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Des ONG réclament l'arrêt des exécutions de prisonniers en Gambie

28/08/2012 09:47 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

La Gambie est restée sourde aux multiples appels à épargner la vie de prisonniers dans le couloir de la mort en faisant fusiller neuf condamnés à la peine capitale, suscitant l'émoi d'ONG qui ont réclamé mardi l'arrêt de ces exécutions dont sont menacés près de 40 autres détenus.

Lundi soir, le ministère gambien de l'Intérieur a annoncé dans un communiqué la mise à mort de neuf prisonniers, en publiant leur liste, affirmant qu'ils ont été passés par les armes par un peloton d'exécution dimanche et que tous avaient épuisé leurs voies de recours. Une femme et d'anciens militaires figurent parmi eux.

"Nous sommes consternés de voir que les autorités gambiennes ont procèdé à neuf exécutions et nous les exhortons à faire en sorte qu'aucune nouvelle exécution n'ait lieu. (...) La peine de mort est toujours la négation absolue des droits de l'homme", a réagi mardi Paule Rigaud, directrice adjointe du programme Afrique d'Amnesty International dans un communiqué reçu par l'AFP à Dakar.

"Nous sommes totalement abasourdis par cette nouvelle", a de son côté déclaré à l'AFP Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), une ONG basée à Dakar.

Par ces exécutions qu'il avait lui-même annoncées dans un message à la Nation diffusé les 19 et 20 août, le président gambien "est resté totalement sourd" aux appels à renoncer aux exécutions de condamnés à mort, a dit M. Tine.

"C'est un cas de folie à la tête d'un Etat, un paranoïaque à la tête de la Gambie et c'est dangereux pour l'Afrique", a-t-il poursuivi, en appelant à "un isolement total de Yahya Jammeh".

Ancien militaire, Yahya Jammeh, 47 ans, dirige d'une main de fer son pays depuis qu'il a été porté au pouvoir en 1994 par un putsch, puis élu et réélu régulièrement. Il se pose en homme aux pouvoirs mystiques et se dit notamment capable de "guérir" le sida et la stérilité par des plantes et des incantations.

Son message annonçant l'exécution "avant mi-septembre" de tous les condamnés à mort de Gambie avait suscité l'émoi et l'inquiétude d'organisations de défense des droits de l'homme et de plusieurs pays et institutions.

38 prisonniers sous la menace de nouvelles exécutions

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Le nombre de détenus concernés n'avait pas été précisé. Mais dans un communiqué conjoint publié le 23 août, la Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH), la Raddho et la section sénégalaise d'Amnesty International avaient fait état de 47 condamnés à mort détenus en Gambie. Parmi eux, figurent une femme, onze prisonniers politiques et huit malades mentaux, avaient-elles expliqué.

Le 24 août, le journal privé sénégalais Le Quotidien avait également publié une liste de 47 détenus de la prison gambienne Mile 2 présentés comme condamnés à mort.

Selon ce document, il y a 39 Gambiens (dont sept officiers condamnés en juillet 2010 pour trahison et tentative de coup d'Etat en novembre 2008, et trois ex-militaires condamnés en octobre 1998 pour l'attaque d'un camp militaire en 1997), le "doyen" des prisonniers dans le couloir de la mort étant détenu depuis 27 ans. Sont aussi concernés trois Sénégalais, un Bissau-Guinéen, deux Maliens et deux Nigérians.

D'après ces décomptes, après l'exécution des neuf prisonniers, au moins 38 autres détenus restent sous la menace d'exécutions en Gambie, des sources judiciaires locales ayant fait état récemment à l'AFP d'un nombre plus important de condamnés à mort sans toutefois le préciser.

Plusieurs noms de la liste officielle des exécutés figurent sur celle du Quotidien, dont deux Sénégalais, un homme et une femme.

A en croire le communiqué de l'Intérieur, Banjul n'entend pas renoncer aux exécutions: aucune infraction passible de peine de mort "ne sera tolérée" et "toutes les peines prescrites par la loi seront appliquées à la lettre, y compris la peine de mort".

Mardi, des policiers en civil étaient déployés à Banjul et personne ne souhaitait aborder le sujet de peur d'avoir affaire à un agent de renseignement, selon un journaliste de l'AFP.

bur-cs/mrb/jlb

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