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Tous les électeurs pourront être servis en français dans Robert-Baldwin

28/08/2012 01:04 EDT | Actualisé 27/10/2012 05:12 EDT

Un texte de François Messier

Le directeur du scrutin dans la circonscription de Robert-Baldwin, dans l'ouest de l'île de Montréal, a promis mardi que tous les électeurs pourront se faire servir en français lors des élections générales du 4 septembre.

Jean-Paul Vernier réagissait à la plainte d'un citoyen qui dit avoir été servi uniquement en anglais lorsqu'il s'est présenté à sa table de scrutin pour voter par anticipation, lundi, à l'école Wilder-Penfield de Dollard-des-Ormeaux.

« Les deux dames qui étaient là ne parlaient absolument pas français. On ne se comprenait pas », déplore Pierre Goyette. « Je n'étais pas content, même un peu frustré de ne pas pouvoir me faire servir en français. On paye pour ce service-là! »

M. Goyette dit s'être plaint de la situation à deux membres du personnel électoral présents sur place. Selon lui, l'un d'eux aurait admis que la même situation était en vigueur à deux autres tables de scrutin.

M. Goyette dit avoir déposé une plainte à l'Office québécois de la langue française (OQLF) contre le Directeur général des élections du Québec (DGEQ). Il a aussi écrit au DGEQ pour se plaindre.

Des problèmes de recrutement, mais pas d'excuses

M. Vernier dit être « très surpris » que M. Goyette n'ait pu se faire servir en français. Aucune autre plainte de cette nature n'a été portée à son attention, a-t-il affirmé lorsque Radio-Canada.ca l'a appelé à ce sujet.

Le directeur du scrutin dans la circonscription de Robert-Baldwin concède que tous les électeurs doivent pouvoir se faire servir en français en vertu de la Charte de la langue française, la loi 101, et que cela relève de sa responsabilité.

Lorsqu'on lui demande si tous les électeurs de Robert-Baldwin pourront se faire servir en français le 4 septembre, il répond : « Oui. Je suis en mesure d'affirmer qu'on devrait être en mesure de servir nos gens en français ».

M. Vernier ajoute que son bureau s'assurera qu'à chaque table de scrutin, au moins une des deux personnes en fonction, qu'il s'agisse du scrutateur ou du secrétaire, puisse s'adresser aux électeurs en français.

Un processus imparfait

Interrogé sur ce qui a pu se produire dans le cas de M. Goyette, M. Vernier explique que ce sont les partis politiques qui doivent fournir des noms de personnes susceptibles de travailler aux élections.

Normalement, le scrutateur provient d'une liste fournie par le parti qui a remporté la circonscription au dernier scrutin, tandis que le secrétaire devrait être issu du parti s'étant classé deuxième. Si cela n'est pas possible, des candidats suggérés par d'autres partis ou des membres du public peuvent être appelés en renfort.

Dans le cas de Robert-Baldwin, le scrutateur devrait être une personne recommandée par le Parti libéral, et le secrétaire, du Parti québécois.

Les agents officiels des partis sont prévenus que les personnes qu'elles proposent doivent parler anglais et français, affirme M. Vernier, et le directeur du scrutin procède ensuite à une vérification sommaire de la maîtrise des langues officielles des candidats.

« Nous, on le fait au téléphone, mais il faut comprendre qu'on ne leur fait pas passer un examen », concède-t-il. « Les entrevues d'embauche sont quand même assez rapides, parce que les listes sont fournies par les partis ».

M. Vernier dit que plusieurs candidats ont été refusés par son bureau « parce qu'ils n'arrivaient pas à se faire comprendre, soit en français, soit en anglais ». Il admet cependant qu'il « peut arriver, malheureusement, malgré tous les contrôles qu'on essaie de faire, qu'on en ait échappé ».

Selon M. Vernier, le fait que le scrutin coïncide avec la fin de semaine de la fête du Travail, et la rentrée scolaire a sérieusement compliqué le travail de recrutement du personnel électoral.

Sur 500 personnes embauchées pour les postes de scrutateur et de secrétaire, dit-il, pas moins de 250 d'entre elles ont fini par se désister. Le Parti québécois, précise-t-il, n'a fourni que 12 noms, alors que la circonscription compte 197 tables de scrutin.

« J'ai des gens qui sont à temps plein [sur l'embauche du personnel électoral] depuis le 5-6 août. Ils ne font que ça. J'ai eu jusqu'à quatre personnes à temps plein, 12 heures par jour, juste pour faire de l'embauche », affirme-t-il.

M. Vernier déplore que l'affaire ait été rendue publique et se demande si M. Goyette a voulu monter l'affaire en épingle. « Il aurait pu juste aller voir le responsable et dire : "Est-ce que je peux me faire servir en français?" Je suis convaincu que ça aurait pu être possible », note-t-il.

M. Goyette assure n'être ni membre ni militant d'un parti politique.

« Nous sommes désolés », dit le DGEQ

Le porte-parole du Directeur général des élections du Québec, Denis Dion, refuse de confirmer la réception de la plainte de M. Goyette pour des raisons de confidentialité. Il refuse également de dire si d'autres plaintes du genre ont été déposées.

M. Dion confirme cependant que tout électeur doit pouvoir se faire servir en français, et qu'il est de la responsabilité du directeur de scrutin de s'en assurer. Chaque membre du personnel électoral n'a pas l'obligation de s'exprimer en français, dit-il, mais chaque électeur doit pouvoir se faire servir en français.

« Nous sommes désolés que ça se soit produit parce que cela ne devrait pas arriver », soutient M. Dion. M. Goyette, ajoute-t-il, « a le droit d'être servi en français et peut continuer de le réclamer, le directeur du scrutin doit lui donner ».

Le DGEQ, dit M. Dion, n'entend pas contacter M. Vernier pour le rappeler à l'ordre. Il croit que le battage médiatique suffira à redresser la situation.

L'OQLF fera enquête

Un porte-parole de l'OQLF, Martin Bergeron, confirme qu'un électeur s'est plaint d'avoir été servi en anglais lors du vote par anticipation, mais sans en dire davantage. Des plaintes du genre ne sont pas fréquentes, assure-t-il.

Il affirme que l'OQLF contactera rapidement le directeur de scrutin de la circonscription touchée, si ce n'est déjà fait, dans le cadre de son enquête. Il importe que le processus soit suffisamment rapide pour que la situation ne se reproduise pas le 4 septembre.

M. Roberge confirme que chaque électeur doit pouvoir être servi en français, mais n'est pas en mesure de dire si chaque membre du personnel électoral doit être en mesure de s'exprimer dans la langue de Molière.

Tout employé de la fonction publique du Québec doit parler français, indique-t-il, mais le cas des travailleurs d'élections pourrait être différent, puisque les personnes embauchées ne sont pas des fonctionnaires.

Pour me joindre :
francois.messier-nm@radio-canada.ca

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