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Le poulet frit, la pizza et les laits frappés arrivent à Bagdad

27/08/2012 11:15 EDT | Actualisé 27/10/2012 05:12 EDT

BAGDAD - Les résidants de Bagdad peuvent dorénavant obtenir leur dose quotidienne de pizza, de lait frappé ou de poulet frit — recette originale ou extra épicée, évidemment.

Une vague de restaurants «à l'américaine» défèrle sur la capitale irakienne, au plus grand plaisir des clients affamés à la recherche de plats différents des kebabs d'agneau ou des carpes rôties traditionnels.

Cette mode démontre que les Irakiens, qui vivent dans la violence depuis des années et qui sont encore assujettis à des fusillades et à des explosions quotidiennement, sont prêts à passer à autre chose et à découvrir les plaisirs de la vie — comme de s'empiffrer de pizza.

Les entrepreneurs irakiens et des investisseurs provenant de pays voisins, et non pas de grandes chaînes multinationales, sont à l'origine de cette mode. À leurs yeux, l'Irak est un marché vierge où la concurrence est faible et le potentiel de rendement très élevé.

«Nous en avons assez de la nourriture traditionnelle, a dit un employé gouvernemental, Osama al-Ani, au moment où il dégustait sa pizza dans un des nouveaux restaurants. Nous voulons découvrir quelque chose de différent.»

Parmi les nouveaux-venus on retrouve le restaurant Chili House, dont le menu offre notamment des salades César, des ailes de poulet épicées, un «cheesesteak» de Philadelphie et un gigantesque hamburger baptisé «Big Mouth Chizzila». Ce restaurant, qui se trouve dans le quartier huppé de Jadiriyah, est relié à la seule succursale à Bagdad de Lee's Famous Recipe Chicken, une chaîne américaine implantée essentiellement dans les États du Midwest et du Sud.

Le directeur de la firme Kurdistan Bridge, Azad al-Hadad, explique que ses partenaires et lui ont importé ces restaurants en Irak après avoir été incapables de trouver du poulet frit et des burgers acceptables au pays. Il estime que de tels établissements sont un investissement sécuritaire pour les entreprises qui, comme la sienne, arrivent sur le marché tôt. Il prévoit inaugurer plusieurs autres succursales au cours des six prochains mois.

«Tout le monde aime manger et bien s'habiller, a-t-il dit. Ça rassemble les gens. Les clients nous disent, 'On dirait que nous sommes sortis de Bagdad et nous aimons ça'.»

La zone verte de Bagdad et les bases militaires à proximité comptaient jadis de nombreux restaurants comme Pizza Hut, Burger King et Subway, mais ils ont fermé leurs portes quand les soldats américains ont commencé à quitter l'an dernier. Les Irakiens ordinaires n'y avaient pratiquement pas accès de toute manière, pour des raisons de sécurité.

Yum Brands — qui détient des bannières comme Pizza Hut, Taco Bell et KFC — dit n'avoir aucune intention de revenir en Irak prochainement. Burger King n'a pas souhaité commenter, et Subway n'a pas répondu aux demandes de renseignements.

Les restaurants arabes traditionnels doivent donc maintenant composer avec la concurrence de restaurants affublés de noms comme Florida Fried Chicken, Mr Potato, Pizza Boat et Burger Friends. Il y a même une copie évidente de KFC (PFK, au Québec) qui porte le nom de KFG, un acronyme qui voudrait dire «Kentucky Family Group» selon son propriétaire Zaid Sadiq. Il a dit avoir choisi ce nom pour se rapprocher de la célèbre chaîne américaine de poulet frit, et il croit que son poulet est tout aussi succulent.

«Mes restaurants seront aussi célèbres que KFC. Pourquoi pas?», a-t-il demandé.

La firme VQ Investment Group — qui a des activités en Irak et aux Émirats arabes unis — est aussi très active avec des restaurants comme Burger Joint, les franchises irakiennes de la chaîne turque Pizza Pizza et, bientôt, un restaurant de sous-marins qui portera le nom de Subz. Le gérant de VQ, Mohammed Sahib, a toutefois reconnu que la gestion d'un restaurant en Irak n'est pas simple, qu'il s'agisse de se procurer du ketchup Heinz ou de dénicher une fournisseur de laitue fiable. Certains clients ont aussi besoin d'aide pour déchiffrer les items offerts au menu.

Quant aux experts de santé, on aura deviné qu'ils ne se réjouissent pas de cette nouvelle mode.

«L'ouverture de ces nouveaux restaurants de style américain (...) va faire engraisser les Irakiens, et surtout les enfants», a prédit le docteur Sarmad Hadid, de l'hôpital gouvernemental de Bagdad. Il reconnaît toutefois que les nouveaux restaurants ne sont pas que mauvais.

«Les gens pourront tirer un bénéfice psychologique de pouvoir s'asseoir avec leurs familles dans un endroit calme, propre et un peu raffiné, a-t-il dit. Ça les éloignera du chaos habituel des villes irakiennes.»

Même les restaurateurs irakiens traditionnels ne sont pas entièrement contre. Ali Issa, dont le restaurant sert de la carpe rôtie, reconnaît être un amateur de «Kentucky», le nom que les Irakiens utilisent pour désigner du poulet frit, peu importe sa provenance.

«Parfois on a besoin de Kentucky et pas seulement de poisson, poisson et poisson», a-t-il dit.

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