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Mort d'Arafat: la rue palestinienne veut la vérité

29/08/2012 11:20 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT

La rue palestinienne est partagée entre satisfaction et circonspection après l'ouverture à Paris d'une enquête pour assassinat de Yasser Arafat. Elle est persuadée qu'il a été empoisonné par Israël mais craint qu'il ne soit trop tard pour savoir la vérité.

"Dévoiler la vérité et dissiper le mystère autour de cette affaire est très important pour le peuple palestinien et la justice française est connue pour son intégrité", se félicite Khaled Khanah, un fonctionnaire de la ville d'Hébron (sud de la Cisjordanie).

"Bien sûr, c'est quelque chose de positif car le peuple palestinien sait depuis longtemps que Abou Ammar (le surnom de Yasser Arafat) a été empoisonné", renchérit un autre habitant d'Hébron, le docteur Aboud Heimouny.

Depuis sa mort il y a plus de dix ans, les spéculations sur un assassinat de Yasser Arafat commandité par Israël, alimentées par des déclarations de plusieurs hauts responsables palestiniens, n'ont jamais cessé.

Israël dément véhémentement, affirmant qu'il s'agit purement d'"une affaire intérieure palestinienne", laissant entendre que si le charismatique leader de la cause palestinienne a été en effet éliminé, il l'a été par des rivaux politiques palestiniens.

"En tant que Palestinien, je voudrais connaître la vérité sur la mort de notre chef Abou Ammar après toutes ces années. Je suis sûr qu'Israël est derrière cette histoire et qu'ils ont mis du poison dans sa nourriture ou ses vêtements", explique Hanaa Ayad, une jeune étudiante de Gaza.

La plupart des Palestiniens sont persuadés que leur ancien chef historique, qui avait échappé à plusieurs tentatives d'assassinat et même à un crash d'avion, a été empoisonné, soulignant notamment la rapide détérioration de son état de santé avant son décès.

Assiégé depuis avril 2002 dans la présidence à Ramallah par Israël qui poussait à son éviction, Yasser Arafat n'en était sorti que pour aller se faire soigner en France, où il est décédé le 11 novembre 2004 à l'hôpital militaire français de Percy, près de Paris, à l'âge de 75 ans.

Le rapport d'hospitalisation français du chef palestinien, publié sur le site de la Fondation Yasser Arafat, fait état d'une inflammation intestinale et de troubles de coagulation "sévères" et évoque la piste d'un "empoisonnement" par une toxine de champignon vénéneux.

Certains, toutefois, accusent la France d'avoir dissimulé la vérité et doutent de la connaître un jour.

"La France a caché la vérité sur la mort de notre président. J'ai du mal à croire qu'une puissance mondiale comme la France n'ait pas été capable de déterminer la cause de sa mort !", s'exclame Hassan Jamal, professeur de mathématiques de Naplouse (nord de la Cisjordanie).

"Comment pouvons-nous lui faire confiance et faire confiance à son enquête maintenant ? Qui nous dit que maintenant ils vont nous dire la vérité ? Nous voulons une enquête internationale, pas une enquête française", s'emporte l'enseignant.

La direction palestinienne a certes demandé une commission d'enquête internationale sur le modèle de celle formée après l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005.

Mais dans la rue, d'aucuns se demandent pourquoi rien n'a été fait avant pour découvrir les causes de la mort d'Arafat.

Le fait est qu'une enquête, française ou internationale, est potentiellement embarrassante pour les dirigeants de l'Autorité palestinienne à Ramallah (Cisjordanie). Elle risque de déterminer soit qu'il est décédé de mort naturelle, soit, en cas d'empoisonnement, qu'il a pu être tué par un proche qui avait un fréquent accès à lui. Qui ? Et obéissant à quels ordres ?

"Où étaient les dirigeants palestiniens, la France et la famille d'Arafat pendant tout ce temps ? Cela fait huit ans qu'il est mort et tous les signes montrent qu'il a été empoisonné !", s'interroge Jamal el-Hashem, chauffeur de taxi de Naplouse.

bur-agr/hj

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