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Kenya: deuxième jour d'émeutes à Mombasa, 16 policiers blessés

28/08/2012 11:22 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

Une attaque à la grenade a blessé 16 policiers, dont deux gravement, mardi dans la ville côtière kényane de Mombasa, en proie à des émeutes depuis le meurtre, lundi, du prêcheur musulman radical Aboud Rogo Mohammed accusé de liens avec les islamistes somaliens shebab.

Selon la police, des jeunes réunis devant une église qu'ils s'apprêtaient à brûler ont lancé la grenade en direction d'un véhicule des forces de l'ordre venues les disperser.

"Seize officiers ont été blessés, deux ont des blessures graves et ils ont tous été emmenés d'urgence à l'hôpital", a précisé un policier sous couvert d'anonymat.

Mardi matin, des centaines de jeunes, partis du quartier de la mosquée où Rogo prêchait, avaient pris la direction du centre du très touristique port de Mombasa, deuxième ville du Kenya, selon un journaliste de l'AFP.

A coup de pierres, ils s'en sont pris à des voitures et des magasins. Les forces anti-émeutes ont utilisé des gaz lacrymogènes pour les disperser. Un caméraman kényan de la télévision publique chinoise CCTV a été blessé dans les violences, a indiqué son employeur.

Plusieurs organisations musulmanes ont estimé que le meurtre de Rogo constituait une nouvelle exécution extrajudiciaire d'un responsable musulman à Mombasa. Le Centre kényan de la jeunesse musulmane (MYC), dont Rogo était l'un des chefs, tient les autorités kényanes pour "responsables" du meurtre.

"Les musulmans doivent prendre les choses en main, se lever, unis, devant l'infidèle, et prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger leur religion, leur honneur, leurs biens et leurs vies face aux ennemis de l'islam," ont de leur côté déclaré les shebab somaliens, un mouvement rallié à Al-Qaïda.

"Le meurtre de Rogo était une attaque bien préparée par les shebab pour gagner des sympathisants", a en retour accusé le porte-parole adjoint de la police kényane, Charles Owino.

Le Kenya est un pays majoritairement chrétien, avec une importante communauté musulmane le long de sa côte.

Lundi, les émeutes ont éclaté immédiatement après le meurtre de Rogo, tué par balles alors qu'il se trouvait dans son véhicule avec sa famille. Une personne a péri dans ces premières violences et plusieurs églises ont été brûlées ou pillées.

Des leaders chrétiens ont menacé de poursuivre le gouvernement kényan s'il "n'agissait pas plus vite pour arrêter les violences". "Nous demandons aux responsables musulmans de s'excuser publiquement auprès des chrétiens, en particulier pour l'incendie et les attaques de lieux sacrés", a aussi déclaré le vice-président du forum des Eglises de Mombasa, Lawrence Dena.

Le secrétaire général du Conseil suprême des musulmans du Kenya, Adan Wachu, a condamné les destructions dans les églises, estimant que les manifestants étaient des "criminels" et qu'ils ne devaient pas "se cacher derrière l'islam".

Le parquet kényan a, lui, annoncé l'ouverture d'une enquête sur le meurtre du prêcheur, à laquelle participeront l'inspection des polices et la commission nationale des droits de l'Homme.

Mais des pays occidentaux -- France, Royaume Uni et Australie notamment -- ont déjà appelé leurs ressortissants à la prudence. "D'autres troubles sont probables", a notamment averti Canberra, conseillant d'éviter les rassemblements publics.

Rogo était sous le coup de sanctions de l'ONU et du Trésor américain, qui l'accusaient d'avoir levé des fonds et recruté des combattants pour les shebab..

Le prêcheur avait aussi été soupçonné de liens avec Fazul Abdullah Mohammed, ex-chef présumé de la cellule est-africaine d'Al-Qaïda décédé l'an dernier.

Né selon l'ONU entre 1960 et 1969 sur l'archipel kényan de Lamu, proche de la Somalie, il était soupçonné d'avoir présenté Fazul aux hommes qui l'avaient aidé à organiser les attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam en 1998. 224 personnes avaient alors été tuées.

En janvier 2012, Rogo avait été arrêté dans une descente de police chez lui. Armes à feu, munitions et détonateurs avaient été trouvés, selon la police.

Le prêcheur, qui avait été libéré sous caution, avait aussi été accusé, puis acquitté, de participation à un attentat qui avait fait 18 morts en 2002 dans un hôtel proche de Mombasa dirigé par des Israéliens.

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