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Afrique du Sud: 270 mineurs de Marikana accusés du meurtre de leurs 34 collègues

30/08/2012 04:30 EDT | Actualisé 30/10/2012 05:12 EDT

JOHANNESBOURG, Afrique du Sud - Quelque 270 mineurs sud-africains ont été accusés jeudi du meurtre de 34 de leurs collègues en grève abattus par la police il y a deux semaines, ont annoncé les autorités, une décision qui devrait aggraver la colère de la population, déjà outrée par l'action de la police à la mine de Marikana.

Cette décision laisse penser que le gouvernement du président Jacob Zuma est déterminé à transférer la responsabilité des meurtres aux mineurs. Les accusations ont été portées en vertu d'une disposition du droit romano-néerlandais en vigueur en Afrique du Sud pendant l'apartheid, qui impute la responsabilité d'un acte criminel et de ses conséquences à toute personne qui y a participé.

Le politicien déchu Julius Malema, ancien président de la ligue jeunesse du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, a déclaré jeudi à des partisans réunis à l'extérieur de la mine de Marikana que les accusations étaient «une folie».

«Les policiers qui ont tué ces personnes ne sont pas en détention, pas un seul d'entre eux. C'est une folie», a-t-il déclaré. «Le monde entier a vu ces policiers tuer ces personnes.»

Le porte-parole du bureau des poursuites criminelles, Frank Lesenyego, a déclaré à l'Associated Press que «c'est la police qui a tiré», mais que les policiers avaient été attaqués par les manifestants «qui étaient armés». «Alors aujourd'hui, les 270 grévistes sont accusés du meurtre» des mineurs tués, a-t-il dit.

Plus de 150 mineurs arrêtés par la police après la fusillade ont porté plainte pour mauvais traitements durant de leur détention, avait indiqué le bureau des plaintes contre la police plus tôt cette semaine.

Selon porte-parole du bureau, Moses Dlamini, les plaignants accusent les policiers de les avoir battus pour les forcer à donner le nom des mineurs qui ont battu deux policiers à mort dans la semaine ayant précédé la fusillade. Huit autres personnes ont été tuées dans le conflit à la mine, dont trois mineurs et deux gardes de sécurité brûlés vifs dans leur véhicule.

La grève des mineurs de Marikana, qui s'inscrirait dans une rivalité entre deux syndicats, vise à réclamer une augmentation de salaire pour les foreurs. La fusillade du 16 août à la mine a tué 34 personnes et fait 78 blessés.

Le principe juridique invoqué pour accuser les mineurs du meurtre de leurs collègues avait été combattu par le Congrès national africain pendant l'apartheid. L'ANC, qui était alors un mouvement de libération, accusait le gouvernement de la minorité blanche de s'en servir pour accuser les victimes d'un crime d'en être les auteurs.

Le journal «Mail and Guardian» a cité un expert du droit constitutionnel sud-africain, Pierre de Vos, qui estime que la décision d'accuser les mineurs de meurtre est «bizarre et choquante».

Selon M. de Vos, cette décision «représente un abus flagrant du système de justice criminelle, dans une volonté de protéger la police et/ou des politiciens comme Jacob Zuma et (le ministre de la Police) Nathi Mthethwa.»

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