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Meles Zenawi entre dans l'Histoire avec de rares obsèques nationales en Ethiopie

01/09/2012 03:38 EDT | Actualisé 31/10/2012 05:12 EDT

L'Ethiopie a une longue histoire de mystérieux décès de dirigeants, gardés secrets parfois des années. Mais ce pays de la Corne de l'Afrique a moins pour habitude d'enterrer en grande pompe, dans des funérailles nationales, ses leaders, comme il le fera dimanche pour Meles Zenawi.

EN 1913, l'un des plus célèbres empereurs éthiopiens, Menelik II, mourait. Son décès allait rester caché jusqu'en 1916, où des responsables annoncèrent qu'il avait succombé à une attaque des années plus tôt.

Le "Roi des Rois" Hailé Sélassié, dernier empereur d'Ethiopie, est lui officiellement mort en 1975 de causes naturelles. Mais aujourd'hui encore, nombreux sont ceux persuadés qu'il a en fait été assassiné par le régime du dictateur Mengistu Hailé Mariam, qui l'avait renversé un an plus tôt.

Le mois dernier, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, resté plus de 20 ans aux commandes de son pays, est lui décédé d'une maladie dont la nature n'a jamais été révélée, après deux longs mois d'absence de la scène publique.

Le mystère qui entoure souvent le décès des dirigeants éthiopiens s'explique en partie par la volonté du pouvoir d'assurer une succession stable, expliquent des analystes.

"Si la mort est annoncée, ils craignent que cela ne provoque beaucoup de problèmes parce que différentes personnes peuvent revendiquer le trône," estime Estelle Sohier, de l'université de Genève, auteur d'un livre sur Menelik.

"Cacher la mort d'un dirigeant est une façon de gagner du temps, pour préparer la succession," ajoute-t-elle.

Dans le cas de Meles, le gouvernement éthiopien a annoncé mardi 21 août la mort du leader, survenue la veille au soir dans un hôpital de Bruxelles.

Mais le secret longtemps entretenu sur sa maladie entretient le doute sur l'état d'esprit au sommet du pouvoir : voulaient-ils s'assurer, avant toute annonce, que la classe dirigeante parlerait à l'unison ?

Selon Michela Wrong, auteur de livres sur la Corne de l'Afrique, ce goût du secret est fréquent en Afrique quand un grand dirigeant disparaît.

"L'élite dirigeante est motivée par le désir de maintenir le statu quo, dont elle bénéficie," dit-elle. "Elle recherche la stabilité."

Mme Sohier dresse même un parallèle entre la mort de Menelik, dont la succession a fait l'objet d'une bataille au sein de la famille royale, et celle de Meles. Le gouvernement, qui a admis que le Premier ministre était malade depuis déjà un an, n'a levé le voile sur le nom de celui qui prendrait sa succession -- le vice-Premier ministre Hailemariam Desalegn-- qu'après le décès.

La Constitution éthiopienne stipule que le vice-Premier ministre remplace le Premier ministre quand celui-ci est absent. Mais elle ne prévoit rien en cas de décès.

Dimanche, Meles sera honoré des premières funérailles nationales accordées à un dirigeant éthiopien en plus de 80 ans. Les dernières obsèques nationales -- celles de l'impératrice Zewditu -- remontent à 1930.

"C'est la première fois en 82 ans que l'Ethiopie a l'opportunité de montrer ce qu'elle pense de son dirigeant," glisse Patrick Gilkes, auteur d'un livre sur l'ancien système féodal éthiopien.

Hailé Sélassié, enterré sous les toilettes du palais présidentiel avant que son corps ne soit exhumé et enseveli en bonne et due forme en 1992, n'a jamais bénéficié de funérailles nationales.

Immédiatement après sa mort, beaucoup de gens à Addis Abeba, la capitale, étaient pourtant "très tristes", raconte le journaliste éthiopien Tsegaye Tadesse, aujourd'hui âgé de 78 ans.

Mengistu n'a jamais autorisé ces obsèques nationales.

Et si en 1992 Meles a permis que soit rendu à Hailé Sélassié un homage orthodoxe en l'église de la Sainte Trinité d'Addis, où il est depuis enterré, il n'a jamais voulu entendre parler de funérailles nationales. Car pour le dirigeant, tout juste arrivé au pouvoir, le bilan social de l'empereur était désastreux.

Dimanche, Meles sera aussi enterré à la Sainte Trinité, l'église où reposent les patriarches orthodoxes et les grands patriotes tombés pour la nation. C'est, disent les analystes, signe que les autorités veulent faire de Meles un héros.

Si le Premier ministre a, à maintes reprises, été accusé de violations flagrantes des droits de l'homme, de museler la presse et l'opposition, il est aussi perçu par d'autres comme un dirigeant visionnaire, qui restera pour sa lutte contre la pauvreté.

"Faire l'éloge des dirigeants, en passant sous silence leurs fautes évidentes est quelque chose que l'on retrouve partout dans le monde," affirme Mme Wrong.

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