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Exécutions en Gambie: manifestation à Dakar, silence à Banjul

30/08/2012 09:59 EDT | Actualisé 30/10/2012 05:12 EDT

Des dizaines de personnes ont manifesté jeudi à Dakar contre les exécutions de prisonniers dans le couloir de la mort en Gambie, qui ont suscité un tollé dans le monde alors que Banjul observait un mutisme total concernant d'autres détenus menacés d'être tués.

"Yahya, assassin! Jammeh, criminel!", ont notamment scandé les manifestants devant le siège de l'ambassade gambienne à Dakar (centre-ville) en référence au président gambien Yahya Jammeh. Le rassemblement, sans incidents, s'est tenu à l'appel de plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme.

Dans un message à la Nation diffusé les 19 et 20 août, M. Jammeh avait déclaré que tous les prisonniers dans le couloir de la mort dans son pays seraient exécutés avant mi-septembre, sans plus de détails.

Des ONG et des documents de services pénitentiaires gambiens reproduits par la presse sénégalaise ont évoqué un total de 47 prisonniers concernés par cette mesure: 39 Gambiens et huit Ouest-Africains, dont trois Sénégalais. Parmi les Gambiens, figurent des malades mentaux et des prisonniers politiques, selon les ONG.

Le 27 août, Banjul a annoncé que neuf des détenus, dont une femme, avaient été fusillés la veille, en assurant que toutes les peines prononcées par la justice gambienne seront appliquées "à la lettre, y compris les peines de mort". Selon des ONG dont Amnesty International, cela laisse 38 personnes sous menace d'exécution imminente.

Ces annonces ont provoqué à travers le monde de multiples condamnations et appels à ne pas exécuter les autres prisonniers menacés. Jeudi encore, quatre ONG de Sierra Leone, dont la section locale d'Amnesty, ont appelé dans un communiqué commun Banjul à "stopper toute nouvelle exécution de prisonniers" et commuer les peines capitales en détention à vie.

Parmi ceux qui se sont exprimés sur ce dossier depuis plusieurs jours, le Sénégal, voisin de la Gambie, a été l'un des plus fermes, deux Sénégalais ayant été exécutés et un troisième se trouvant dans le couloir de la mort.

Dakar a indiqué que les deux Sénégalais tués ont été exécutés à son insu, n'ayant été saisi ni par les voies "appropriées", ni par égard pour leurs relations de "bon voisinage". L'ambassadeur de Gambie dans la capitale, Mass Axi Gey, a été convoqué mercredi pour recevoir une protestation formelle.

Jusqu'à jeudi, à Banjul, aucune autorité n'avait réagi aux condamnations et requêtes internationales. Une seule formation de l'opposition, le Parti pour la démocratie et le progrès de la Gambie (GPDP), avait dénoncé les exécutions mardi, les qualifiant d'acte "insensé", et appelé M. Jammeh à quitter le pouvoir.

Ex-militaire, Yahya Jammeh, 47 ans, dirige depuis 18 ans d'une main de fer la Gambie. Porté au pouvoir par un putsch en 1994, élu en 1996 puis réélu trois fois (2001, 2006, 2011), il se pose en homme aux pouvoirs mystiques et se dit notamment capable de "guérir" le sida. Son régime est régulièrement accusé par les ONG de violations des droits de l'Homme et des libertés.

Selon Sheriff Bojang, un Gambien exilé à Dakar et dont un proche fait partie des exécutés, les prisonniers n'ont pas eu un procès équitable, ils ont été torturés et contraints à des aveux forcés.

Yahya Jammeh "est le Idi Amin (Dada, défunt dictateur ougandais, NDLR) des temps modernes. (...) Il faut absolument en finir avec ce régime de terreur", a déclaré Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho), un des organisateurs du rassemblement à Dakar.

Diène Ndiaye, d'Amnesty-Sénégal, a appelé à placer la Gambie sous embargo. "Cela pourrait pousser le président à revenir sur sa décision" d'exécuter les condamnés à mort, "nous demandons à la communauté internationale de prendre toutes les mesures" dans ce sens, a-t-il dit.

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