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Libye: un ministre met en garde contre la "force" des islamistes radicaux

28/08/2012 03:11 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

Le ministre libyen de l'Intérieur Fawzi Abdelali a mis en garde mardi contre la "force nombreuse" et "bien armée" des islamistes radicaux, pour expliquer son refus d'"entrer en confrontation" avec eux après les destructions de mausolées musulmans en Libye.

Cible de critiques acerbes pour le rôle ambigu des forces de sécurité dans ces destructions par des intégristes, le ministre avait présenté dimanche sa démission avant de se rétracter mardi et d'annoncer l'ouverture d'une "enquête sur des membres des forces de sécurité" pour leur implication présumée dans cette affaire.

"Nous avons ouvert une enquête sur l'implication de certains membres des services de sécurité dans ce qui s'est passé. Notre rôle n'est pas de profaner les tombes mais d'assurer la sécurité des gens", a déclaré M. Abdelali.

Concernant les auteurs de ces démolitions, le ministre a déclaré ne pas vouloir "entrer en confrontation" avec les intégristes qui "représentent une importante force en terme de nombre et d'équipements (...) Ils possèdent des armes".

"La quantité d'armes en Libye dépasse toutes les estimations. Quand on aura une vraie armée qui saura traiter avec des groupes en possession d'armes lourdes, à ce moment-là le ministère de l'Intérieur pourrait accomplir sa mission", a-t-il assuré en soulignant que ses forces manquaient de matériel.

"Je ne m'engage pas dans une bataille perdue et je ne tue pas les gens à cause d'une tombe", a-t-il déclaré en disant privilégier la mise en place d'un dialogue religieux et culturel dans cette affaire "très compliquée".

Le ministre a toutefois assuré qu'il était "prêt à engager une bataille" si le décidait le gouvernement ou le Congrès général national (CGN), plus haute instance politique en Libye issue des élections du 7 juillet.

Des intégristes ont démoli samedi à coup de pelleteuse le mausolée d'Al-Chaab al-Dahmani à Tripoli et profané le tombeau de ce sage, lieu de pèlerinage pour certains musulmans, notamment les soufis.

Ils ont également pillé une bibliothèque et détruit un mausolée à Zliten et à Misrata dans l'ouest du pays, provoquant l'indignation de la société civile mais aussi de nombreux hommes politiques libyens.

Les intégristes contestent l'existence de ces mausolées érigés à la mémoire de saints musulmans car ces derniers font l'objet d'une vénération populaire qui, selon eux, contrevient à l'unicité de Dieu, précepte fondateur de l'islam.

A Paris, la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, "a exprimé sa vive préoccupation" et exhorté les autorités libyennes "à prendre leurs responsabilités pour la protection du patrimoine culturel et les sites d'importance religieuse", selon un communiqué de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco).

Le CGN avait accusé dimanche les forces de sécurité de laxisme, voire d'implication dans la destruction des mausolées musulmans.

Les services de sécurité sont sous le feu des critiques depuis le double attentat à la voiture piégée qui avait fait deux morts le jour de la fête musulmane de l'Aïd el-Fitr il y a une semaine à Tripoli, malgré l'annonce par le ministère de l'Intérieur de l'arrestation de plusieurs suspects quelques heures plus tard.

Face à une hausse de la criminalité et des violences, le département d'Etat américain a déconseillé à ses ressortissants de se rendre en Libye où les fauteurs de trouble "ne sont ni sanctionnés ni contrôlés par le gouvernement libyen", selon un communiqué publié sur son site internet.

Depuis la chute du régime du dirigeant défunt Mouammar Kadhafi, en octobre 2011, les autorités libyennes peinent à contrôler les ex-rebelles qui se sont organisés en milices lourdement armés et dont plusieurs refusent jusque là d'intégrer les forces de sécurité.

ila/sb/feb

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