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L'audience d'une Pakistanaise accusée de blasphème est reportée à lundi

01/09/2012 05:03 EDT | Actualisé 31/10/2012 05:12 EDT

ISLAMABAD - Un juge d'Islamabad a reporté à lundi une audience sur le maintien en détention d'une adolescente chrétienne pakistanaise, accusée d'avoir brulé des pages du Coran et de blasphème.

La jeune fille, âgée de 11 à 16 ans selon les sources, souffre de trisomie. Arrêtée le 17 août, elle est actuellement en détention préventive. Elle est passible de la peine de mort, le blasphème étant considéré au Pakistan comme un crime.

L'audience initialement prévue samedi a été reportée à lundi en raison de doutes sur l'authenticité de la demande de remise en liberté de la jeune fille, selon le représentant du parquet, Rao Abdur Rehman. "La demande de remise en liberté n'a pas été déposée par l'accusée, n'est pas signée par l'accusée", ni le mandat de représentation de son avocat, a-t-il fait valoir.

Tahir Naveed Chudhry, l'avocat chrétien de la jeune fille, a de son côté dénoncé une "manoeuvre dilatoire" du juge. "J'ai présenté au tribunal mon mandat de représentation, joint à la demande de remise en liberté", a-t-il souligné.

D'après la police, l'adolescente a été arrêtée alors que des rumeurs de blasphème avaient conduit le 17 août plusieurs centaines de voisins à se rassembler devant son habitation dans un quartier pauvre d'Islamabad, la capitale.

"Environ 500-600 personnes s'étaient rassemblées devant sa maison à Islamabad. Elles étaient très émues, en colère, et elles auraient pu lui faire du mal si nous n'avions pas rapidement réagi", a expliqué un policier. "Certains musulmans du coin affirment que la fille a brûlé des pages du Coran et nous enquêtons. Nous n'avons tiré aucune conclusion pour le moment".

Selon un autre responsable de la police, Qasim Niazi, l'adolescente possédait un sac contenant des documents religieux et en arabe en partie brûlés mais pas de Coran, à son arrivée au commissariat. Un autre a affirmé que l'affaire serait rapidement réglée à l'issue de l'enquête et lorsque la colère serait retombée. Il n'y a "pas grand-chose", a-t-il ajouté.

Des informations contradictoires circulaient sur l'âge de l'adolescente. Zabi Ullah a précisé qu'elle était âgée de 16 ans alors que d'autres responsables parlaient de 12 ou 11 ans. A son arrivée au commissariat, la jeune fille était effrayée et n'arrivait pas à s'exprimer normalement, selon Qasim Niazi. D'après ses défenseurs, la jeune fille souffre de trisomie.

Toute personne reconnue coupable d'avoir insulté le prophète Mahomet ou le Coran peut être condamnée à mort au Pakistan, même si les exécutions sont rares. Les chrétiens vivent dans la crainte d'être accusés de blasphème, et de nombreuses voix s'élèvent pour affirmer que la loi sert parfois de prétexte à des règlements de comptes.

Il est arrivé que des foules en colère décident de rendre justice elles-mêmes et s'en prennent physiquement aux personnes accusées de blasphème. En juillet, des milliers de personnes avaient traîné un Pakistanais accusé d'avoir profané le Coran à l'extérieur d'un commissariat à Bahawalpur (centre). Il avait ensuite été frappé à mort et son corps avait été brûlé.

Les tentatives d'abrogation ou de modification des lois antiblasphème ont rencontré une vive opposition. L'an dernier, deux personnalités politiques influentes du pays qui s'étaient exprimées contre ces textes ont été tuées. Le libéral Salman Taseer a été assassiné par balle par l'un de ses gardes du corps en janvier 2011. Et en mars suivant, des militants ont abattu Shahbaz Bhatti, seul ministre chrétien du gouvernement.

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