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Syrie: la Turquie veut des zones tampons, l'ONU, Paris et Londres sceptiques

30/08/2012 07:01 EDT | Actualisé 30/10/2012 05:12 EDT

La Turquie, qui fait face à un afflux de réfugiés syriens, a réclamé jeudi à l'ONU des zones tampons en Syrie, une mesure contraire au droit humanitaire pour le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés et très difficile à concrétiser selon Paris et Londres.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir jeudi soir à New York --avec les ministres français et britanniques des Affaires étrangères-- pour discuter d'une situation humanitaire en Syrie de plus en plus dramatique, alors que les combats font rage et ont tué jeudi 77 personnes, dont 46 civils, parmi lesquels des femmes et des enfants.

Cette réunion du Conseil vise à lancer un "appel à la conscience mondiale et à la mobilisation" humanitaire, ont dit des sources diplomatiques.

S'exprimant devant le Conseil, le ministre des Affaires étrangères turc Ahmet Davutoglu a demandé la mise en place "sans délai" de camps sur le sol syrien pour retenir les Syriens candidats à l'exil. Il a répété que son pays ne pourrait bientôt plus faire face à l'afflux de Syriens. 80.000 ont fui vers la Turquie, 4.000 passent la frontière chaque jour et 10.000 attendent de pouvoir traverser, selon lui.

Avec plus de deux millions de déplacés en Syrie, le ministre turc a parlé d'une "catastrophe humanitaire".

Mais le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés, Antonio Guterres, a répondu très vivement devant le Conseil: il a rappelé "le principe internationalement reconnu selon lequel tout être humain a le droit de chercher et d'obtenir refuge dans un autre pays". "Ce droit ne doit pas être mis en péril, par exemple par la mise en place de prétendues +zones protégées+ ou d'autres arrangements similaires", a-t-il estimé.

Avant lui, les chefs des diplomaties française et britannique, Laurent Fabius et William Hague, avaient reconnu que cette idée de zones tampons se "heurte à des difficultés considérables", tout en "n'excluant aucune option". Les deux ministres n'ont pas fait mystère qu'il serait difficile d'avoir l'accord de tous les pays du Conseil de sécurité, notamment la Russie et la Chine.

Le président syrien Bachar al-Assad avait déjà rejeté ce projet de zones tampons dans son pays.

MM. Fabius et Hague ont auparavant annoncé des aides humanitaires supplémentaires respectives de "cinq millions d'euros" (6,2 millions de dollars), venant s'ajouter aux 20 millions déjà prévus par Paris, et de trois millions de livres (4,75 millions de dollars) en plus des 27,5 millions déjà débloqués par Londres.

Cette nouvelle enveloppe, a précisé M. Fabius, ira "en priorité aux zones libérées" en Syrie, c'est-à-dire sous contrôle de l'opposition armée. Quant à la contribution britannique, une partie est destinée aux Syriens dans leur pays, le reste pour les réfugiés dans les pays voisins.

Profitant de la réunion du Conseil de sécurité, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, lui a de nouveau réclamé d'"imposer une zone d'exclusion aérienne" et des "zones tampons" et à créer des corridors humanitaires.

"Le CNS considère que si le Conseil de sécurité ne prend pas des mesures sérieuses pour arrêter les massacres et les crimes du régime, cela serait comme s'il abandonnait son rôle de garant de la paix mondiale et de protecteur des peuples contre les génocides".

D'autant que les combats ne connaissent aucun répit.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a fait état pour jeudi d'au moins 46 civils, 21 soldats et 10 rebelles tués. A Damas, le directeur de l'hôpital militaire Techrine a déclaré à l'AFP que 47 membres des forces gouvernementales avaient péri mercredi, portant à 8.000 le nombre de morts dans leurs rangs depuis le début de la révolte en mars 2011.

L'OSDH avait fait état dans son dernier bilan de près de 6.500 membres des forces de l'ordre tués, sur plus de 25.000 morts en Syrie.

Les rebelles ont également affirmé avoir abattu un avion de l'armée dans le nord-ouest. D'après le colonel Afif Mahmoud Sleimane, chef du conseil militaire rebelle pour la province d'Idleb, des "centaines de rebelles" ont attaqué l'aéroport d'Abou el-Zouhour et abattu un appareil MiG à l'arme automatique peu après son décollage et "brûlé 11 avions MiG dans cet aéroport que nous contrôlons désormais totalement".

L'armée a ensuite bombardé la zone d'Abou el-Zouhour, tuant au moins 20 civils, dont huit enfants et neuf femmes, selon l'OSDH. Des vidéos diffusées sur YouTube sous le titre "le massacre d'Abou el-Zouhour" montrent des civils, dont certains armés, cherchant des corps sous des décombres et découvrant des cadavres en s'écriant: "O Dieu, ne vois-Tu pas ce qui se passe?".

Il était impossible de vérifier ces informations de source indépendante compte tenu des restrictions imposées dans le pays.

Face au conflit, la communauté internationale reste divisée entre les Occidentaux qui réclament un départ de M. Assad, et les alliés de Damas -- Russie, Chine et Iran -- qui prônent un dialogue entre pouvoir et opposition.

Les Etats-Unis se sont félicités des "fortes" critiques exprimées lors du sommet des Non-Alignés à Téhéran par le président égyptien Mohamed Morsi contre la Syrie et celles du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon à l'égard de l'Iran. Le chef de l'Etat égyptien avait dénoncé un régime syrien "oppressif qui a perdu sa légitimité".

La Maison Blanche a une nouvelle fois dénoncé "l'agression brutale du régime Assad contre les Syriens", jugeant que le président syrien était "devenu délirant".

burs-nr/jca

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