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CORRIGÉ: Le Nigeria tente une nouvelle fois de réformer son secteur pétrolier

29/08/2012 04:27 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

La restructuration du secteur pétrolier annoncée depuis 2008 au Nigeria, premier producteur africain de brut, a connu de nombreux atermoiements qui ont ralenti les investissements, mais le gouvernement propose une réforme radicale qui pourrait cette fois aboutir.

Le président nigérian Goodluck Jonathan a transmis le mois dernier au Parlement un nouveau projet de loi afin de réformer un secteur qui représente 80% des revenus de l'Etat et dans lequel interviennent des majors étrangères comme Shell, Exxon et Total. Membre de l'OPEP, le Nigeria produit environ 2 millions de barils/jour de brut.

Ce projet de 223 pages que le Parlement doit examiner dans les mois à venir prévoit notamment de nouveaux impôts pour l'industrie du pétrole et une restructuration de la compagnie nationale des hydrocarbures NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation), minée par la corruption.

Il intervient après d'énormes manifestations mouvementées en janvier contre l'arrêt des coûteuses subventions au prix de l'essence, alimentant souvent la contrebande et contre l'immobilisme du gouvernement pour réformer le secteur. L'arrêt des subventions entraîna un doublement à la pompe, mais elles ont été ensuite partiellement rétablies.

La nouvelle législation envisage de fractionner la NNPC en différentes sociétés. Une Société nationale de gestion des avoirs du pétrole prendra des parts dans des sociétés conjointes formées entre la NNPC et des compagnies privées.

Parallèlement, une Société nationale du pétrole et une Société nationale du gaz verront une ouverture partielle du capital au privé.

Les impôts sur les bénéfices seront de 25% sur la production off-shore (contre 50% actuellement) et de 50% sur la production continentale (contre 85%), en plus des 30% d'impôts sur les sociétés en vigueur au Nigeria.

S'y ajouteront les royalties (actuellement 10% off-shore et 20% on-shore). Leur montant n'est pas encore précisé - ce qui pourrait donner l'occasion au ministre du Pétrole de les modifier - mais le taux devrait être calculé sur les niveaux de production et les prix du pétrole.

Les entreprises devront aussi payer 10% sur leur bénéfice net pour alimenter un fonds destiné aux habitants des régions des zones d'extraction, en particulier le Delta du Niger (sud). Le delta et le golfe de Guinée sont fortement pollués par l'exploitation légale et les piratages de pipelines.

Mais le projet devra franchir de nombreux obstacles : les majors jugent les mesures fiscales trop sévères, les pouvoirs du ministre du Pétrole inquiètent et on prévoit une dure bataille sur le fonds destiné aux populations locales.

"Pour ce que nous en savons, le projet n'atteindra l'objectif fixé, à savoir libérer l'investissement dans le pays, augmenter la production et les revenus de l'Etat", estime ainsi sous couvert d'anonymat un cadre d'une compagnie internationale. "Cela va produire exactement le contraire", juge-t-il.

A l'inverse, les défenseurs des droits de l'Homme trouvent le projet trop timoré.

"Nous devons nous assurer d'une supervision indépendante du secteur pétrolier plus poussée qu'actuellement", estime Auwal Ibrahim Musa Rafsanjani, président d'une ONG nigériane, partenaire de Transparency International.

La ministre du Pétrole, Diezani Alison-Madueke, se veut positive: selon elle, le projet de loi "est proche d'une situation +gagnant-gagnant+ pour le gouvernement, l'économie du Nigeria, pour la population, les autres acteurs et les potentiels investisseurs de l'industrie du gaz et du pétrole".

Pour Kayode Akindele, de la société d'investissements 46 Parallels, le temps presse: "il y a dix, quinze ans, le Nigeria pouvait se permettre d'attendre, étant le seul sur la place", dit-il, rappelant qu'aujourd'hui d'autres pays africains producteurs comme l'Angola attirent les investisseurs.

mjs-jb/jms

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