NOUVELLES

Syrie: Londres et Paris soulignent les difficultés liées aux zones tampons

30/08/2012 02:58 EDT | Actualisé 30/10/2012 05:12 EDT

Les ministres français et britannique des Affaires étrangères Laurent Fabius et William Hague ont reconnu jeudi que la création de zones tampons en Syrie pour les réfugiés syriens poserait d'énormes problèmes, annonçant des aides humanitaires supplémentaires.

Au cours d'une conférence de presse commune, MM. Fabius et Hague n'ont pas caché la difficulté de parvenir à réunir les pays du Conseil de sécurité derrière cette proposition.

Depuis plusieurs jours déjà, la Turquie, qui fait face à un afflux massif de réfugiés syriens, pousse pour la mise en place de telles zones. Après la conférence de presse de MM. Fabius et Hague, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a formellement demandé devant le Conseil de sécurité de l'ONU la mise en place "sans délai de camps pour personnes déplacées à l'intérieur de la Syrie".

"En ce qui concerne les zones protégées, nous n'excluons aucune option pour l'avenir", avait auparavant déclaré M. Hague. Mais "cette idée se heurte à des difficultés considérables", avait-il souligné.

Pour M. Fabius, "tout est sur la table" mais il faut "regarder les réalités": pour protéger ces zones, il faudrait "des moyens militaires importants" et une résolution de l'ONU afin "d'agir sur la base de la légalité internationale".

Or, a ajouté M. Hague, "il y a peu de chances que le Conseil de sécurité donne son aval" en raison de l'opposition résolue de la Russie et de la Chine.

Depuis le début de la crise syrienne en mars 2011, Moscou et Pékin ont opposé par trois fois leur veto à des résolutions occidentales visant à faire pression sur le régime Assad.

Le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés Antonio Guterres, s'est du reste montré très sceptique devant le Conseil: "L'expérience a montré malheureusement qu'il est rarement possible de fournir une protection et une sécurité efficaces dans de telles zones", a-t-il souligné, dans une allusion au massacre de Srebrenica, en Bosnie en 1995, perpétré dans une enclave officiellement protégée par l'ONU.

M. Fabius a pour sa part souligné qu'il fallait "examiner la diversité des solutions" et profiter du fait que l'opposition armée syrienne contrôle désormais certaines portions du territoire, notamment près de la frontière turque.

En attendant, MM. Fabius et Hague ont annoncé un effort humanitaire supplémentaire. M. Hague a indiqué que 3 millions de livres (4,75 millions de dollars) viendraient s'ajouter aux 27,5 millions déjà débloqués par Londres. M. Fabius a annoncé 5 millions d'euros supplémentaires (6,2 millions de dollars) venant s'ajouter à 20 millions d'euros déjà prévus.

Ils ont tous deux souhaité la tenue rapide d'une réunion sur le financement des agences de l'ONU, dont les activités en Syrie ne sont pour l'instant financées qu'à moitié.

Selon l'ONU, il y a aujourd'hui 1,2 million de personnes déplacés en Syrie, et 2,5 millions de personnes sont affectées par le conflit.

Même si le Conseil est aujourd'hui paralysé, MM. Fabius et Hague ont affirmé que la communauté internationale ne devait pas rester inactive dans d'autres domaines, comme l'humanitaire. "Le message de la France au peuple syrien est clair: Assad va tomber mais nous ne vous laisserons pas tomber", a lancé M. Fabius.

Le ministre français a préconisé d'aider l'opposition syrienne à "se fédérer", lançant aussi un "nouvel appel aux défections". Son homologue britannique a "appelé les partisans d'Assad à prendre leurs distances vis-à-vis du régime ou à se préparer à répondre de ses actions", évoquant une hypothétique saisine de la Cour pénale internationale, qui supposerait, elle aussi, une résolution de l'ONU, très improbable en raison du blocage russo-chinois.

avz/mdm/jca

PLUS:afp