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Après l'avoir attaqué de front, Charest choisit maintenant d'ignorer Legault

31/08/2012 11:48 EDT | Actualisé 31/10/2012 05:12 EDT

SAINT-SÉVÈRE, Qc - Après avoir attaqué de front François Legault toute la campagne électorale, Jean Charest choisit maintenant de l'ignorer complètement en affirmant qu'il ne peut pas former le prochain gouvernement.

Malgré des sondages qui tendent à démontrer que les libéraux et les caquistes se battent tous deux pour la position d'opposition officielle, le chef libéral prétend qu'il n'y a qu'une alternative: Pauline Marois ou lui.

«Le choix est très clair. Et il n'y a rien entre les deux», a-t-il prétendu en point de presse en Mauricie vendredi.

«Pour certains, la CAQ a pu paraître être un choix à un moment donné, mais forcément la CAQ ne peut pas espérer un résultat qui lui permet d'être une force à l'Assemblée nationale, c'est impossible», a-t-il soutenu.

Depuis le début de la campagne, les critiques les plus acrimonieuses lancées par M. Charest visaient surtout M. Legault, maintes fois dépeint comme quelqu'un de «pas fiable». C'est que les partisans de M. Charest semblaient déserter sa formation au profit de celle de M. Legault plutôt que celle de Mme Marois. Son changement de ton survient à quatre jours du scrutin.

Cette nouvelle stratégie s'opère cependant à un drôle de moment, pour M. Charest. En effet, deux quotidiens anglophones d'importance ont appelé vendredi les électeurs à voter pour la CAQ, présentant ainsi la formation de François Legault comme un choix crédible et fédéraliste.

«Le favoritisme est encore commun, la corruption persiste», peut-on lire dans le Globe and Mail. «Si la province n'épouse pas l'innovation, elle va décliner, de façon relative et absolue. Le 4 septembre, les électeurs devraient reconnaître que le statu quo n'est pas un choix viable.»

Même son de cloche du côté du National Post, qui soutient que M. Legault «est le plus apte à diriger le Québec afin de faire croître son économie et moderniser sa société à l'intérieur d'un Canada uni».

M. Charest a minimisé le poids de ces éditoriaux, en affirmant qu'il ne se vend pas beaucoup de copies de ces quotidiens à Saint-Sévère, lieu de la conférence de presse.

«Ce matin, ça ne s'est pas précipité dans les dépanneurs pour (en) acheter», a-t-il illustré. Ce ne sont pas ces journaux qui iront aux urnes le 4 septembre, mais bien les Québécois, a-t-il signalé.

Il est à noter que dans un éditorial plus nuancé publié le même jour, La Presse soutient que les libéraux sont les mieux placés pour gouverner, même si elle concède que ceux qui souhaitent du changement devraient voter pour la CAQ.

Double discours

Jean Charest tente à présent de convaincre l'électorat que les élections ne portent que sur un choix: l'économie ou la souveraineté. Lui, évidemment, représenterait la première option, alors que son adversaire péquiste offrirait la seconde.

Il a concentré ses attaques du jour envers Pauline Marois, qu'il accuse de tenir un double discours. D'une part, la chef péquiste a parlé de référendum lors d'un rassemblement partisan à Montréal, de l'autre, elle a tu cet enjeu en campagne, a soutenu le chef libéral.

Autre exemple: le Parti québécois (PQ) s'achète une page de publicité dans un quotidien montréalais dans laquelle il rappelle son engagement à abroger la loi 78. Or, dans un quotidien de la Mauricie, la même publicité n'en fait pas mention, a-t-il relevé.

«Comme si le monde de la Mauricie ne savait pas ce qui se passe à Montréal», a ironisé le chef libéral, qualifiant cette attitude d'insultante et méprisante.

«Si Pauline Marois tient un double discours, c'est donc que les conséquences ne seront pas celles que certains pensent être le 4 septembre prochain, a-t-lancé, évoquant une possible victoire péquiste. Moi, je tiens le même discours partout.»

Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) a refusé de répondre aux questions concernant l'éventualité d'un gouvernement minoritaire péquiste. On ignore donc s'il pourrait envisager former une coalition avec ses adversaires. Il a continué de se dire confiant de l'emporter le jour du scrutin.

«Avec un gouvernement libéral majoritaire comme dans tout autre scénario, j'agirai de manière responsable. Et j'accepterai ce que les Québécois décideront entre un référendum ou l'économie.»

Avant de prendre un vol en direction du Saguenay, M. Charest s'est prêté à un bain de foule à Trois-Rivières, où il a visité une exposition gourmande. Pour la troisième journée d'affilée, des manifestants portant le carré rouge — ils étaient une demi douzaine — ont scandé à son passage des slogans anti-libéraux. Il n'y a pas eu d'incident.

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