NOUVELLES

Kenya : scènes de chaos à Mombasa après le meurtre d'un prêcheur islamiste

27/08/2012 11:02 EDT | Actualisé 27/10/2012 05:12 EDT

Des émeutes, qui ont fait au moins un mort, ont secoué lundi la ville côtière kényane de Mombasa après le meurtre par des inconnus d'un prêcheur radical musulman, accusé de soutien aux insurgés islamistes somaliens shebab.

L'assassinat d'Aboud Rogo Mohammed, déjà qualifié d'exécution extrajudiciaire par des organisations musulmanes, a provoqué de violentes manifestations dans le très touristique port de l'est du Kenya, deuxième ville du pays. Un journaliste de l'AFP a vu le cadavre d'une personne et deux églises pillées.

Aboud Rogo Mohammed, qui était aussi soupçonné de liens avec Fazul Abdullah Mohammed, ex-chef de la cellule est-africaine d'Al-Qaïda décédé l'an dernier, "a été tué par balles", a affirmé à l'AFP une source policière. "Il était dans un véhicule avec (...) sa femme et ses enfants."

Important prêcheur de Mombasa, né selon l'ONU entre 1960 et 1969 sur l'archipel kényan de Lamu, proche de la Somalie, Aboud Rogo Mohammed était plus précisément soupçonné d'avoir présenté Fazul aux hommes qui l'avaient aidé à organiser les attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam en 1998. 224 personnes avaient alors péri.

"Une voiture derrière nous a visé mon mari", a raconté lundi la veuve d'Aboud Rogo Mohammed, Haniya Said. "Il lui ont tiré dessus sur le côté droit. Il est mort alors que nous l'emmenions en urgence à l'hôpital."

A l'annonce du décès, des milliers de manifestants ont bloqué les rues autour d'une mosquée où Aboud Rogo Mohammed prêchait.

"C'est le chaos dans la ville maintenant, nos officiers sont sur le terrain pour disperser les manifestants", a affirmé le chef de la police de la région côtière, Aggrey Adoli. Il a promis une enquête sur le meurtre du prêcheur et appelé au calme.

"Dans une mosquée, un imam a hurlé, dans un haut-parleur, +le sang appelle le sang+, et immédiatement des jeunes se sont mis à caillasser des voitures", a renchéri un témoin, Dennis Odhiambo.

Aboud Rogo Mohammed était sous le coup de sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU et du Trésor américain qui lui reprochaient de menacer "la paix, la sécurité et la stabilité de la Somalie en fournissant une aide financière, matérielle, logistique ou technique aux shebab", un groupe rallié à Al-Qaïda.

Il était accusé d'avoir "recruté, en septembre 2011, des individus à Mombasa (...) pour les envoyer en Somalie afin, apparemment, de mener des actes terroristes". "En septembre 2008, Rogo avait organisé une réunion de levée de fonds à Mombasa pour aider à financer les activités des shebab", avaient encore affirmé en juillet l'ONU et le Trésor américain dans deux communiqués aux termes identiques.

Selon l'ONU, Aboud Rogo Mohammed était "le principal leader idéologique" du Centre kényan de la jeunesse musulmane (MYC), une organisation basée à Mombasa et décrite par les Nations unies comme liée aux shebab. Il "utilisait le groupe extrémiste comme un véhicule pour radicaliser et recruter des Africains de langue swahili envoyés en Somalie pour mener des activités violentes."

"Nous sommes dans le vrai quand nos responsables deviennent des martyrs", a lancé lundi le chef du MYC, Cheikh Ahmad Iman Ali, via le compte twitter du Centre. Aboud Rogo Mohammed "restera dans nos coeurs pour toujours", a ajouté le MYC.

L'ONG Muslim Human Rights Forum a, elle, dénoncé une "exécution extrajudiciaire". Pour elle, ce meurtre en évoque "de récents autres visant des personnes qui étaient sur la liste terroriste du pays et qui soit ont été tuées soit ont mystérieusement disparu".

En avril, rappelle-t-elle, le corps d'un autre prêcheur musulman, Samir Hashim Khan, aussi soupçonné de terrorisme, avait été retrouvé mutilé.

Le Premier ministre kényan, Raila Odinga, a dénoncé le meurtre "horrible" d'Aboud Rogo Mohammed, promis les efforts du gouvernement pour poursuivre "toute personne responsable" mais appelé la "population à ne pas utiliser ce triste événement pour apporter plus de douleur et de souffrances (au) pays."

En janvier, Aboud Rogo Mohammed avait été arrêté lors d'une descente de police chez lui. Armes à feu, munitions et détonateurs avaient été trouvés, selon la police.

Le prêcheur, qui avait été libéré sous caution, avait aussi, dans le passé, été accusé, puis acquitté, de participation à un attentat qui avait fait 18 morts en 2002 dans un hôtel proche de Mombasa dirigé par des Israéliens.

str-mom-aud/sd

PLUS:afp