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L'affaire Nakhnoukh, truand pro-Moubarak sans remords, captive l'Egypte

27/08/2012 06:03 EDT | Actualisé 27/10/2012 05:12 EDT

L'arrestation d'un grand truand, partisan sans remords du président déchu Hosni Moubarak, fait les gros titres de la presse égyptienne, partagée entre fascination pour un personnage haut en couleur et indignation face aux aveux de collusion avec l'ancien pouvoir.

Sabri Hilmi Nakhnoukh, présenté comme un homme de main de l'ancien régime, est tombé le 24 août, mais il accuse la police de faire de lui un bouc émissaire pour se mettre en valeur auprès des islamistes aujourd'hui au pouvoir.

"Oui, j'étais au service du ministère de l'Intérieur pour empêcher la victoire d'opposants aux élections", a déclaré le célèbre bandit au quotidien Al-Akhbar.

Il reconnaît que ses hommes avaient bourré des urnes et terrorisé des électeurs pour les empêcher de voter pour les Frères musulmans et souligne, sans un regret, l'avoir fait sur ordre de Habib el-Adli, ministre de l'Intérieur de Moubarak actuellement emprisonné, "pour le bien et la stabilité de l'Egypte".

Pour capturer Nakhnoukh, les forces de sécurité ont monté une véritable opération commando, utilisant des véhicules blindés et mobilisant 420 policiers pour encercler son palais situé à l'ouest d'Alexandrie, sur la côte méditerranéenne.

La police est tombée sur cinq lions en cage et d'autres animaux exotiques que le truand gardait dans un zoo privé. La police a aussi saisi des armes, de la drogue et arrêté des jeunes femmes soupçonnées de prostitution.

Le parquet a ordonné de le placer en détention ainsi que 16 de ses hommes pour possession d'armes et de stupéfiants et pour proxénétisme.

L'affaire a fait la Une de pratiquement tous les quotidiens égyptiens qui rivalisent de détails sur les agissements passés de Nakhnoukh et sa bande, en levant du même coup un coin du voile sur les rapports troubles antre l'ancien pouvoir et le grand banditisme.

"Pourquoi a-t-on mis 19 mois pour m'arrêter ?", s'interroge de son côté Nakhnoukh, multipliant les déclarations à la presse qui visiblement en redemande. "Certains au ministère de l'Intérieur m'ont collé des accusations pour faire plaisir au parti Liberté et justice", la façade politique des Frères musulmans, assure-t-il.

Il se targue pourtant d'avoir protégé, avec ses hommes, pendant la révolte contre l'ancien président début 2011, de nombreux postes de police. "Les gars du ministère de l'Intérieur sont nos amis", se justifie-t-il.

De nombreux journalistes égyptiens ont été autorisés à rencontrer Nakhnoukh en détention. Il n'apparaît nullement affecté par son arrestation et se présente comme un homme d'affaires, actif dans l'immobilier et le commerce.

Il dit avoir voyagé sans être inquiété il y a quelques mois au Liban et n'avoir regagné l'Egypte que récemment pour fêter, avec ses proches, l'Aïd el-Fitr, marquant la fin du mois de jeûne musulman du ramadan.

Nakhnoukh est décrit comme l'un des bandits les plus puissants d'Egypte, capable de mobiliser à son service de nombreux bras, que ce soit pour racketter les commerçants, protéger des établissements de la nuit ou assurer la garde rapprochée de certains artistes.

Son étoile avait commencé à briller en 2000 et il était devenu, selon la presse, une sorte de mécène pour les starlettes cherchant à se faire un nom dans le milieu artistique.

Il a aménagé dans son palais proche d'Alexandrie une véritable boîte de nuit pour ses fêtes, avec des passages secrets pour éviter à ceux qui venaient lui demander un service de croiser d'autres convives.

"Je ne suis pas un bandit et tout ce que je faisais était de venir en aide aux pauvres", affirme-t-il à Al-Akhbar. Il prend même un policier à témoin pour assurer que "tout ce que l'Egypte compte comme artistes a demandé de mes nouvelles".

Et quand on lui demande ce qu'il pense de l'Egypte d'aujourd'hui, Nakhnoukh ne peut s'empêcher de soupirer: "Le temps de Moubarak était plus délicieux".

mh/cr/hj

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