NOUVELLES

Israël: la plainte pour la mort d'une pacifiste américaine rejetée

28/08/2012 05:21 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

Un tribunal israélien a rejeté mardi une plainte déposée par les parents de la pacifiste américaine Rachel Corrie, tuée en 2003 par un bulldozer militaire israélien durant une manifestation qui est devenue une figure emblématique du soutien aux Palestiniens dans le monde.

Rachel Corrie, 23 ans, avait été écrasée le 16 mars 2003 sous les chenilles d'un bulldozer de l'armée alors qu'elle s'opposait avec d'autres membres du Mouvement international de solidarité (ISM) et des Palestiniens à la destruction d'une maison palestinienne à Rafah (sud de la bande de Gaza).

"Je suis parvenu à la conclusion qu'il n'y a pas eu de négligence de la part du conducteur du bulldozer", a affirmé le juge Oded Gershon, en lisant le verdict devant le tribunal de district de Haïfa dans le nord d'Israël.

Le juge a également affirmé que l'enquête de la police militaire avait été menée correctement.

Il a conclu que la mort de Rachel Corrie résultait d'un accident tout en rejetant les accusations selon lesquelles un film vidéo sur ce qui s'était passé avait été détruit.

"La défunte s'est mise dans une situation dangereuse, elle se tenait devant un bulldozer géant à un endroit où le conducteur ne pouvait pas la voir. Elle ne s'est pas éloignée comme l'aurait fait une personne raisonnable. Sa mort résulte d'un accident qu'elle a provoqué elle même", a affirmé le juge.

Cindy Corrie la mère de la victime a critiqué le jugement. "Nous sommes bien entendu profondément attristés et profondément troublés par ce que nous avons entendu aujourd'hui de la part du juge Oded Gershon", a affirmé Mme Corrie aux journalistes.

"Nous croyons que la mort de Rachel aurait pu être évitée", a affirmé Mme Corrie la voix brisée par l'émotion.

Israël dispose d'un système bien huilé pour défendre ses militaires

-------------------------------------------------------------------

"Nous savions dès le départ qu'une plainte civile serait une bataille difficile", a-t-elle également affirmé en soulignant qu'Israël "dispose d'un système bien huilé pour protéger ses militaires".

L'avocat de la famille, Me Hussein Abou Hussein, a annoncé que la famille allait faire appel.

"Le verdict est fondé sur des faits déformés et aurait pu être rédigé par le procureur. Nous allons faire appel", at-il affirmé.

Contestant la décision de l'armée de clore le dossier, la famille avait déposé en mars 2010 une plainte au civil contre l'Etat d'Israël et le ministère de la Défense en demandant un dédommagement symbolique d'un dollar.

Les parents de Rachel Corrie ont fait le déplacement des Etats-Unis pour assister à l'audience et ont suivi le jugement à l'aide d'un traducteur. Ils étaient accompagnés d'une cinquantaine d'amis et sympathisants.

Des témoins, pacifistes et Palestiniens, ont affirmé que le bulldozer avait délibérément écrasé Rachel Corrie. Ils ont assuré que la manifestation s'était prolongée pendant plus de deux heures et que les militants étaient clairement visibles par le conducteur du bulldozer.

L'armée, aux termes de son enquête, avait en revanche conclu que Rachel Corrie a été tuée "alors qu'elle perturbait les opérations menées sur le terrain par des bulldozers" militaires. Le procureur général militaire a fermé le dossier dès 2003. Aucune mesure disciplinaire n'a été prise.

"Corrie n'a pas été tuée parce que le bulldozer l'a écrasée ou du fait de l'action de cet engin, mais parce que des amas de terre et des matériaux de construction poussés par le bulldozer l'ont ensevelie", avait affirmé le rapport d'enquête de l'armée.

L'armée a aussi accusé Rachel Corrie et les autres militants d'ISM d'avoir contribué à cette mort "par leur comportement illégal et irresponsable".

Rachel Corrie a été le sujet d'une pièce de théâtre basée sur son journal personnel et ses courriels.

En juin 2010, un bateau portant son nom a transporté des militants pro-palestiniens irlandais dont le prix Nobel de la paix Mairead Maguire, qui ont été capturés par les forces israéliennes après avoir tenté de forcer le blocus imposé autour de la bande de Gaza.

scw-hmw/jlr/hj

PLUS:afp