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En slip, pieds nus, le crâne rasé, ils retrouvent la liberté

01/09/2012 09:57 EDT | Actualisé 01/11/2012 05:12 EDT

Certains sortent du quartier général de la police de Damas en slip, beaucoup sont pieds nus, la plupart ont le crâne rasé et le visage fatigué, quelques-uns le dos strié ou les jambes gonflés: arrêtés il y a des semaines, voire des mois, ils ont retrouvé samedi la liberté.

Fonctionnaire de 31 ans, Bassel rentrait chez lui à Zamalka, banlieue rebelle au nord-est de Damas, lorsqu'il a été arrêté devant sa femme et son fils par les services de sécurité.

La raison: sa carte d'identité plastifiée était cassée. Un incident bénin partout sauf en Syrie, depuis qu'un salafiste installé en Arabie saoudite, cheikh Adnane al-Arour, qui prononce des prêches enflammés contre le régime et les alaouites, a exhorté ses partisans à briser leur carte d'identité.

"Je n'étais même pas au courant de ce sermon, ce sont mes interrogateurs qui me l'ont appris en prison. J'ai passé 32 jours au secret dans un cachot des services de renseignement de l'armée de l'air. Ils m'ont conduit ici aujourd'hui et j'ai appris que je serai libéré grâce à un décret du président Bachar al-Assad", explique cet homme en tricot de corps.

D'autres ont connu la même mésaventure. Imad, 25 ans, a été arrêté dans un bus. "Ils m'ont dit de les suivre pour un interrogatoire qui ne devait durer que dix minutes et je suis resté dix jours. Ils m'ont frappé pour que j'avoue que j'avais suivi les consignes du cheikh, dont j'ignorais l'existence".

Dans la salle, l'odeur insupportable: les prisonniers n'ont pas pu se laver depuis leur arrestation.

Avant de les laisser partir, les policiers font remplir un formulaire aux détenus: "Je reconnais que j'ai été libéré le 1er septembre de la direction de police du gouvernorat de Damas, que je regrette mon acte et que m'engage à ne plus participer à une manifestation non autorisée".

"Le chef de l'Etat entend mener des réformes mais que les ennemis de la Syrie veulent détruire le pays en distillant la violence. Il faut participer à la défense du pays", explique un dirigeant du parti Baas au pouvoir, Mouafak el-Bacha.

Les 158 détenus applaudissent et scandent "Par notre sang, par notre âme, nous te défendrons Bachar". A travers le pays, au moins 267 prisonniers ont retrouvé la liberté samedi.

En pyjama, Soufiane, un commerçant de 37 ans dans la banlieue rebelle de Harasta, montre ses jambes gonflées: "Ils m'ont frappé pour que j'avoue ma participation à des manifestations auxquelles je n'ai pas pris part. Je ne suis ni avec les uns, ni avec les autres". Il est resté 32 jours dans l'ombre.

"Ma mère était en pleurs quand elle a entendu ma voix. Elle ne savait même plus si mon frère et moi étions encore en vie", explique Amer, tout ému. Agé de 26 ans, il a été arrêté chez lui le 8 août à Mazzé, un quartier chic dans l'ouest de Damas, avec ses deux frères.

Le plus jeune, qui a 17 ans, a été libéré au bout de quatre jours. Lui est resté avec son frère Imad, 25 ans, également libéré samedi. "Nous n'avons rien fait et ils n'ont rien trouvé chez nous", insiste Imad, qui possède une entreprise de plomberie.

Ce dernier a une idée très précise de ce qu'il compte faire à son retour à la maison: "Embrasser mes parents, prendre un bain, manger des douceurs, puis chercher à quitter ce pays le plus vite possible et m'installer le plus loin possible".

"Nous étions 60 dans une cellule de 6 mètres sur 4, et 20 devaient rester debout. Nous avions 30 secondes pour faire nos besoins, et pour dormir nous devions plier nos jambes et dormir la tête sur nos genoux", raconte-t-il.

En sortant de la prison, Bassel a traversé la rue pour se rendre dans un magasin vendant des vêtements de seconde main et acheter une chemise et un pantalon. "Je ne peux pas rentrer chez moi avec ce je que porte. Cela pue trop", explique-t-il

Sur le trottoir, pieds nus, pantalon déchiré, Ahmad, ouvrier agricole de 36 ans, n'a en revanche même pas d'argent pour rentrer chez lui à Qalamoun, dans la province de Damas.

Il raconte avoir été enlevé par l'Armée syrienne libre (ASL, composée de déserteurs et de combattants civils) pour avoir dénoncé certains de ses membres. Les rebelles lui ont tiré deux balles dans les jambes en représailles puis l'ont libéré.

"L'armée m'a trouvé et conduit à l'hopital pour me soigner. Puis les services de renseignement m'ont emprisonné durant deux mois", dit-il.

Depuis le début de la révolte en mars 2011, des centaines de prisonniers ont été libérés grâce à un décret présidentiel d'amnistie mais selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des dizaines de milliers de personnes sont encore derrière les barreaux.

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