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Le chef de la Commission réconciliation en Côte d'Ivoire exhorte au dialogue

29/08/2012 08:21 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT

Le chef de la Commission réconciliation ivoirienne appelle le président Alassane Ouattara à prendre des "initiatives" en vue de relancer le dialogue, au moment où le pays connaît son plus grave regain de tension depuis la crise de 2010-2011, dans un entretien avec l'AFP.

"La Nation ivoirienne est en danger", alerte l'ex-Premier ministre Charles Konan Banny, président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation, dans cet entretien réalisé mardi.

Une série d'attaques meurtrières menées depuis début août contre l'armée, suivies d'arrestations de hauts responsables du camp de l'ex-président Laurent Gbagbo, ont arrêté la normalisation en cours depuis la fin de la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011, qui a fait quelque 3.000 morts.

Pour M. Banny, le danger qui guette le pays, c'est sa "déstructuration" sous l'effet "de la haine, des violences, de l'intolérance".

"Il n'est pas trop tard", explique-t-il cependant. "Nous trébuchons, nous n'avons pas encore chuté". Alors comment éviter une chute - ou une rechute - mortelle? Par le "dialogue", réplique-t-il.

C'est d'abord l'affaire des responsables, et du premier d'entre eux, Alassane Ouattara, le vrai "patron", lance M. Banny: "j'attends du chef de l'Etat, président de tous les Ivoiriens, qu'il prenne des initiatives en ce sens".

Avec son mélange de fermeté et de pondération de grand notable bientôt septuagénaire, le "réconciliateur" interpelle également les partisans de Laurent Gbagbo. Leur mentor est incarcéré depuis fin 2011 à La Haye par la Cour pénale internationale, qui le soupçonne de crimes contre l'humanité commis durant la crise, née de son refus de reconnaître sa défaite à l'élection de novembre 2010.

"Ceux qui ont perdu le jeu démocratique", comme "les autres partenaires socio-politiques, doivent accepter aussi de venir à la table du dialogue en toute honnêteté, liberté et sincérité".

"Il faut que la main tendue soit acceptée", mais il faut aussi "convaincre les uns et les autres que la main tendue est sincère", résume-t-il.

Le gouvernement a inauguré en avril un "dialogue politique" avec l'opposition. Mais le parti de M. Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), de loin l'opposant principal, est resté volontairement à l'écart, réclamant des discussions bilatérales avec le pouvoir.

Et les derniers événements bloquent pour l'heure tout rapprochement. Les autorités accusent des pro-Gbagbo d'être derrière les attaques contre l'armée et de rêver de déstabilisation. Le FPI dément. Des deux côtés, le ton s'est durci comme jamais depuis un an.

Le dialogue tel que le conçoit M. Banny pourrait l'amener à échanger avec M. Gbagbo lui-même, comme l'hypothèse en court depuis des mois. Cela peut se faire "directement ou indirectement", dit le président de la commission, sans s'avancer davantage.

Le chef des "jeunes patriotes" pro-Gbagbo, Charles Blé Goudé, a pris les devants. Depuis son exil, il a écrit au patron de la Commission réconciliation pour lui proposer une rencontre. "Il recevra la réponse", élude l'intéressé, soulignant que l'ex-"général de la rue" est poursuivi par la justice ivoirienne, qui a émis un mandat d'arrêt international. "On n'est pas là pour absoudre a priori".

Régulièrement critiqué par la presse comme par les responsables ivoiriens de tous bords, qui se demandent où il va et ce qu'il fait depuis un an, M. Banny veut rassurer. La Commission réconciliation est à la tâche, dit-il, non sans appeler l'Etat à "faire plus" pour lui fournir les ressources financières nécessaires à sa mission.

Son objectif est d'installer en novembre des commissions locales à travers le pays. Après, viendra l'heure de vérité: des audiences donneront la parole aux "victimes" et aux "bourreaux" pour que les fautes soient reconnues, de même que le droit des victimes à une réparation. Le pardon doit permettre de "donner un avenir à la nation ivoirienne".

ck-tmo/de

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