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Exode des médecins : Gaétan Barrette contredit son chef (PHOTOS)

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GAETAN BARRETTE
Gaétan Barrette. | PC

Le candidat de la Coalition avenir Québec dans Terrebonne, Gaétan Barrette, a affirmé mercredi que son parti n'envisageait pas de mettre en pratique une des mesures proposées, quelques heures plus tôt, par son chef, François Legault, pour régler l'exode des médecins, obligeant ce dernier à nuancer ses propos.

En entrevue au quotidien Le Devoir, M. Legault a dit envisager de forcer les jeunes médecins qui quittent le Québec à rembourser le coût de leurs études, évoquant même un recours possible à la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés.

« Je n'exclus pas, si c'est nécessaire, d'utiliser la clause nonobstant pour s'assurer de garder plus de médecins qui étudient à McGill. » — François Legault.

Or, dans une entrevue accordée à la radio de Radio-Canada, le Dr Barrette, que François Legault a déjà désigné comme le ministre de la Santé d'un éventuel gouvernement caquiste, a fermé la porte à ces mesures.

Ce « n'est pas une chose que l'on va faire parce qu'effectivement le problème n'est pas là », a-t-il affirmé.

Précisant qu'il n'avait pas assisté à l'entretien entre son chef et l'équipe du Devoir, il a estimé que François Legault ne faisait qu'avancer « quelque chose qui pourrait être fondé sur le plan du raisonnement » et a martelé qu'une telle option était abondamment suggérée par les électeurs.

« Je pense que M. Legault a voulu dire que oui, c'est une option qui pourrait être envisagée, mais ce n'est pas l'intention de la Coalition d'aller de l'avant dans cette direction. » — Dr Gaétan Barrette.

« J'ai aussi compris qu'il n'avait pas l'intention de mettre ça en application dans un prochain mandat », a poursuivi le candidat vedette.

Plus tard, en point de presse à Saint-Bruno-de-Montarville, François Legault a précisé qu'il y avait plusieurs étapes à franchir avant d'utiliser la clause dérogatoire. « C'est un dernier recours, ce n'est pas une priorité au cours des prochaines années », a déclaré le chef de la CAQ.

M. Legault a affirmé qu'il fallait plutôt « trouver des moyens incitatifs ». Il a évoqué la possibilité de créer un campus de médecine dans les régions où il y a une pénurie, pour que les étudiants qui s'enracinent dans ces régions, y restent. Il a donné l'exemple de l'Outaouais, où la proximité de l'Ontario cause un problème particulier.

Le chef de la CAQ a affirmé qu'il avait déjà évoqué le problème de l'exode des médecins lorsqu'il était ministre de la Santé au sein du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard.

Un problème qui n'existe plus

Président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette a en outre souligné que l'exode des médecins n'était plus un problème en 2012. « Ça a été un problème dans les années passées, mais au moment où on se parle, le net est - 1,2 %. » « On voit même des Québécois qui pratiquent à l'extérieur du Québec et même aux États-Unis revenir au Québec parce que les conditions se sont beaucoup améliorées », a-t-il dit.

Il a en outre précisé que le remboursement de la formation par les médecins qui quittent la province n'était pas une bonne idée sur le plan comptable, soulignant « la difficulté que ça poserait en termes de gestion ». « Ça coûterait probablement plus cher de gérer ça que de faire quoi que soit d'autre », a-t-il estimé.

Ciblant les étudiants de l'Université McGill, le chef de la CAQ avait dit trouver « inacceptable » que des médecins formés dans les institutions québécoises partent pour l'Ontario ou les États-Unis une fois leurs études terminées.

La formation d'un médecin coûterait quelque 160 000 $ aux contribuables québécois.

En entrevue à Radio-Canada, le doyen de la faculté de médecine de l'Université McGill, le Dr David Eidelman, a affirmé que « la grande majorité des étudiants » formés à McGill restaient au Québec, notant « une grande amélioration » par rapport à il y a 10 ans.

Un exode moins marqué au fil des ans

L'an passé, 67 % des étudiants formés en médecine sont restés sur le territoire, comparativement à 50 % il y a une décennie, a indiqué le Dr Eidelman. En ce qui concerne les médecins en résidence, la proportion est un peu plus grande : 75 % d'entre eux restent au Québec. La population étudiante a plus tendance à migrer que celles des autres universités, a-t-il souligné.

Selon l'Association des facultés de médecine du Canada, citée par le Devoir, 55 % des médecins formés à McGill sont restés dans la province en 2009 et 48 % et 48 % avaient fait de même l'année précédente.

Une proposition dénoncée par Charest

Le chef libéral, Jean Charest, a de son côté critiqué l'idée avancée par François Legault. « Ce n'est pas une très bonne idée », a-t-il soutenu. « On reçoit plus de médecins de l'étranger qu'il y a de Québécois qui vont à l'étranger », a-t-il argué, invoquant des données de l'Institut canadien de la santé. Ces deux dernières années, 80 médecins sont venus s'installer au Québec, tandis que 60 sont partis, a-t-il dit.

« Si on s'embarque dans un système comme celui-là, comment allons-nous recruter des médecins, nous, à l'étranger? », a lancé le chef libéral, passant ensuite à l'attaque. « Ce que François Legault, de toute évidence, refuse de reconnaître aujourd'hui, c'est qu'il manque 1000 médecins au Québec, a soutenu M. Charest, ajoutant qu'il trouvait ce fait « inquiétant » de la part de quelqu'un qui aspire à gouverner.

Ce n'est pas vrai que le problème des médecins de famille sera réglé en donnant « des listes supplémentaires à des médecins de famille » - référence à la proposition de la CAQ d'obliger les omnipraticiens à prendre en charge 1000 patients - a martelé M. Charest. « On ne fera pas le service à l'auto dans des cliniques médicales en cinq minutes quand vous êtes malade », a-t-il ironisé.

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