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François Legault veut s'inspirer du secteur privé pour gérer le Québec

31/08/2012 03:18 EDT | Actualisé 31/10/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - François Legault se dit fin prêt à gouverner le Québec, en s'inspirant du monde des affaires pour bâtir un État où les maîtres mots seront: efficacité, performance, résultats.

«C'est au moins aussi important la performance, en termes de qualité de services, que la performance dans le secteur privé, en termes de bénéfices», dira cet ancien entrepreneur qui aspire à porter dès mardi soir le titre de premier ministre du Québec, lors d'une entrevue à La Presse Canadienne, vendredi, alors qu'il faisait route vers le Saguenay, en terre péquiste.

S'il atteint son but, et il se dit convaincu que ce sera le cas, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) cherchera dès le lendemain à appliquer à l'administration publique un modèle de gestion axé sur une plus grande productivité, une «culture de résultats».

Homme de chiffres, François Legault est quelqu'un de pressé. Il exigera de voir rapidement les résultats escomptés de ses réformes.

Ceux qui ont eu affaire à lui quand il était ministre de l'Éducation, dans son ancienne vie péquiste, il y a une dizaine d'années, se souviendront de ses controversés «contrats de performance» signés entre le gouvernement et les universités. Certains y verront une obsession pour le modèle du secteur privé, les autres, une constance dans l'approche.

Chose certaine, son plan entraînerait des bouleversements importants dans le fonctionnement de l'administration publique, avec ses changements de structures, coupes de postes et nouvelles têtes aux postes-clés.

Ce comptable dit que son équipe sera capable d'effectuer le grand ménage promis, sans crainte de voir le tout anéanti par la lourdeur et la complexité de l'appareil gouvernemental.

Et ce, même si son équipe de candidats est celle qui est la moins expérimentée, en termes d'exercice du pouvoir. Des 125 candidats de la Coalition avenir Québec (CAQ), M. Legault est le seul à avoir une expérience concrète de la gestion du secteur public.

Il dirige aussi le plus jeune des partis, le moins fortuné, un parti qui n'a pas eu le temps de faire ses classes, ni ses preuves. Il ne faut pas oublier que la CAQ n'a pas encore soufflé la chandelle de son premier gâteau d'anniversaire.

Bref, la marche vers le pouvoir est haute pour la CAQ, mais son chef n'affiche pas d'inquiétude. «Je suis prêt» à prendre le pouvoir, assure le chef de la jeune formation.

On comprend que le monde des affaires est à la fois pour lui une source d'inspiration, comme modèle à suivre, et une pépinière de talents où aller chercher les meilleurs cerveaux capables de gérer l'État à la manière Legault.

L'ex-chef de cabinet du premier ministre libéral Robert Bourassa, Mario Bertrand, agit comme conseiller pour préparer une éventuelle transition du parti vers le pouvoir. Il a le mandat de recruter la dizaine de personnes aux postes-clés de l'appareil gouvernemental comme sous-ministres et présidents de sociétés d'État, «si jamais on pense que les personnes en place n'acceptent pas notre plan».

«J'ai des noms, si je vous les disais, vous seriez surprise», de personnes _ toutes à la têtes d'entreprises _ prêtes à venir gérer l'État québécois. D'autres qui étaient tentées ont refusé, dit-il, en raison de la trop grande perte de salaire encourue en passant du privé au public.

«Pour ce qui est de l'efficacité, il y a des moyens qu'on peut copier, qui existent dans le privé», note l'ex-entrepreneur, dont la formation est celle des trois grands partis qui compte le plus grand nombre de candidats issus du secteur privé.

La différence entre les deux, c'est qu'au privé on cherche le profit, tandis qu'au public, on cherche un meilleur service, dit M. Legault.

Comme ce serait le cas dans le secteur privé, il veut que les gestionnaires publics aient davantage de latitude, d'autonomie et de moyens, ce qui viendra, cependant, avec plus de responsabilité et d'imputabilité. «Il faut cesser d'avoir peur de certains mots comme évaluation et performance», dit cet amateur d'un autre mot tabou en certains milieux: productivité.

Il n'y aura pas de non-élus dans son conseil des ministres. Si celui qu'il présente comme son bras droit, candidat-vedette, futur vice-premier ministre responsable de la lutte à la corruption, Jacques Duchesneau, n'est pas élu dans Saint-Jérôme, il lui faudra trouver quelqu'un d'autre pour assurer l'intégrité des transactions entre le gouvernement et le monde de la construction.

On sait que son ministre de la Santé serait le président de la Fédération des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette, s'il est élu. M. Legault estime que son expérience à la tête de cette association «c'est presque comme une expérience politique», parce qu'il connaît le fonctionnement des réseaux et des conventions collectives.

En éducation, il laisse entendre que le ministère serait confié à l'ancienne présidente des directeurs d'école, Chantal Longpré, candidate dans Repentigny, et qui a eu à ce titre « «indirectement une expérience politique» et du «day to day» de la gestion d'un réseau.

Pour diriger le ministère des Finances, il voit l'homme d'affaires Christian Dubé, candidat dans Lévis, un cadre de la filiale internationale de Cascades en Europe. Son expertise pour prétendre au titre de ministre des Finances: être «à peu près le meilleur 'dealmaker'» qu'on puisse trouver, selon M. Legault.

Il maintient qu'il s'en tiendra à quelques priorités, en santé (abolition des agences, un médecin de famille pour tous) et en éducation (abolition des commissions scolaires), s'il est porté au pourvoir, pour éviter de s'éparpiller et risquer de tout rater.

«Ce que j'ai appris en affaires, c'est que si on veut réussir nos changements, il faut cibler nos changements», dit-il.

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