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A La Nouvelle-Orléans, l'arrivée d'Isaac réveille les souvenirs de Katrina

28/08/2012 02:40 EDT | Actualisé 28/10/2012 05:12 EDT

"On était mal, très mal": en se préparant mardi à l'arrivée sur La Nouvelle-Orléans de l'ouragan Isaac, Dorothy Ellis ne peut s'empêcher de se rappeler les heures terribles vécues il y a sept ans après le passage de Katrina, qui avait ravagé la ville.

"Là, c'est l'endroit où une maison est rentrée dans la mienne", pointe Dorothy Ellis, 60 ans, en regardant des photos des dégâts qu'avait causés Katrina à sa demeure, qui appartenait à sa famille depuis plusieurs générations.

"J'étais allée m'installer chez un ami. Si j'étais restée dans ma maison, je serais morte", raconte-t-elle devant une image la montrant en train de fouiller les décombres à la recherche de tout ce qui peut être encore sauvé.

Isaac, classé comme un ouragan de catégorie 1 sur l'échelle de Saffir-Simpson, qui compte cinq degrés, n'est pas aussi puissant que Katrina --un ouragan de catégorie 3. Mais la lenteur avec laquelle il se déplace laisse craindre des inondations importantes dans les zones où il est attendu dès mardi soir le long de la côte du golfe du Mexique.

Et, peut-être plus encore, ce qui frappe les esprits, c'est le fait qu'Isaac risque de frapper La Nouvelle-Orléans et sa région sept ans quasiment jour pour jour après Katrina.

Katrina avait ravagé la ville le 29 août 2005, provoquant une des pires catastrophes naturelles de l'histoire américaine et faisant au total 1.800 morts.

Les pluies torrentielles accompagnant l'ouragan avaient fait monter le niveau du lac qui domine La Nouvelle-Orléans: sous la pression, des digues s'étaient effondrées, entraînant l'inondation du centre historique de la ville.

Dans certains quartiers, les plus pauvres et majoritairement peuplés de Noirs, le déluge avaient atteint le niveau des toits, endommageant ou détruisant des dizaines de milliers de maisons. Le gouvernement fait l'objet de critiques virulentes pour le manque de préparation et l'absence de réactivité dans les secours.

"On avait faim, on était sales, on était crevés", se rappelle Melody Barkum, 56 ans, qui avait alors passé deux jours coincée sur un toit sans eau ni nourriture.

Comme Dorothy Ellis, elle vit aujourd'hui dans un petit immeuble pour personnes âgées à faibles revenus construit après le passage de Katrina dans un quartier ravagé par l'ouragan.

"Une fois qu'on avait tout perdu, j'ai eu ma première attaque, dès qu'on est arrivés à Houston", au Texas, où des habitants avaient été évacués: "J'en ai eu deux autres ensuite, je suis surprise d'être toujours en vie après tout ce stress", souligne Melody Barkum.

Réfugiée sur un arbre pendant deux jours, Dorothy Ellis avait quant à elle été secourue par un voisin en bateau, qui l'avait laissée dans une école à proximité. Là, elle avait encore dû attendre quatre jours avant d'être emmenée par les secours au Palais des Congrès de la ville.

Là, comme des milliers d'autres, elle doit faire face à des conditions de vie déplorables, avec très peu de sanitaires, pas d'eau ni de nourriture, et des piles de cadavres s'entassant à la vue de tous, à peine cachés sous des couvertures.

Elle aussi évacuée vers Houston, elle doit encore fuir, quand l'ouragan Rita frappe le Texas.

Plusieurs mois s'écouleront avant qu'elle ne puisse regagner La Nouvelle-Orléans. La reconstruction n'y est toujours pas achevée, et des maisons abandonnées sont toujours là pour rappeler les dégâts causés par Katrina.

"Ca ne sera plus jamais comme avant", soupire Dorothy Ellis.

Mais malgré la peur et les souvenirs qui refont souvent surface, pas question pour elle ni pour Melody Barkum de quitter la ville. "Si on a pu survivre à Katrina, on peut survivre à tout", lâche cette dernière.

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