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Mombasa sous haute sécurité pour la venue du président kényan Kibaki

30/08/2012 06:33 EDT | Actualisé 30/10/2012 05:12 EDT

La ville côtière kényane de Mombasa, théâtre d'émeutes après le meurtre lundi d'un prêcheur islamiste, restait sous haute sécurité jeudi, alors que le président Mwai Kibaki y participait à une foire agricole avec le souci apparent de démontrer ainsi un retour à la normale.

Des centaines de membres des forces de l'ordre ont été déployés ces derniers jours pour restaurer le calme dans la deuxième ville du pays. Les émeutes ont débuté lundi immédiatement après l'assassinat du prêcheur Aboud Rogo Mohammed, tué dans son véhicule.

"Mombasa est calme (...) l'ordre a été rétabli", a assuré à l'AFP un responsable policier, Ambrose Munyasia.

L'ambassade de France au Kenya a cependant souligné jeudi que "la vigilance était toujours recommandée s'agissant des déplacements dans la ville et ses environs", qui sont une destination touristique prisée au bord de l'Océan indien.

Mercredi soir encore, une grenade avait été lancée contre un camion de police, blessant au moins quatre policiers. L'attaque, dans laquelle une personne est décédée selon la Croix-Rouge, était la deuxième du genre depuis le début des émeutes. La précédente avait tué mardi trois policiers, tandis qu'un civil avait été tué dès le premier jour des émeutes lundi.

Le déplacement de M. Kibaki à Mombasa était prévu de longue date. Alors qu'il ne s'était toujours pas exprimé sur les violences jeudi matin, le maintien de sa venue était cependant interprété comme une volonté de montrer que la situation était sous contrôle.

Lundi et mardi, des centaines de jeunes en colère ont caillassé voitures et magasins. Des églises ont été brûlées ou pillées. Des responsables musulmans assuraient jeudi que la situation s'était améliorée, les magasins continuant de rouvrir.

"Les choses sont beaucoup plus calmes après les fouilles menées par la police la nuit dernière maison par maison (...) la situation se normalise doucement à Mombasa," a affirmé Khalid Hussein, chef de l'ONG locale Muslims for Human Rights.

"Tout ce que nous pouvons faire, c'est prier pour la police ne lance pas des missions de représailles, pour venger les collègues victimes des violences," a-t-il ajouté. "Cela pourrait provoquer à nouveau les émeutiers."

L'imam assassiné, Aboud Rogo Mohammed, était visé par des sanctions des Etats-Unis et de l'ONU, qui l'accusaient de recruter et lever des fonds pour les islamistes somaliens shebab.

Plusieurs organisations musulmanes voient dans son meurtre une nouvelle exécution extra-judiciaire d'un responsable musulman controversé à Mombasa.

Venu mercredi dans le grand port kényan, le Premier ministre kényan Raila Odinga avait appelé à "une coexistence entre toutes les communautés vivant à Mombasa", en prévenant que son gouvernement "ne laisserait pas des forces extérieures inciter les Kényans à une guerre de religions".

Le gouvernement a nommé une commission incluant des défenseurs des droits de l'Homme pour enquêter sur les auteurs du meurtre de Rogo.

Mais "l'assassinat de Cheikh Rogo (...) est symptomatique de l'échec de l'Etat de droit sous la présidence Kibaki", estimait jeudi l'éditorialiste David Makali dans une tribune au quotidien The Star. "Des tensions dans d'autres régions (du Kenya) risquent de dégénérer en des manifestations aussi chaotiques que celles de Mombasa si l'Etat n'apparait pas équitable dans le traitement de ses citoyens".

"Ceux qui ont tué Aboud Rogo l'ont à coup sûr transformé en un martyr du jihad (guerre sainte) et ils ont renforcé l'extrémisme dans une région aussi stratégique que vitale", renchérit un autre analyste, Rashid Abdi, dans le quotidien Daily Nation. "Un prêcheur marginal (...) a soudainement été propulsé au rang de célébrité nationale".

Mombasa et la région côtière, où vit l'essentiel de l'importante minorité musulmane du pays, souffre depuis des décennies de sous-investissement. La plus grande partie de sa jeunesse est au chômage, une situation sociale explosive qui explique en bonne partie la récente flambée de violences selon la plupart des experts.

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