DRUMMONDVILLE, Qc - Après avoir entretenu le flou autour de la question, Pauline Marois a finalement écarté lundi la possibilité d'instaurer la gratuité scolaire dans les établissements d'enseignement supérieur.

Au cégep de Sorel-Tracy, la chef péquiste a tenté de convaincre les étudiants de se rallier au Parti québécois _ pour qu'il forme un gouvernement majoritaire _ plutôt qu'à Québec solidaire qui leur promet la gratuité scolaire de la maternelle à l'université.

«Je dis à toute la population du Québec et aux étudiants que s'ils appuient le Parti québécois, nous allons annuler les hausses mais je ne peux pas dire à la population du Québec qu'il est possible d'avoir la gratuité scolaire», a lâché Mme Marois en conférence de presse.

Une fois au pouvoir, le Parti québécois annulera dans les 100 premiers jour l'augmentation des droits de scolarité décrétée par le gouvernement libéral, a-t-elle réitéré. Par la suite, un sommet réunissant les associations étudiantes, les syndicats et des représentants de la société civile sera organisé pour débattre des scénarios de financement universitaire.

La chef péquiste a déjà indiqué que son parti défendrait l'idée d'une simple indexation des droits de scolarité en fonction du coût de la vie. Elle ajoutait néanmoins qu'aucune option ne serait écartée, y compris celle de la gratuité.

Le 2 mai dernier elle avait ainsi résumé sa position: «Le maximum que je puisse envisager, à ce moment-ci, c'est l'indexation au coût de la vie. Ce sera la proposition que nous déposerons au sommet, ce qui n'empêchera pas, encore une fois, d'aborder d'autres propositions qui pourraient venir des étudiants, même le gel, même la gratuité. Je crois que nous devons le débattre.»

Or, à un peu plus d'une semaine du vote, Mme Marois a fait son nid et exclut désormais la gratuité scolaire de la liste des avenues possibles.

L'État a des moyens limités et la gratuité scolaire aurait de graves conséquences sur les autres services publics, a-t-elle fait comprendre.

«Ce que je dis aux gens qui veulent voter pour Québec solidaire, c'est que ce n'est pas possible car si nous allons de l'avant (avec la gratuité) nous ne pourrons rien faire d'autre et nous devons respecter tous les citoyens», a expliqué Mme Marois dans le segment anglophone du point de presse.

La chef du PQ redoute qu'un mandat de gouvernement majoritaire lui échappe le 4 septembre et a mis en garde les étudiants contre une coalition «libéralo-caquiste» qui empêcherait le Parti québécois d'annuler la hausse des droits de scolarité et d'abroger la loi 12 (projet de loi 78).

Elle a du même souffle brandi le spectre d'une reprise des perturbations sociales.

«C'est le feu qui dort sous la cendre. (...) Ce que moi j'entends sur le terrain, c'est que cette crise doit être réglée car elle ne l'est pas et leur combat (aux étudiants) est toujours le même, ils ne souhaitent pas une augmentation démesurée des droits de scolarité comme celle que leur impose le gouvernement libéral», a-t-elle estimé.

Mme Marois espère obtenir l'appui des clientèles collégiales et universitaires et ne lésine pas sur les épithètes flatteuses pour gagner leurs faveurs. Au moment même ou la rentrée était perturbée à l'Université de Montréal et à l'UQAM, elle exprimait toute son admiration pour le mouvement étudiant opposé à la hausse des droits de scolarité.

«Nous avons assisté ce printemps au réveil d'une génération et à la démonstration de toute sa détermination. Sauf quelques exceptions malheureuses, on a pu voir à l'oeuvre pendant plusieurs semaines une jeunesse éloquente, créative, organisée», a-t-elle souligné.

Les étudiants ne seront pas les seuls à être laissés en plan si jamais la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral (PLQ) se partagent les clés de l'État, a soutenu Mme Marois. À son avis, toute la mouvance «progressiste» de la société québécoise risque de payer cher le prix de la division du vote.

«Le jour où nous sommes au gouvernement, nous allons appliquer le moratoire sur les gaz de schiste, nous allons augmenter les redevances, nous allons nous assurer que les enfants aient accès aux services de garde, nous n'allons pas augmenter les tarifs d'électricité de 377 $ comme le veulent libéraux et caquistes. Donc, pour être capable de faire ça, ça prend un gouvernement majoritaire du Parti québécois», a-t-elle soulevé.

La caravane péquiste a sillonné les campagnes du Centre-du-Québec lundi où la Coalition avenir Québec de François Legault frappe à la porte. En soirée, à Drummondville, Mme Marois a pris la parole devant un peu plus d'une centaine de militants réunis sous un chapiteau à la pluie battante.

Tenus en respect par les agents assurant la sécurité de la leader péquiste, une poigné de manifestants arborant le carré rouge et des écussons de Québec solidaire s'étaient déplacés pour condamner le rejet par Mme Marois de la gratuité scolaire.

«Pauline Marois est en train d'oublier ce qui s'est passé pendant le printemps érable. On s'est battu pour ça (la gratuité scolaire) et on en a mangé des coups de matraque», a argué une manifestante, Marie-Jeanne Fréchette, aux côtés de l'un de ses camarades portant le masque d'Anonymus.

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