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Maroc: en congrès, les jeunes islamistes n'ont pas ménagé leurs critiques

01/09/2012 09:23 EDT | Actualisé 01/11/2012 05:12 EDT

Les jeunes islamistes du parti Justice et Développement (PJD), réunis pendant une semaine en congrès, n'ont pas ménagé leurs critiques, dénonçant la cérémonie d'allégeance au roi et même le gouvernement dirigé pour la première fois au Maroc par leur parti.

Dans une salle comble au coeur de Tanger (nord), plus de 2.600 jeunes du PJD ont tenu leur 7e congrès annuel, le premier depuis la nomination par le roi Mohammed VI d'Abdelilah Benkirane à la tête du gouvernement en janvier, après des décennies dans l'opposition.

Les débats ont été intenses, notamment sur l'entourage du roi que les militants accusent de faire de l'ombre au gouvernement.

Mais la cérémonie de clôture prévue samedi en présence de M. Benkirane a été interdite par les autorités dans un "souci de sécurité et de maintien de l'ordre", selon un responsable du ministère joint par l'AFP et qui a requis l'anonymat.

Des responsables du PJD ont aussitôt vu dans cette décision "un acte de vengeance contre les travaux du congrès", selon les termes d'Abdelali Hamiddine, un dirigeant du parti.

"C'est une humiliation pour notre parti et il ne faut pas rester les bras croisés", a renchéri Abdelaziz Aftati, un député.

Durant leurs échanges, les jeunes du PJD ont longuement traité de l'entourage du roi, accusé de faire de l'ombre au gouvernement, ainsi que des rapports, décrits comme "difficiles" par des médias marocains, entre Mohammed VI et le Premier ministre.

"Qui gouverne véritablement le Maroc? Qui détient le pouvoir, le vrai pouvoir? Pourquoi ne pas prendre comme exemple l'expérience turque ou égyptienne?", s'est ainsi interrogé à haute voix un jeune islamiste.

"Nous sommes arrivés au gouvernement, mais pas au pouvoir. La preuve: cette cérémonie d'allégeance au roi", a ajouté un autre intervenant.

Selon une vieille tradition annualisée par Hassan II, le père de Mohammed VI, chaque 30 juillet, l'anniversaire de l'accession au trône est marquée par une cérémonie d'allégeance, la Beyâa, lors de laquelle les participants, dont des responsables politiques, se prosternent devant le roi.

Par le passé, des officiels du PJD avaient remis en cause cette cérémonie, jugée humiliante par certains de ses détracteurs.

Cette année, en réaction à la vigueur de la polémique, le ministre des Affaires islamiques Ahmed Taoufiq, qui n'est pas membre du PJD, a lui justifié l'acte d'allégeance à l'égard du "commandeur des croyants", évoquant le "renouvellement de la part des Marocains de l'allégeance au roi au titre du contrat politique et religieux global".

Mais lors du congrès, où hommes et femmes, voilées pour la plupart, étaient séparés, les remarques ont à nouveau fusé.

"Nous respectons le roi mais on ne se prosterne que devant Dieu", a lancé un participant, sous les applaudissements nourris de ses coreligionnaires.

Durant leurs échanges, les participants n'ont pas non plus toujours ménagé leur propre gouvernement, avec en première ligne de leurs revendications la lutte contre la corruption.

Portant le voile, une jeune femme avance timidement et se saisit du micro: "Il ne faut pas pardonner à ceux qui ont volé l'argent public", déclare-t-elle dans une référence implicite à des propos du chef du gouvernement qui a récemment déclaré que "Dieu pardonne le passé".

Cette formule a été critiquée y compris au sein du parti islamiste, qui avait fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille lors des élections de novembre 2011, qui l'ont porté au pouvoir.

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