant sur plus de 70% des votants.

La Constitution angolaise, révisée en 2010, fait automatiquement du chef du parti remportant les législatives le nouveau président, ce qui permet à "Zédu" de se succéder à lui-même.

Sa longévité au pouvoir est uniquement dépassée en Afrique par celle du dirigeant de Guinée équatoriale Teodoro Obiang Nguema.

José Eduardo dos Santos a parfaitement résisté dans les urnes à la vague de protestation qui montait depuis un an et demi, avec --fait inédit dans le pays-- quelques manifestations de rues.

D'abord menées par des groupes de jeunes demandant son départ et la fin d'un régime dénoncé comme autoritaire et corrompu, elles avaient été conduites plus récemment par des anciens militaires réclamant le paiement de primes de démobilisation et de pensions, avant d'être dispersées par les forces de l'ordre.

Sans avoir jamais été directement élu par le peuple --le seul scrutin présidentiel organisé lors d'une pause dans la guerre civile en 1992 ayant été avorté, et l'élection de vendredi étant indirecte--, M. dos Santos contrôle l'ensemble des institutions du pays: il est le chef des armées, du gouvernement, de la police, et il nomme les principaux juges.

Egalement chef du MPLA, il a su placer des hommes de son parti dans toutes les institutions publiques.

Doté d'un sens aigu du jeu politique, il a créé la surprise en faisant du quinquagénaire Manuel Vicente, ex-patron de l'omniprésente compagnie pétrolière nationale Sonangol, son possible successeur en le nommant son numéro deux sur la liste MPLA.

Présenté comme "l'architecte de la paix" dans des médias publics entièrement acquis à sa cause, ce marxiste pragmatique a ouvert l'ex-colonie portugaise à l'économie de marché pour faciliter la reconstruction, après vingt-sept ans de sanglante guerre civile.

Sa propre famille s'est au passage considérablement enrichie, et sa fille Isabel est à la tête d'un vaste empire commercial.

Enchaînant les inaugurations de routes, hôpitaux et écoles ces derniers mois, le président angolais a mis en avant son bilan et a promis de mieux distribuer les richesses, un slogan qui a porté dans un pays où la majorité de la population vit dans une grande pauvreté.

Homme au visage placide, cet amateur de musique et de poésie partage son temps entre le palais présidentiel d'un rose très colonial et une résidence dans le sud de Luanda, une ville où il est né le 28 août 1942.

Issu d'une famille modeste, José Eduardo dos Santos a grandi dans le "barrio" de Sambizanga.

Dans ce bidonville, noyau de la lutte clandestine contre le Portugal, ce fils de maçon a adhéré en 1961 au MPLA -- créé cinq ans plus tôt--, mais ne fait qu'un bref passage dans la lutte armée.

Deux ans plus tard, il a obtenu une bourse pour étudier en Azerbaïdjan où il a décroché un diplôme d'ingénieur et épousé une Soviétique. Aujourd'hui marié à Ana Paula, une ex-hôtesse de l'air de 18 ans sa cadette, il est père de nombreux enfants.

Dans les années 1970, il a poursuivi son ascension politique en intégrant le Comité central du MPLA, qu'il a représenté à Brazzaville, avant de devenir chef de la diplomatie à l'indépendance, en 1975.

Dauphin du premier président angolais Agostinho Neto, il a été nommé vice-Premier ministre, puis ministre du Plan. A la mort de son mentor en 1979, il a été investi chef de l'Etat par le MPLA, dont il a pris la présidence.

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