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Mali: "fierté" en bandoulière, l'armée prépare la guerre contre les islamistes

29/08/2012 07:01 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT

A Kona, dans la région de Mopti (centre), l'armée malienne fortifie ses dernières positions avant la zone du Nord, sous contrôle islamiste. Des soldats insistent: au nom de la "fierté nationale", ils veulent d'abord compter sur leurs propres forces pour chasser les jihadistes.

"S'il y a des forces qui doivent venir au Mali, qu'elles viennent directement ici sur la ligne de front", en fait la dernière zone contrôlée par le gouvernement à Bamako avant le Nord sous occupation islamiste, martèle un soldat rencontré par un journaliste de l'AFP dans cette localité à plus de 700 km de la capitale. Ce militaire ne s'identifie pas et refuse d'en dire plus, arguant de "l'obligation de réserve".

"Il faut comprendre la fierté des Maliens. On peut être pauvre et fier et refuser tout ce qui peut paraître comme une domination", explique Mamadou Traoré, un responsable à Mopti de l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), le parti du président de transition Dioncounda Traoré.

Mopti, capitale de la région du même nom, est la dernière grande ville avant les zones sous contrôle des islamistes.

Plusieurs militaires envoyés dans la région affirment approuver la récente décision des autorités maliennes de refuser le débarquement à Bamako de troupes de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (Cédéao) pour, notamment, sécuriser les institutions de transition, une des étapes prévues avant la reconquête du nord du Mali.

Tombouctou, Gao et Kidal, les trois régions administratives formant le vaste Nord, sont occupées depuis plus de cinq mois par le Mouvement pour l'unicité du jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et Ansar Dine (Défenseurs de l'Islam), deux groupes islamistes alliés à Al-Qaïda au Maghreb islamiste (Aqmi) qui en ont évincé leurs anciens alliés rebelles touareg, sécessionnistes et laïcs. Ces salafistes prônent l'application de la charia (loi islamique) et prétendent s'y conformer en commettant des exactions.

La Cédéao est engagée dans la médiation pour résoudre la crise malienne née d'un coup d'Etat militaire ayant renversé le président Amadou Toumani Touré le 22 mars, putsch qui a précipité la chute du Nord aux mains de ces groupes armés.

L'organisation régionale prépare le déploiement au Mali de quelque 3.300 soldats avec le soutien de pays occidentaux au plan logistique mais elle dit attendre la demande formelle de Bamako ainsi qu'un mandat de l'ONU.

Plusieurs personnes interrogées dans la région de Mopti partagent cette "fierté nationale", base du refus de troupes ouest-africaines à Bamako même si, reconnaissent-elles, cette fierté "ne se mange pas".

Aussi, un déploiement discret se met-il en place dans la région de Mopti et selon des sources concordantes jointes par l'AFP, plus de 120 militaires sont attendus pour "renforcer" la "ligne de front".

Du matériel destiné au Mali, un pays continental, et comprenant notamment des chars de combat, avait été récemment bloqué par les autorités guinéennes au port de Conakry. Elles ont finalement levé "l'embargo" sur ces engins qui devraient rapidement être acheminés dans la région de Mopti, selon des sources concordantes.

Pour renforcer ses capacités opérationnelles, l'armée malienne a également récemment acquis deux nouveaux avions de combats Mi-24, selon des sources sécuritaires.

"Nos hommes ont besoin de laver l'affront. Ils ont été obligés de reculer face à l'avancée des rebelles touareg et des islamistes. Les populations n'ont pas oublié. Il appartient aujourd'hui à nos troupes de relever le défi", affirme Mohamed Sokolo, directeur d'école à Mopti.

L'armée a installé un poste de commandement opérationnel (PCO) à Sévaré (une dizaine de km à l'est de Mopti), une unité dirigée par le colonel Didier Dacko, qui était basé à Gao avant la prise de cette région par les islamistes.

Le colonel Dacko, présenté comme très populaire au sein de la troupe, a renforcé son unité de plusieurs dizaines de véhicules de transport. Dans son entourage, on le dit "prêt" à montrer que "le Malien est un homme fier qui aime son pays".

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