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Les rebelles syriens rêvent de vraies armes

28/08/2012 09:09 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

A l'orée du quartier Seif al-Dawla à Alep, un commandant rebelle ordonne à un de ses hommes de s'emparer d'un char du régime, seul et armé d'une unique grenade pour son lance-roquettes.

"Mais si, une seule suffit, tu peux venir à bout de toute l'armée", lance-t-il au soldat hésitant.

La scène est familière sur les lignes de front entre les forces de l'Armée syrienne libre (ASL) et celles du régime. Les forces de l'opposition disposent d'un armement de bric et de broc pour faire face à des chars, des hélicoptères d'attaque et des avions de chasse.

Les commandants rebelles se plaignent de la vétusté de leur équipement -des kalachnikovs, quelques lance-roquettes et canons anti-aériens- et du coût élevé des armes.

"J'ai piloté des avions de chasse MIG pendant 12 ans, et on les attaque avec des kalachnikovs, et ce ne sont même pas de bonnes kalachnikovs", dit Alaa Saadeddin, un soldat de l'armée syrienne qui a fait défection.

"Les canons anti-aériens sont nos armes les plus lourdes. Nous n'avons pas de missile sol-sol ou de missile anti-aérien", ajoute-t-il.

Quand Abou Mariam a décidé de créer sa brigade, il s'est mis en contact avec Liwa al-Tawhid, qui assure la coordination des groupes rebelles, pour leur demander des armes.

"Liwa al-Tawhid nous a donné des kalachnikovs mais nous avons dû nous débrouiller pour acheter le reste. Nous avons 22 hommes et 12 armes, alors nous fonctionnons par groupe. Le premier groupe prend les armes, quand il revient, il les passe au second groupe", explique-t-il.

Les armes disponibles sur le marché sont chères, une kalachnikov coûte 150.000 livres syriennes, presque 2.400 dollars, les balles valent 2 dollars chacune, et une grenade coûte plus de 150 dollars, selon le commandant.

Les rebelles syriens s'amusent des histoires de combattants libyens qui tiraient en l'air au point de vider leurs armes pour célébrer une victoire sur le front.

"Si un rebelle tire une seule balle dans une autre direction que celle de l'ennemi, on le chasse du groupe", dit Saadeddin.

Les pays occidentaux ont indiqué qu'ils ne fournissaient que de l'aide humanitaire (argent et matériel de communication).

Selon le Conseil national syrien (CNS), une coalition des principaux groupes d'opposition, certains pays dont le Qatar et l'Arabie saoudite ont fourni des armes aux combattants à l'intérieur du pays.

Mais les armes posées sur le sol ont en effet l'air aussi vieilles que les rebelles le disent. Des armes éreintées et des lance-roquettes poussiéreux, rien à voir avec l'équipement flambant neuf qui était sur le front libyen.

"La plupart des armes que nous avons viennent du côté des forces du régime, soit parce que nous les prenons aux soldats quand nous les tuons, soit parce que nous les achetons aux chabbiha (miliciens pro-régime) soit à des soldats du régime qui se laissent acheter", dit Abou Walid, un commandant de la région de Marea.

"Cette grenade, par exemple, on l'a achetée à un soldat alaouite", dit-il, montrant une grenade verte et ronde de fabrication russe. "Il aimait plus l'argent que sa cause", dit-il avec un sourire méprisant.

Les rebelles disent qu'ils ont également réussi à acheter des armes à l'étranger, surtout en Irak, mais aussi au Liban et, dans une moindre mesure, en Turquie.

Selon Abou Walid et d'autres commandants, leurs forces ont besoin de toutes sortes d'armes, des munitions aux missiles sol-sol. Mais "le plus important, c'est d'avoir une arme qui peut faire tomber un avion", insiste Abou Walid.

L'armée syrienne a pilonné Alep et ses alentours à l'aide de ses hélicoptères et avions de chasse.

Puisqu'ils n'ont rien de mieux, les rebelles fabriquent des bombes et des roquettes artisanales.

Mais un groupe de rebelles qui avait fièrement partagé une vidéo les montrant en train lancer une roquette artisanale a admis qu'ils n'avaient aucun moyen de diriger correctement l'engin.

"Nous avons essayé de fabriquer des roquettes artisanales, mais honnêtement la plupart d'entre elles nous éclatent à la figure", dit Saadeddin.

Dans le quartier d'al-Machhad, à Alep, alors que les chars tiraient des salves de plus en plus proches, un groupe de rebelles n'a trouvé pour y faire face que ses kalachnikovs et des cocktails Molotov artisanaux faits avec des bocaux de conserve.

"C'est la différence entre eux et nous", dit un commandant en comparant ses troupes et l'armée régulière. "Ils ont tout, nous, nous n'avons que Dieu".

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