NOUVELLES

Tunisie: deux journaux accusent leur nouveau directeur de censure

30/08/2012 05:06 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT

Les rédactions de deux quotidiens tunisiens ont accusé jeudi leur nouveau directeur, nommé par le gouvernement dans des conditions controversées, d'avoir "censuré" ces journaux qui comptaient publier un texte dénonçant la nomination de cette nouvelle direction.

Cette motion, qui devait être publiée en page 3 des quotidiens Essabah (en arabe) et Le Temps (en français), condamnait la nomination de Lotfi Touati par le gouvernement, dominé par le parti islamiste Ennahda, et annonçait une grève des rédactions le 11 septembre, a indiqué à l'AFP Sana Farhat, journaliste et déléguée syndicale.

Or dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Touati a bloqué l'impression des journaux, fait venir la police devant leur siège où les journalistes manifestaient et fait remplacer la motion par de la publicité sur cette page "noble" qui publie habituellement "les meilleurs articles", a-t-elle ajouté.

"Ca a été censuré", a estimé Mme Farhat, "les nouveaux responsables veulent contrôler la ligne éditoriale des journaux", a-t-elle ajouté, accusant le directeur général "de prendre ses ordres" auprès du gouvernement.

Depuis la mi-août, ces deux journaux appartenant à un groupe contrôlé par l'Etat combattent la nomination à la direction générale de M. Touati, jugé trop proche des islamistes au pouvoir.

Les deux titres étaient, jusqu'à la révolution, sous la coupe de Sakher el-Materi, gendre du président déchu Zine El Abidine Ben Ali.

De nombreux médias publics, notamment des chaînes télévisées et des radios, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et des ONG locale et internationales ont dénoncé les méthodes du gouvernement en la matière, estimant que les autorités cherchaient à les contrôler.

Le SNJT a, dans un communiqué publié mercredi soir, renouvelé son soutien aux deux journaux, et réaffirmé que "les nominations d'en haut visent une mainmise sur la ligne éditorial" des médias publics.

Reporters sans frontières (RSF) a aussi dénoncé mercredi cette "mainmise" des autorités tunisiennes.

Le gouvernement affirme vouloir "assainir" le secteur des complices du régime du président déchu, à l'instar du cas Sami Fehri, patron de la chaîne de télévision Ettounsiya poursuivi dans une affaire de corruption.

Or la société civile note que les déboires judiciaires de ce dernier coïncident avec l'arrêt d'une émission de satire politique de Guignols sur sa chaîne après des "pressions" du pouvoir, selon M. Fehri et le SNJT.

M. Fehri était un associé de Belhassen Trabelsi, beau-frère de Ben Ali.

Son placement en détention a été ordonné le 24 août, et il s'est rendu jeudi au procureur général pour être incarcéré, a indiqué son avocate.

Dans une déclaration vidéo diffusée dans la nuit de mercredi à jeudi par sa chaîne, M. Fehri avait indiqué qu'il allait se rendre, dénonçant des poursuites illégales et une attaque contre la liberté d'expression.

alf/feb

PLUS:afp