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Afrique du Sud: l'inculpation pour meurtre des grévistes de Marikana fait débat

31/08/2012 10:13 EDT | Actualisé 31/10/2012 05:12 EDT

L'inculpation, jeudi, de 270 mineurs grévistes pour le meurtre de leurs 34 camarades abattus par la police sud-africaine le 16 août à la mine de Marikana (nord) est contestée par des juristes, qui y voient l'utilisation d'une loi héritée de l'apartheid.

Le juge Esau Bodigelo n'a pas indiqué sur quel texte il basait l'inculpation pour meurtre des 270 mineurs arrêtés depuis le 16 août. Ils faisaient partie des grévistes, armés de lances et de machettes, sur lesquels la police a tiré.

Aucun policier n'a encore été inquiété, une commission d'enquête spéciale ayant été installée pour faire la lumière sur cette affaire.

La plupart des juristes estiment que le juge a utilisé une loi anti-émeutes de 1956 qui n'a pas été revue par les autorités sud-africaines depuis l'avènement de la démocratie multipartite en 1994, et qui prévoit que soient inculpées pour meurtre toutes les personnes arrêtées sur le site d'une fusillade impliquant la police, que les victimes soient des policiers ou non.

"Toute personne qui complote avec une autre personne afin d'aider à la perpétration d'un crime ou incite ou provoque une autre personne à commettre un crime, est elle-même coupable d'un crime, comme s'il ou elle avait commis le crime réel lui-même", résume le constitutionnaliste sud-africain Pierre de Vos sur son blog.

"Le régime de l'apartheid a souvent utilisé cette disposition pour obtenir une condamnation pénale d'un ou de plusieurs dirigeants d'une manifestation, ou de dirigeants d'organisations de la lutte anti-apartheid telles que l'ANC (...), dont les membres (...) avaient pris part à des activités de sabotage, agressé ou tué des représentants du régime de l'apartheid", note-t-il.

Pour Pierre De Vos, le parquet n'avait aucune raison d'utiliser cette loi.

A moins que le parquet n'ait à sa disposition des éléments inconnus du public, "il n'y a aucune raison valable possible" d'inculper les mineurs pour meurtres, estime-t-il.

Selon lui, aucun tribunal ne les condamnera pour meurtre.

"Même s'il est vrai que les mineurs ont provoqué la police, cela ne pourrait jamais, jamais, les rendre responsables de la mort de leurs camarades", dit-il, qualifiant l'inculpation de "bizarre et choquante".

"Tout au plus, la provocation pourrait-elle être un facteur à prendre en compte pour juger si les policiers impliqués dans le massacre doivent être déclarés coupable d'assassinat ou pas."

"Je comprendrais si le cas avait à voir avec le meurtre de deux policiers (tués dans les jours précédents, ndlr), mais les inculper pour la fusillade de la police sur leurs camarades est étrange", a renchéri Vincent Nmehille, juriste à l'Université de Witwatersrand.

Le porte-parole du parquet a confirmé à la presse que l'inculpation pour meurtre était une procédure normale pour les personnes arrêtées lors d'un affrontement mortel avec la police.

"Dans une situation où il y a des suspects qui affrontent ou attaquent la police et où il y a des tirs, entraînant des décès de policiers ou de suspects, ceux qui sont arrêtés sont accusés", a déclaré Frank Lesenyego.

Le jugement des 270 grévistes a été reporté au 6 septembre.

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