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La victoire d'Apple pourrait contraindre Samsung à se réinventer

28/08/2012 05:36 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

SÉOUL, Corée du Sud - La décision d'un jury américain d'octroyer un dédommagement d'un milliard $ US à Apple dans une querelle de propriété intellectuelle avec Samsung risque de représenter un point tournant dans l'histoire de l'entreprise sud-coréenne connue tant pour sa capacité à adapter les innovations de ses rivales que pour sa rapidité d'exécution.

En plus d'avoir ébranlé l'industrie planétaire des gadgets, ce verdict a probablement aussi provoqué une profonde remise en question à Suwon, en Corée du Sud, où le conglomérat familial a son siège social.

Le plus important vendeur mondial de téléphones portables devra maintenant s'adapter à la réalité «après iPhone», un monde dans lequel le mimétisme qui était pratique courante dans l'industrie risque dorénavant de dégénérer en guerre judiciaire brutale.

Samsung devra retourner aux planches à dessin et trouver le moyen de devenir une société innovatrice, et non plus seulement imitatrice. Cette transformation, préviennent certains experts, risque d'être plus difficile que les raccourcis que Samsung empruntait jusqu'à présent.

«Cette affaire démontre que Samsung est mal équipée pour affronter l'ère logicielle, par exemple en ce qui concerne le design et les brevets», a estimé l'analyste hong-kongais M. S. Hwang.

La structure de Samsung concentre tout le pouvoir au sommet, entre les mains de la famille fondatrice. La compagnie est dirigée par un homme de 70 ans, Lee Kun-hee, qui a pris la relève de son père, le fondateur de Samsung Lee Byung-chull, en 1987.

Cette hiérarchie rigide a permis des investissements audacieux et rapides, et une exécution sans compromis. Combinée à une capacité à profiter des innovations de rivales comme Sony, cette situation a permis à Samsung de devenir le plus important fabricant mondial de téléviseurs, de puces mémoire, d'afficheurs à cristaux liquides et maintenant de téléphones intelligents.

Samsung est perçue depuis longtemps comme une imitatrice de premier ordre. Elle copiait ou achetait les technologies de ses concurrentes et rivalisaient ensuite avec elles en réduisant les coûts, en augmentant la qualité et en ajoutant des fonctions.

«C'est impossible d'innover dès le départ, a dit Chang Sea-jin, de l'université nationale de Singapour. Mais si on n'a pas de technologie, la meilleure façon de se rattraper est d'imiter des entreprises plus avancées.»

Quand Apple a lancé son révolutionnaire iPhone en 2007, les employés de Samsung étaient probablement trop occupés pour se préoccuper de possibles questions de brevets. De plus, la Corée du Sud a une interprétation de la propriété intellectuelle qui est nettement plus flexible que celle des États-Unis, et la rapidité d'exécution est tenue en haute estime chez Samsung, a expliqué M. Chang.

Samsung a investi lourdement dans le design au cours des dernières années, non seulement dans les téléphones portables mais aussi dans les téléviseurs et les électroménagers. Mais les résultats ont été modestes, tout comme l'impact des nouveaux produits.

Bill Fischer, de l'Institut international de gestion du développement de Lausanne, en Suisse, explique que Samsung n'a pas encore réussi à combler le gouffre qui la sépare de rivales comme Apple et Sony.

«Elles ont tendance à prendre des risques plus importants concernant les produits mis en marché, et elles essaient de créer des technologies révolutionnaires», comme le iPod, le téléphone intelligent ou même le Walkman de Sony, a-t-il dit dans un courriel transmis à l'Associated Press. «C'est une différente mentalité.»

Cela ne veut pas nécessairement dire que Samsung devra devenir un nouvel Apple. La compagnie, par exemple, est fortement impliquée dans des secteurs où Apple est totalement absente, comme la fabrication des composants de produits électroniques.

«Même si les compagnies ne s'éloignent pas trop des règles établies par Apple avec le iPhone, d'autres pourront arriver avec des innovations dans des secteurs qu'Apple aura raté», a prévenu Lee Myoung-woo, un ancien dirigeant de Samsung qui enseigne maintenant à l'université sud-coréenne de Hanyang.

Il a cité en exemple le Galaxy Note, un téléphone intelligent doté d'un écran géant qui est devenu fort populaire.

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