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Jeux Paralympiques: le Cambodge ou l'illustration du fossé technologique

27/08/2012 06:38 EDT | Actualisé 27/10/2012 05:12 EDT

Le Cambodge déplore le plus grand pourcentage mondial d'amputés, mais il n'enverra qu'un représentant aux jeux Paralympiques de Londres, faute pour ses athlètes de pouvoir s'offrir des prothèses compétitives pour lutter avec les nations les plus riches.

Thin Seng Hon, née avec une jambe atrophiée, sera la seule représentante de son pays aux Jeux de Londres (29 août-9 septembre) lorsqu'elle s'alignera sur les 100 et 200 mètres.

Cette femme menue au sourire timide s'entraîne sur une piste en terre et partage son temps entre le sport et son travail à plein temps dans une boutique de souvenirs, où elle gagne 120 dollars par mois.

"Je n'ai pas d'espoir de gagner une médaille", reconnaît l'athlète de 28 ans en finissant un entraînement au stade olympique de Phnom Penh, bien consciente que ses adversaires disposeront de "prothèses plus modernes" coûtant plusieurs fois le prix de la sienne.

Car si sa lame à 2.500 dollars, qu'elle appelle sa "jambe porte-bonheur" et qu'elle s'est offerte avec des dons de ses amis, lui a déjà permis de conquérir trois médailles à des championnats régionaux l'an passé, elle n'a pas les performances de celles de ses adversaires.

L'objet n'a pas été conçu pour la vitesse et absorbe mal les chocs. De quoi faire râler son entraîneur, qui dénonce un écart technologique entre sa protégée et les autres athlètes, équipés des "meilleures" lames "qui valent des dizaines de milliers de dollars".

Mais au moins Thin a-t-elle la chance de partir à Londres. Incapable de réaliser les minima, elle a bénéficié d'une invitation ("wild card"), la seule accordée au royaume, pourtant aux premières loges en ce qui concerne le handicap.

Quelque 25.000 Cambodgiens auraient perdu un membre sur une des mines héritées des décennies de guerre, selon l'organisation Halo Trust. S'y ajoutent désormais les victimes des accidents de la route et les maladies dans un des pays les plus pauvres du monde.

Les Cambodgiens sont furieux de n'avoir reçu qu'une seule "wild card", dans une compétition qui sort de l'anonymat et prendra, à Londres, une ampleur sans précédent dans l'histoire avec 4.200 athlètes de 166 nationalités pour 503 médailles d'or.

"Si on ne peut pas participer, on ne saura jamais ce que valent les athlètes des grands pays et on n'apprendra pas à leur contact", fulmine Van Vun, coureur en fauteuil, qui craint un déclin irréversible du sport paralympique dans son pays.

Paralysé par la polio à l'âge de trois ans, il a remporté deux médailles d'argent aux Jeux du sud-est asiatiques de 2011 en Indonésie, où Thin est repartie avec une médaille d'or et deux d'argent. Et il ne s'est pas remis d'entendre qu'il ne rentrait pas dans les minima.

Le Comité paralympique international relève que des milliers de demandes d'invitations ont été envoyées, mais que seulement 61 "wild cards" ont été accordées à 50 nations en développement.

"Au final, les jeux Paralympiques constituent un événement pour l'élite sportive et nous voulons que les meilleurs athlètes du monde soient alignés", justifie Craig Spence, porte-parole du CPI.

Le fossé technologique existe, mais le comité a mis en place un règlement qui permet "d'essayer d'égaliser les chances".

Les nations en développement seront d'ailleurs du voyage à Londres avec des centaines de représentants, mais beaucoup avec seulement "deux ou trois athlètes", quand la Grande-Bretagne alignera quelque 300 compétiteurs et la Chine 280.

Alors même si ses chances sont maigres, Thin ne boude pas son plaisir. "Je suis impatiente et je ferai de mon mieux, je suis la seule athlète (du Cambodge) à participer. Ils m'ont choisie parmi tous les autres".

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