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RDC: Espoirs et doutes sur l'effet de la venue d'Hollande au sommet de la Francophonie

28/08/2012 10:41 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

Coup de pouce à la démocratie et aux droits de l'homme, ou coup d'épée dans l'eau? Les Congolais sont divisés sur l'impact de la venue de François Hollande au sommet de la Francophonie, prévu du 12 au 14 octobre à Kinshasa.

Le chef de l'Etat français a annoncé lundi sa participation à cette conférence en République démocratique du Congo (RDC) qui est historique pour l'Afrique centrale, puisque un sommet prévu en 1991 dans l'ex-Zaïre avait été délocalisé à Paris en raison des exactions du régime du dictateur Mobutu (1965-1997).

A Kinshasa, François Hollande veut réaffirmer que "la Francophonie, ce n'est pas simplement une langue en partage mais aussi une communauté de principes et d'idéaux dont le rappel à chaque occasion est nécessaire, et notamment en RDC mais pas seulement là".

Si cette visite "peut jouer pour que les choses évoluent positivement dans la consolidation de la démocratie, dans le respect des droits des droits de l'homme et de la lutte contre l'impunité, nous ne pouvons que la saluer", estime Jonas Tshiombela, président de l'ONG Nouvelle société civile congolaise (NSCC).

Pas d'accord, répond une autre association: "Le président français va marcher sur le cadavre de la RDC, observer comment les Congolais meurent, comment les défenseurs des droits humains sont harcelés, comment les populations congolaises vivent dans la détresse, une pauvreté extrême", estime Dolly Ibefo, directeur exécutif de la Voix des sans Voix.

Le fondateur de cette ONG, Floribert Chebeya, avait été assassiné en juin 2010 et le corps de son chauffeur Fidèle Bazana n'a jamais été retrouvé. Si huit policiers condamnés -dont trois en fuite- sont rejugés, les parties civiles réclament la comparution du général John Numbi, le chef de la police, suspendu depuis l'affaire et qu'elles considèrent comme le "suspect numéro un".

M. Hollande doit "savoir pourquoi l'Etat congolais avait planifié l'assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, parce que nous sommes convaincus, tous, que le double assassinat de ces défenseurs des droits de l'Homme est un crime d'Etat", affirme Dolly Ibefo.

Le principal parti d'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), avait réclamé la délocalisation du sommet et une association de Français d'origine congolaise avait saisi la justice française pour empêcher la tenue de la réunion. Objectif: ne pas cautionner le régime du président Joseph Kabila, reconduit au pouvoir en 2011 après de scrutins contestés.

Le président français, qui effectuera sa première visite en Afrique depuis son élection en mai, a promis de rencontrer "l'opposition politique, les militants associatifs, la société civile. C'est le sens de la nouvelle politique africaine de la France: tout dire partout et faire en sorte que ce qui soit dit soit fait".

L'Association africaine de défense des droits de l'homme espère "que les points de vue de l'opposition et de la société civile vont être répercutés auprès des autorités congolaises et que la France prendra des dispositions pour que ce qu'elle va dire soit mis en oeuvre", explique son président, l'avocat Jean-Claude Katende.

Certains soulignent cependant que la venue de François Hollande est aussi liée aux "intérêts français". Il "a bien dit qu'il allait axer sa politique étrangère sur l'économie, et la RDC n'est pas la dernière" en termes de richesses, notamment minières (or, diamant, coltan, cassitérite...), rappelle Hubert Kabungulu, analyste politique.

"Pour la population, l'arrivée de François Hollande ne changera rien, commente son confrère Thierry Nlandu. L'essentiel est que les Congolais prennent conscience que c'est à eux de transformer leur pays et de continuer un combat contre un système qui les exploite, en a fait des sous-hommes."

hab/jms

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