NOUVELLES

Tunisie: le parti du président maintient son chef, tensions au pouvoir

27/08/2012 09:24 EDT | Actualisé 27/10/2012 05:12 EDT

Le parti du président tunisien Moncef Marzouki a maintenu lundi à sa tête un ministre démissionnaire après un conflit avec ses alliés islamistes, dans un contexte de tensions grandissantes entre ces deux partenaires au gouvernement.

Mohamed Abbou, un avocat de 46 ans qui a connu la prison sous le régime du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali, a été réélu à la tête du Congrès pour la République (CPR), à l'issue du congrès du parti.

Cette réunion ouverte vendredi a été marquée par une lettre du chef de l'Etat critiquant vivement les islamistes d'Ennahda.

Ce maintien semble confirmer cette ligne, M. Abbou ayant démissionné fin juin du poste de ministre de la Réforme administrative, estimant que le Premier ministre Hamadi Jebali ne le laissait pas exercer ses prérogatives de lutte contre la corruption.

Dans la déclaration finale du congrès, publiée lundi soir, le parti reprend les critiques formulées de M. Marzouki mais exclut une sortie du gouvernement.

"L'alternative en cette période (de transition) serait l'anarchie", souligne le CPR.

Cette déclaration en vue d'élections prévues en 2013 mais dont le contenu est assez vague réaffirme les "principes" du CPR: poursuites des responsables "corrompus et ayant violé les droits de l'Homme" sous Ben Ali et "intégration des personnes marginalisées économiquement, socialement et politiquement".

Le CPR, un second parti de centre-gauche Ettakatol et Ennahda ont constitué une délicate alliance pour gouverner la Tunisie après les élections d'octobre ayant formé l'Assemblée nationale constituante (ANC).

Les tensions ont ressurgi lorsque le président Marzouki a, dans sa lettre au congrès du CPR, accusé les islamistes de visées hégémoniques.

Il y évoquait "le sentiment grandissant que nos frères d'Ennahda s'emploient à contrôler les rouages administratifs et politiques de l'Etat", y voyant des "pratiques" rappelant "l'ère révolue" de Ben Ali. Ces propos ont été condamnés avec virulence par plusieurs ministres islamistes.

Des journaux tunisiens constataient dès lors lundi que la "Troïka" au pouvoir était mal en point.

"L'incident est majeur. Il est en même temps révélateur de l'état d'esprit de la Troïka au gouvernement, celle-là même qui affichait il y a peu son indéfectible union à toute épreuve", relève le quotidien La Presse, pour qui "le plus difficile reste à venir".

Ce coup d'éclat intervient alors que l'ANC ne parvient pas à un consensus sur une nouvelle Constitution. Sa rédaction était censée s'achever en octobre 2012, mais elle va prendre des mois de retard et le calendrier des élections, prévues en mars à l'origine, s'en trouve bouleversé.

Ennahda insiste sur l'instauration d'un régime parlementaire pur, alors que ses partenaires militent pour que la présidence garde des prérogatives importantes.

Par ailleurs, l'opposition, la société civile et les médias multiplient les critiques contre les islamistes.

Ces derniers sont accusés tous azimuts de chercher à museler la presse, de s'attaquer aux droits des femmes, d'orchestrer une islamisation rampante de la société et de complaisance à l'égard de fondamentalistes religieux responsables de plusieurs opérations coup de poing ces dernières semaines.

En outre, les opposants reprochent à M. Marzouki, opposant historique à Ben Ali, et au CPR de s'être effacés devant Ennahda.

Plusieurs députés du parti ont d'ailleurs fait défection ces derniers mois. L'un d'entre eux, Taher Hmila, a même réclamé mi-août une expertise médicale du chef de l'Etat, laissant entendre qu'il n'avait pas toutes ses facultés mentales.

alf/sbh

PLUS:afp