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Jeux Paralympiques: un système de classification complexe et controversé

29/08/2012 05:44 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT

Pour assurer l'égalité des chances entre compétiteurs dans chaque épreuve, les athlètes paralympiques sont regroupés par type de handicap ou par aptitude fonctionnelle, selon un système très complexe loin de faire l'unanimité.

Décider de qui concourt avec qui se révèle un véritable casse-tête pour les organisateurs des jeux Paralympiques qui débutent mercredi à Londres: est-il, par exemple, juste de faire courir des athlètes amputés des deux jambes avec des sportifs amputés d'une seule?

Si certains sports sont simples à organiser, comme le cécifoot --destiné aux malvoyants et non-voyants, tous les joueurs sauf les gardiens portent un bandeau-- d'autres, comme l'athlétisme, sont bien plus complexes.

On compte ainsi quinze finales du 100 m messieurs: trois groupes pour les malvoyants et non-voyants, cinq pour les infirmes moteurs cérébraux, trois pour les amputés, quatre pour les sportifs en fauteuil roulant.

Sachant que les athlètes ne sont pas seulement classés selon qu'ils aient un bras ou une jambe amputés, mais aussi selon si l'amputation s'est faite au-dessus ou en-dessous du genou...

Et chaque sport dispose de sa propre classification.

Dans les sports collectifs, chaque joueur représente un certain nombre de points en fonction de ses capacités physiques. En basket, chaque équipe ne peut aligner plus de 14 points.

Du coup, s'il y a trop de peu de compétiteurs dans une même catégorie, des sportifs avec des degrés de handicap différents sont quand même alignés dans la même épreuve, au grand dam de certains.

Et des épreuves peuvent même être supprimées pour certaines catégories, faute de compétiteurs.

L'Autrichien Thomas Geierspichler, 36 ans, a été champion paralympique du 1.500 m en fauteuil roulant à Athènes en 2004 puis du marathon -- avec record du monde à la clé-- à Pékin quatre ans plus tard.

Mais à Londres, il ne courra que des sprints, après la suppression des courses de fond dans sa catégorie (T52) en 2011, à la faveur d'un nouveau règlement.

"Des athlètes lourdement handicapés doivent désormais affronter des sportifs qui le sont moins. Ce n'est pas juste. Les médailles ont inatteignables", estime-t-il.

A terme, "il n'y aura plus que des athlètes légèrement handicapés aux Paralympiques", craint-il. "On retire des perspectives aux athlètes gravement handicapés, ceux pour qui c'est le plus dur", regrette l'Autrichien.

"Je m'entraîne à la course de fond et au marathon depuis 14 ans. Apprendre si peu de temps avant les Jeux qu'ils n'existent plus pour ma catégorie, c'est hallucinant", dit-il.

Il avance la comparaison avec l'Ethiopien Haile Gebreselassie, double champion olympique sur 10.000 m en 1996 à Atlanta et 2000 à Sydney: "C'est comme si l'on lui disait qu'il doit maintenant courir sur 400 m".

La volonté d'une médiatisation plus importante des jeux Paralympiques expliquerait, selon lui, ces récentes modifications.

Thomas Geierspichler se montre également peu enthousiaste face à l'explosion médiatique du Sud-Africain Oscar Pistorius, premier double amputé à participer aux JO avec les valides et dont certains estiment que ses deux prothèses en carbone l'avantagent.

La sprinteuse australienne Kelly Cartright, 22 ans, amputée d'une jambe, trouve aussi cela "très injuste car il a deux jambes artificielles tandis que les autres doivent compter avec leur jambe valide", selon une interview à la chaîne australienne ABC.

"Les sportifs lourdement handicapés en fauteuil roulant font moins vendre qu'un athlète qui court avec des jambes artificielles", abonde le nageur autrichien Andreas Onea amputé d'un bras, dans une interview au journal Der Standard.

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