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Malgré la pression, l'opposition syrienne a du mal à s'unir

31/08/2012 06:33 EDT | Actualisé 31/10/2012 05:12 EDT

En dépit de succès sur le terrain et de la pression des Occidentaux, l'opposition syrienne, divisée par de profondes lignes de fractures, peine toujours à s'unir et à former un gouvernement de transition.

C'est depuis des mois la demande des soutiens occidentaux à l'opposition syrienne: qu'elle se fédère autour d'un projet commun pour l'après Bachar al-Assad rassemblant tous les mouvements et toutes les communautés. Le président français François Hollande est allé lundi jusqu'à se dire prêt à reconnaître un gouvernement provisoire lorsqu'il sera formé.

Car la crainte de Washington ou Paris est de voir les intégristes phagocyter la rébellion. "Il ne s'agit pas de se débarrasser de Bachar al-Assad si c'est pour avoir ou bien des intégristes ou bien un régime" similaire à celui en place, a expliqué vendredi le chef de la diplomatie française Laurent Fabius à la radio Europe 1.

Depuis les succès rebelles dans le nord de la Syrie, les militants de terrain des Comités locaux de coordination (LCC) comme les exilés du Conseil national syrien (CNS, principale coalition de l'opposition) ont fait de la formation d'un gouvernement de transition inclusif leur priorité. "Mais nous devons prendre notre temps pour discuter", explique à l'AFP George Sabra, porte-parole du CNS.

Mardi, un panel représentatif a rendu publique à Berlin la première ébauche détaillée d'une feuille de route post-Assad baptisée "Le jour d'après: soutenir une transition démocratique en Syrie". Le projet, initié par des cercles de réflexion américain et allemand, pose les bases d'un processus démocratique dans une Syrie dotée d'une "nouvelle identité nationale", de l'élection d'une Constituante à l'établissement d'une justice transitionnelle.

Mais après 17 mois d'une contestation contre le régime devenue armée, les dissensions entre l'intérieur et l'extérieur, civils et combattants, laïcs et islamistes, restent un obstacle à l'union.

"Un gouvernement provisoire n'est pas d'actualité car les conditions ne sont pas réunies", estime Fabrice Balanche du Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient.

Le CNS, noyauté par les Frères musulmans avec une caution laïque selon les experts, est paralysé depuis le début par des luttes d'influence, dont Bassma Kodmani, co-fondatrice démissionnaire, semble avoir fait les frais.

Malgré une volonté affichée, le Conseil, principal interlocuteur de la communauté internationale, n'a pas non plus réussi à s'élargir ni à faire l'unité autour de lui. Il "ne travaille pas bien avec les autres groupes d'opposition", a déploré Mme Kodmani.

Les divergences avec une partie des mouvements de l'intérieur portent sur l'usage de la violence et une intervention étrangère. Mardi à Damas, une vingtaine se sont prononcés pour un renversement "non violent" du régime, insistant sur "une solution politique", comme l'a expliqué Raja al-Nasser du Comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND).

Surtout, le CNS, fondé par des exilés de longue date, souffre de son manque de crédibilité et de représentativité auprès des combattants et manifestants qui accusent ses membres d'être inefficaces, déconnectés du terrain où le sang coule et de vouloir se positionner pour l'après-Bachar.

Dans la région d'Alep, un journaliste de l'AFP a constaté que civils et rebelles ne l'évoquaient jamais. "Ils promettent aide, argent, armes et ne font rien", expliquait un combattant, Mohammed Sensaoui.

Quant à ses liens avec l'Armée syrienne libre, devenue l'acteur de premier plan au fil des mois, ils restent quasi-inexistants.

"Avec l'ASL, on ne peut pas dire que ce soit l'harmonie. L'aide qu'ils ont reçue du CNS est infime par rapport aux nécessités. Les gens sont déçus", reconnaît Monzer Makhous, coordinateur des relations extérieures du Conseil.

En juillet, l'ASL de l'intérieur a annoncé son propre plan de transition avec constitution d'un "conseil supérieur de défense" devant à terme choisir un "conseil présidentiel" politico-militaire pour diriger le pays durant la période transitoire.

Mais parmi cette armée rebelle divisée en plusieurs groupes, l'unité n'est pas de mise de non plus. La proposition a été rejetée par son chef officiel basé en Turquie, le colonel Riad Assaad.

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