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Exécutions en Gambie: Dakar proteste, Banjul sous pression

29/08/2012 09:09 EDT | Actualisé 29/10/2012 05:12 EDT

Le Sénégal a haussé le ton contre la Gambie, son voisin, et protesté auprès de l'ambassadeur gambien à Dakar contre l'exécution de deux Sénégalais parmi des condamnés fusillés alors que les appels à la clémence se multiplient pour d'autres détenus menacés d'être tués.

Le diplomate gambien, Mass Axi Gey, "a été reçu une trentaine de minutes" par le Premier ministre Abdoul Mbaye, dans la matinée "pour (recevoir) la protestation verbale du Sénégal", a indiqué à l'AFP une source au cabinet du chef du gouvernement. L'ambassadeur n'a pas fait de déclaration à la presse.

Selon un communiqué officiel, M. Mbaye a fait part au diplomate gambien "de la vive réprobation ainsi que de la consternation du gouvernement sénégalais suite aux conditions d'opacité qui ont entouré l'exécution de deux de ses ressortissants en Gambie".

Abdoul Mbaye "a rappelé l'obligation pour le gouvernement gambien de se conformer aux dispositions (internationales) sur les relations consulaires et de fournir toutes les informations utiles sur les conditions de la condamnation et de l'exécution" de ses ressortissants ainsi que sur la situation des Sénégalais détenus ou condamnés en Gambie, ajoute le communiqué.

Mardi soir, le président sénégalais Macky Sall avait usé d'un ton ferme pour condamner l'exécution, selon lui à l'insu de Dakar, de deux Sénégalais - un homme et une femme - en même temps que d'autres condamnés à mort en Gambie. Une attitude qu'il a jugée "inacceptable", en dénonçant un mépris des autorités gambiennes à l'égard du Sénégal".

Au total, neuf prisonniers condamnés à mort en Gambie ont été fusillés le 26 août, selon un communiqué du ministère gambien de l'Intérieur diffusé lundi, laissant entendre que d'autres exécutions sont prévues, sans indication de date.

Récemment le président gambien Yahya Jammeh avait annoncé que tous les prisonniers dans le couloir de la mort dans son pays seraient exécutés avant mi-septembre, sans plus de détails.

Après les neuf exécutions, au moins 38 détenus dans le couloir de la mort en Gambie - comprenant des Gambiens et des ressortissants d'Afrique de l'Ouest - risquent de connaître le même sort, ont indiqué plusieurs organisations de défense des droits humains, en appelant à épargner leur vie.

Le Parti pour la démocratie et le progrès de la Gambie (GPDP, opposition), a dénoncé un acte "insensé" et réclamé la démission du président Jammeh, porté au pouvoir par un coup d'Etat en 1994, ensuite élu et puis réélu trois fois.

Les Etats-Unis, la France, le Commonwealth - dont la Gambie est membre - et le Sénégal ont pressé Banjul de ne pas poursuivre les exécutions.

Mardi soir, Macky Sall avait exhorté Yahya Jammeh à épargner la vie d'un troisième Sénégalais "et éventuellement que toutes les mesures soient prises (...) afin que la paix et le bon voisinage puissent continuer à exister entre le Sénégal et la Gambie".

Des organisations de défense des droits de l'Homme ont appelé à un rassemblement jeudi matin devant l'ambassade de Gambie à Dakar. "Nous voulons ainsi marquer notre réprobation la plus totale par rapport au régime dictatorial et violateur des droits de l'Homme qu'est celui de Jammeh", a expliqué à l'AFP Alioune Tine, président d'une de ces ONG.

La famille de la Sénégalaise exécutée en Gambie réclame le rapatriement de sa dépouille pour l'inhumer au Sénégal, selon son frère cité par la presse sénégalaise.

Des ONG et la presse au Sénégal s'étaient émues, avant la déclaration mardi soir de M. Sall, du "mutisme" initial de Dakar après l'annonce des exécutions.

Des observateurs ont lié ce "mutisme" à l'implication de la Gambie comme pays médiateur dans la crise en Casamance, une région du sud du Sénégal où sévit depuis 1982 une rébellion indépendantiste armée.

La résolution de la crise en Casamance, qui a fait des milliers de morts et blessés, est l'une des priorités de Macky Sall, dont le prédécesseur, Abdoulaye Wade, n'est pas parvenu à ramener la paix après douze ans de pouvoir.

Dakar et Banjul ont récemment amélioré leurs relations après l'arrivée au pouvoir du président Sall, investi en avril et qui a réservé à la Gambie son premier voyage à l'extérieur depuis son investiture.

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